‹ Recueil d'opérasChapitre 224 sur 1141 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ANGÈLE, en domino et en masque , JACINTHE.

JACINTHE , tremblant et marmottant des prières. Ah! mon bon angel... ma patronne... saints et saintes du paradis, intercédez pour moil.... yade rétro , Satanas !

ANGÈLE, ôlant son masque. Rassurezvous , signora... c'est une pauvre feuune qui a plus peur que vous!

JACINTHE. Une femme. .. en étesyvous bien sûre, et d'où sortez- vous , s'il vous plaît?

ANGÈLE. Je sors du bal!... d'un bal masqué... vous le voyez... Mais par un événement... trop long à vous expliquer... il est trop tard maintenant pom- que je puisse rentrer chez moi... où Tonne m'attend pas... car on ignore que je suis au bal... et je me suis trouvée la nuit... seule au milieu de la rue... où j'avais grand' peur, et surtout grand froid... Il neige bien fort... toutes les portes sont fermées, tout le monde dort... il n'y avait de lumière qu'à cette fenêtie qui s'est ouverte... et quand j'ai aperçu une femme, quand je vous ai vue... j'ai repris courage; j'ai frappé, et maintenant, senora, mon sort est entre vos mains.

JACINTHE. C'est fort singulier... fort singulier... Mais enfin moi, je ne demande pas mieux que de rendre service quand ça ne m'expose pas ,etqueçane me coûte rien .

AXGÈL'E , virement. Au contraire... au contraire... tenez... prenez cette bourse.

JACINTHE. Cette bourse...

ANGÈLE. Il y a vingt pistoles... c'est de l'or.

JACINTHE. Je n'en doute pas... je ne puis pas révoquer en doute la franchise de vos manières... mais enfin que voulez-vous?

ANGÈLE. Que vous me donniez un asile...

pour quelques heures jusqu'au jour,

après cela, je verrai, je tâcherai... .

JACINTHE. Permettez... recevoir ainsi..; tme personne inconnue...

ANGÈLE. Mon Dieu!... mon Dieu!...

que pourrais-jedire... pour vous persuader... ou vous convaincre... Ah I cette bague en diamans... acceptez-la... je vous prie , et gardez-la en mémoire du service que vous m'aurez rendu... car, je le vois... vous cédez à mes prières... vous n'avez plus de défiance... vous croyez en moi.

JACINTHE. Comment ne pas vous croire ?... Yoilà des façons d'agir... qui rétèlent sur le-champ une personne comme

il faut... Aussi je ne doute pas que mon maître...

ANGÈLE. Vous avez un maître...

JACINTHE. Un jeune homme de vingtcinq ans.

ANGÈLE. Ah! mon Dieu!... il ne faut pas qu'il me voie... cachez-moi chez vous, dans votre chambre...

JACINTHE, montrant la porte à droite.

Elle est là.

ANGÈLE. Que personne ne puisse y pénétrer!

JACINTHE. C'est difilcile... mon maître va rentrer souper avec une demi-douzaine de ses amis

ANGÈLE. O ciel!

JACINTHE. Qui s'emparent de toute la maison... et qui découvriraient bien vite une jeune et jolie dame telle que vous...

ANGÈLK. Alors je ne reste pas... je m'en vais... (El/e remonte le théâtre pour sortir , on entend nu dehors un bruit de marche.) Qu'est-ce donc?

JACINTHE. Une patrouille qui passe sous nos fenêtres...

ANGÈi.E. Est-ce qu'il y en a beaucoup ainsi ?

JACINTHE. Dans presque toutes les

rues c'est pour là sûreté de la ville...

elles arrêtent toutes les personnes suspectes qu'elles rencontrent...

ANGÈLE, à part. C'est fait de moi!...

(Haut à Jacinthe.) Je reste... je reste — Mais si je ne puis m'empêcher de paraître aux regards de ton maître ou de ses amis... n'v aurait-il pas moyen du moins de ne pasleurapprendrequijesuis?.. Cedomino, ce i»stume va m'exposer à leur cuiiosiié et à leurs questions.

JACINTHE. ]N'est-ce que cela?... il m' bien facile de vous y soustraire... J'ai nièce Inésille . une Aragonaise, qui vi du pays pour étie ici Si-rvante à IMad J'ai déjà reçu sa malle et ses effets sont là dans ma chambre... et si ça vous convenir...

ANGÈLE. Oh ! tout ce que tu voudras.

JACINTHE. Habillée ainsi, mon maître et ses amis vous apercevront sans seulement faire attention à vous... {la regardant) si toutefois c'est possible.

On frappe à la porte du fond.

ANGÈLE. On vient... du silence... entends-tu?.. . silence avec tout le monde... et ma reconnaissance...

JACINTHE, lui montrant la porte à droite. Je suis muette... entrez vite et que Notre Dame de Lorette vous protège.

Àngcle entre dans la chambre à droite.

LE DOMLNO NOIR.

scr.JNE m.

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