ACTE TROISIÈME
ji parloir d'un couvoiit en Espaf,i:e. Au f. v.à d. ux i.ortos conduisant dans les cours du nionas:;re. V gauche, et, sur le preiiiir plan, la cellide c..- i'ahhesse. A droite ùr. sicciateur, sur le i-rcnuer plan, nne petite' poite qui conduit :.u jaidiu ; du mi tac c.Mé. -ui io second plan, une large travée qui doiuie sur l'intérieur de U cliapelle.
mais ici il n'y a que des femmes ... pi> encore, des nonnes. ..et toutes ces demoiselles sont si curieuses, si indiscrètes, si bavardes... On n'a pas d'idée de cela dans le monde- !
SCE^E PRE31IERE.
BRIGITTE, seule.
Elle est en habit de novice.
J'ai beau essayer de réciter mes prières, ou de dire mon chapelet, c'est impossible. . . je suis trop inquiète. {Se lecani.') Voici le point du jour qui commence à paiaitre... sœur Angèle n'est pas encore de retour au couvent... et comment aurait-elle pu y rentrer?... A minuit un quart, tout est fermé eu dedans aux verroux, même la petite porte du jardin dont nous avions la clef... Et tout- à-l'heure vont sonner matines, et elle n'y sera pas... et qu'est-ce qu'on d;ra en ne la voyant pas?... quel éclat I . . . quel scandale ! . . . Je sais bien que nous n'avons pas encore prononcé de vœux... Et moi je quitterai bientôt le couvent pour me marier... à ce qu'on dit... mais elle, elle qui y a été élevée, et qui aujourd'hui va s'engager à n'en plus sortir... c'était bien le moins qu'elle voulilt un instant entrevoir ce monde dont elle n'avait pas même idée et auquel elle allait renoncer à jamais !... Avant de renoncer, ^a aime à connaître, c'est tout naturel I... 2t pour la seconde et dernière fois que nous allons au bal, c'est bien du malheur.'... La
Eremière fois, ily aun an, tout nous avaitsi ien réussi, que ça nous avait enhardies... mais hier, je ne sais pas qui s'est mêlé de nos affaires... impossible de nous retrouver et de nous rejoindre... Croyant qu'elle était partie sans moi, je suis arrivée ici toujours courant... et elle, pauvre Angèle, qu'est-elle devenue ?... qu'est-ce qui lui sera arrivé?... La future abbesse des Annonciades obligée de découcher et perdue dans les rues de Madrid!... Si encore je pouvais ce matin cacher son absence...
An refi doive, à la prière,
Même en recitant son rosaire, ,
On jase, on jase tant, helas !
Que la cloche ne s'entend pas.
Et. s'il' faut parler sans rien dire, Sur le prochaiii s'il faut oiedie, Savez-vous oii cela s'apprend .* C'est au couvent.
Humble et les paupières baissées.
Jamais de mauvaises pensées...
Mais avant d entrer .m: p.:; 1 <y:.
On jette un coup d'œil au miroir.
Si vous veniez, jtune lillette.
Etre à la fois prude et coquette, Savez-vous oii cela s'apprend?
C'est au couvent.
Justement, voici d^ji sœtu- Ursule, la plus niéchante detoutesl
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SCErsE IL
BRIGITTE, URSULE entrant par une des portes du fond. /
URSULE, la saluant. Ave, ma sœur I
BRIGITTE, lui rendant son salut. Ave, sœur Ursule I vous voici levée de bon matin, et avant le son de cloche!
URSULE. J'avais à parler à sœur Augèle.
BRIGITTE. A notre jeune abbesse?
URSULE. Ah! abbesse... elle ne l'est pas encore.
BRIGITTE. Aujourd'hui même... dès qu'elle aura pris le voile.
IRSULE. Si elle le prend !
BRIGITTE, à fart. Ah! mon Dieu T....
(Haut.) Et qui s'y opposera ?
te
MAGASm THÉÂTRAL,
URSULE. Moi peut-être I... car oa n'a pas idée d'une injustice pareille !.. parce qu'Angèle d'Olivarès est cousine de la reine, on la nomme à la plus liche abb.iye de Madrid... avant l'âge et avant qu'elle n'ait prononcé ses vœux!
