ACTE I, SCENE IIF
GUSTAVE, so levant.
(Au maître des ballets et aux artistes.) Des ordres à signer. C'est bien, que l'on nouslaissc !
(Tous sortent par les portes du fond, tiiislave lit deux ou trois ordresqu'il signe, puis s'arrête en on lisant un quatrième.)
Mais que vois-je? un arict d'exil?
Contre une femme encor!.. Quel crime, quel péril Dicta cet ordre?
AUMFELT.
C'est une devineresse , Une femme du peuple ; Arvedson est son nom.
OSCAR , vivement.
Arvedson, dites-vous? la célèbre sibylle Qui voit venir chez elle et la cour et la ville!
ARMFELT.
Sur le port de Stockholm je sais que sa maison Est le rendez-vous et l'asile De gens suspects et turbulens.
Je bannis Arvedson !
OSCAR
Et moi, je la défends!
PREMIER COUPLET
Aux cieux elle sait lire; Et dans sa docte main Les cartes vont prédire L'avenir incertain.
Fillette qui désire.
Duchesse qui soupire Pour ce qu'elle n'a pas, j Disent tout bas, tout bas :
Allons, allons chez la devineresse ; Et par son adresse, Pour nous l'avenir I Va se découvrir !
Elle est de concert Avec Lucifer I LE CHOEUR, en riant.
D'honneur, c'est charmant!
Quel rare talent!
Elle est de concert Avec Lucifer !
DBOÏIEMB CODPLET.
Chez elle on trouve encore Des philtres inconnus Qui font que l'on s'adore Ou qu'on ne s'aime plus. Amans qu'on désespère.
Maris qu'on n'aime guère, Si vous doutez encor.
Pour savoir votre sort...
Allez, allez chez la devineresse ; Et par son adresse, Pour vous l'avenir
Va se découvrir!
Elle est de concert Avec Lucifer!
LE CHOEUR
D'honneur, c'est charmant !
Quel rare talent!
Elle est de concert Avec Lucifer!
ARMFELT.
Il faut la condamner!
OSCAR
Il faut lui faire grâce!
GUSTAVE
L'alternative m'embarrasse; Et, pour juger plus sainement.
J'imagine un moyen dicté par la sagesse.
TOUS
Et lequel?
Aujourd'hui, sous un déguisement, Rendons nous tous chez la devineresse*.
ANKASTROM.
Y pensez-vous?
GUSTAVE
Eh ! oui vraiment :
Moi je pense, c'est mon système.
Qu'un roi doit tout voir par lui-même.
OSCAR
La bonne idée ! ah ! ce sera charmant !
GUSTAVE
N'est-il pas vrai ? le plaisir nous attend.
TOUS
Sous les grelots de la folie Qu'aujourd'hui chacun se rallie!
Quittons les grandeurs et la cour, Et soyons heureux pour un jour!
Un seul jour !
DEHORN, bas à Warling.
Ah ! si cette aventure aujourd'hui faisait naître L'occasion propice !
WARTING, de ménne.
Il ne faut qu'un moment.
ANKASTROM, bas à Gustave.
Quel projet imprudent !
GUSTAVE
Je le trouve divin !
ANKASTROM.
On peut vous reconnaître ! DEHORN et WARTING, riant.
Ankastrom est toujours tremblant.
ANKASTROM, haut, les regardant.
Oui, dès qu'il s'agit de mon maître.
(A part.)
Mais sur eux tous je veille, et de nombreux soldats,
(Montrant le roi.)
Par mes soins disposés, de loin suivront ses pas.
' Voir dans l'ouvrage intitulé les Cours du Nord par John Brown, et traduitparM. Cohen, les visites de Gustave m à mademoiselle Arvedson , la célèbre tireuse de cartes. Tom . ÏII, page 157 el suivanles.
GUSTAVE III
GUSTAVE , aux courtisans.
"^ Pour ne pas être vus en traversant la ville ,
Séparément chez la sibylle Nous nous rendrons.
(A Oscar.)
Pour moi dispose ce qu'il faut, Un habit de soldat ou bien de matelot.
OSCAR
En serai-je?
(Aux courlisans.)
Oui vraiment. Ainsi, quoi qu'il arrive, A deux heures le rendez-vous Chez Arvedson ; et qui m'aime me suive !
OSCAR, montrant les courtisans qui s'inclinent lou< devant le roi.
Oh ! sire, ils vous suivront tous !
ENSEMBLE, GUSTAVE et LES COURTISANS.
Sous les grelots de la folie Qu'aujourd'hui chacun se rallie !
Quittons les grandeurs et la cour, Et soyons heureux pour un jour !
ANKASTROM.
Sous les grelots de la folie
Peut se cacher la perfidie ;
Au prix des miens sauvons ses jours,
Et sur mon roi veillons toujours.