‹ Recueil d'opérasChapitre 262 sur 1141 · LE MARQUIS, BEPPO, GIACOMO · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, BEPPO, GIACOMO

Le marquis est assis sur le devant du théâtre , près de la table à droite , et tient un cure-dent ; lîeppo et Giacomo regardent si tout le monde est parti.) JEPPO, redescendant le théâtre, et prenant la bouteille qui est sur la table , se verse un verre de viu. A ta santé !

LE MAKQCIS, se retournant avec hauteur.

Heim!

BEPPO, de même.

Je dis : A ta santé 1

LE MARQUIS

Qu'est-ce que c'est que de pareilles manières ? GIACOMO , le chapeau bas.

Excusez, capitaine ; c'est une recrue qui ne sait pas encore le respect qu'on vous doit. (Bas à Beppo.) Ote donc ton chapeau I II n'est pas encore au fait, mais il sort d'une bonne maison ; c'est un ancien intendant qui veut travailler maintenant en brave, et à découvert.

LE MARQUIS

Il ne suffit pas d'être brave , il faut encore être honnête et savoir vivre. Je n'ai jamais vu , dans l'origine, de troupe plus mal composée que celle que j'ai l'honneur de commander. Les bandits les plus mal élevés!... et si je n'y avais établi l'ordre et la disciphne... (A Giacomo, lui montrant une carafe et relevant la manche de son pourpoint.) Versemoi de l'eau ! (A Beppo, tout en se lavant les mains.) A la première familiarité je te fais sauter la cervelle... cela t'apprendra.

BEPPO

Eh bien ! par exemple !

GIACOMO

11 le ferait comme il le dit.

BfPPO, tremblant.

Hein!

LE MARQUIS

Une serviette ! (S'essuyant les mains.) Qu'y a-t-il de nouveau, et qui vous amène?

BEPPO, chapeau bas.

L'entreprise a réussi ; nous avons arrêté le mitord et ses diamans.

LE HAKQVtS.

Crois-tu que je ne sois pas au fait ? je le savais déjà.

GIACOMO

Toutes les indications que vous nous aviez données étaient si exactes !

LE MARQUIS

Je le crois bien ; depuis trois jours que je les suis à la pisle, qi:e je dîne avec eux dans les mêmes auberges, et que tous les soirs je chante des barcarollcs avec niilady, vous croyez que ce n'est pas fatigant !

GIACOMO

Nous savons, capitaine, ce que vous faites pour nous.

LE MARQUIS

Milord ne s'est pas défendu et nous n'avons perdu personne ?

GIACOMO

Non, capitaine, au contraire; le postillon était un ancien qui nous avait quittés , et qui demande a s'enrôler de nouveau.

LE MARQUIS

Est-il entre vos mains?

GIACOMO

Oui.

LE MARQUIS, se Curant les dents et arrangeant sa chemise devant un miroir de poche.

Qu'on le fusille!... je n'aime pas l'inconstance; dans notre état, s'entend... près des belles c'est autre chose... elpuisquc, grâce à milord, nous avons des diamans, tu en enverras pour six mille écus à Fiorina , cette jeune cantatrice que je protège ; j'aime les arts et surtout la musique.

GIACOMO

Oui, capitaine.

LE MARQUIS

bien! est-ce tout?

GIACOMO

Non vraiment... et nous craignons d'avoir été trompés.

LE MARQUIS

Comment cela?

GIACOMO

Cette cassette que vous nous aviez annoncée et que milord devait avoir dans sa voiture...

Cinq cent mille francs en or qu'il allait placer à Livourne chez un banquier ; du moins milady me l'avait dit.

GIACOMO

Impossible de les trouver.

LE MARQUIS

Imbécile!... manquer une si belle opération !

BEPPO

Peut-être, pour nous faire du tort, les a-t-i dépensés.

LE MARQUIS

Ce que c'est que de ne pas faire ses affaires soimême ! Mais je saurai à tout prix ce que cet or est devenu... Laissez-moi. (A part.) Allons , il faudra encore faire de la musique avec milady. Ces coquins-là sont-ils heureux de m' avoir ! (Regardant

FRA-DIAVOI.O.

par la porle de l'auberge.) C'est elle ! ( Apercevant Beppo et Giacomo qui sont au fond du Itiéâlre.) Eh bien ! vous n'êtes pas encore partis!.

(Ils disparaissent par la droite.)

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