BRIGITTE. On a bien autrefois nommé tolonel d'un régiment votre frète, don Antonio de Mellos, qui n'avait alors que douze ans!
URSULE. Un régiment, c'est différent...
c'est plus aisé à conduire.
BRIGITTE. Que des nonnes?
URSULE. Oui, mademoiselle.
BRIGITTE. Je crois bien, si elles sont comme vous, qui êtes toujours eu rébellion!
URSULE. C'est que l'injustice me révolte, et je ne vois là-dedans que l'intérêt du ciel et du couvent.
BRIGITTE. Et le désir d'être abbesse.
URSULE. Quand ce serait... j'y ai des droits... ma famille est aussi noble que celle des d'Olivarès, et j'ai plusde religion, de tête et de fermeté que sœur Angèle, qui ne commande à personne et laisse parler tout le monde.
BRIGITTE. On le voit bien.
URSULE. Mais patience, j'ai aussi des parens à la cour... des protecteurs qui saisiront toutes les occasions, et aujourd'hui même... il peut se présenter telles circonstances.
BRIGITTE, à part. Est-ce qu'elle saurait quelque cbose ?
URSULE, remontant le théâtre et se dirigeant vers l' appartement de C abbesse. Et je veux voir sœur Angèle.
BRIGITTï:, se menant devant elle et V arrêtant. Pourquoi cela?
URSULE. Eh! mais... pour la féliciter de la riche succession qu'elle vient de faire ; le duc d'Olivarès, son grand oncle, vient de lui laisser, dit-on, la plus belle fortune d'Espagne .
BRIGITTE Labelle avance ! . . . pour faire vœu de pauvreté.
URSULE. D'autres en profiteront... et dès qu'elle aura prononcé ses vœux, toutes ces richesses-là iront à son seul parent, lord Elfort. un Anglais, un hérétique... ça se trouve bien , et je lui en vais faire mon complimeni.
BRIGITTK, larrélaat. I ni possible !
URSLLE.Eit-ce qu'elle n e,t pas dans son appartement?
BRIGITTE Si vraiment !
URSULK. Alors ou peut entrer?
BRIGITTE. Elle ne reçoit personne... elle est indisposée.
URSULE. Encore!... c'est déjà, à ce que vous nous avez dit, ce qui l'a empêchée d'aller hier à la messe de minuit.
BRIGITTE. Oui, vraiment, elle a la migraine.
URSULE. Comme les grandes dames!
BRIGITTE. Oui, mademoiselle.
URSULE. Ici, au couvent... c'est bien mondain... et sa migraine lui permettrat-elle d'assister aux matines?
RRIGITTE. Je le présume.
URSULE. En vérité !.. elle daignera prier avec nous.
BRIGITTE. Et pour vous.
URSULE. A quoi bon ?
BRIGITTE. Pour que le ciel vous rende plus gracieuse et plus aimable.
URSULE. Les prières de l'abbesse n'y feront rien.
BRIGITTE, Pourquoi donc?... il y a des abbtsses qui ont fait des miracles.
URSULE. C'est trop fort!... vous me manquez de respect.
BRIGITTE. C'est vous plutôt.
LRSULE. C'est impossible... une petite pensionnaire...
BRIGITTE. Qui du moins n'est ni envieuse ni ambitieuse...
URSULE. iMais qui est raisonneuse et impertinente.
RRIGITTE. Ma sœur...
URSULE. Ma chère sœur... {On frappe à la porte à droite du spectateur.) Qui vient là?... et qui peut frapper de si bon matin à cette porte qui donne sur le jardin?
BRIGITTE, à part. Si c'était elle !
URSULE. C'est d'autant plus singulier qu'hier je vous ai vue prendre la clef dans lapaneterie.... ouvrez donc... ouvrez vite.
BRIGITTE. Et pourquoi?
URSULE. Pom- voir... pour savoir.
BRIGITTE, à part. Est-elle curieuse!.. .
ÇHaul.) Moi, je n'ai rien... je n'ai pas de
clef je l'ai remise dans la paneterie
avec les autres... elle doit y être encore.
URSULE. Je vais la prendre... et je reviens... car il y a quelque chose.
Elle sort en courant par la porte du fond.