SCÈNE II
ARVEDSON, AMÉLIE, GUSTAVE, caché.
ARVEDSON.
Rassurez-vous : vers moi qui vous amène? AMÉLIE , timidement.
Puisque votre science est, dit-on, souveraine... Ce qui m'amène ici , vous devez le savoir ?
ARVEDSON.
Laissez-moi de mon art consulter le pouvoir.
GUSTAVE III
TRIO
ARVEDSON, à part, réfléchissant.
C'est sans doute une grande dame ; Oui , quelque dame de la cour ; Et le trouble agite son ame.
(Haut.)
Il s'agit de chagrin d'amour !
AMÉLIE
0 ciel ! vous savez mon secret !
ARVEDSO'.
J'en étais sûre.
GUSTAVE, à part.
Elle aimerait!
ARVEDSON.
C'est bien , achevons !
GUSTAVE, à part.
Écoutons !
AMÉLIE
J'ai vu briller, au rang suprême, Un amant qui m'a su charmer.
Je lutte en vain ! hélas ! je l'aime, Et je voudrais ne plus l'aimer!
ARVEDSON.
Quoi ! vous aimez !
AMÉLIE
Sans le vouloir ; Et comment, fidèle au devoir, De mon souvenir Le bannir?
ENSEMBLE
AMÉLIE, ARVEDSON, GUSTAVE.
AMÉLIE
Mon ame émue Résiste en vain ; Flamme inconnue Brûle mon sein ; Hélas! madame.
Comment guérir Si douce flamme Qui fait mourir ?
ARVEDSON.
Son ame émue Résiste en vain ; Feu qui la tue Brûle son sein ; Cessez , madame.
De tant gémir ; De cette flamme On peut guérir.
GDSTAVE, à part.
Voix que j'adore ,
Rêve enchanteur !
Je doute encore
De mon bonheur !
Ami fidèle,
Je devrais fuir ;
Mais fuir loin d'elle
Serait mourir.
ARVEDSON.
Je sais un magique breuvage .
D'un infaillible efl'et!
AMÉLIE
Au prix de tout mon or...
(Lui donnant une bourse.)
Tenez , et cent fois plus encor !
ARVEDSON.
Mais pour le composer il vous faut du courage !
AMÉLIE
Du courage... j'en aurai :
ARVEDSON.
Hors des murs de la ville il est un lieu terrible , Sauvage, épouvantable, et du peuple abhorré ; De la loi qui punit la rigueur inflexible
Au châtiment l'a consacré ! >
Et là, des condamnés, quand siffle la tourmente, Se heurte dans les airs la dépouille flottante ! C'est là qu'il faut aller... ce soir, seule, à rainuil
AMÉLIE
Je n'oserai jamais.
ARVEDSON.
Déjà ton front pâlit !
AMÉLIE, avec exallalion et s'arraaiil de courage. J'irai , j'irai ! Que dois-je faire?
ARVEDSON.
De ta main il faut arracher Une plante magique , une verte bruyère Qui ne croît que sur ce rocher.
AMÉLIE
O ciel !
ARVEDSON.
Eh quoi ! ton cœur frissonne !
AMÉLIE
Oui; mais pour l'oublier, le devoir me l'ordonm J'irai , je le promets.
GUSTAVE, à part.
Et moi , Je t'y suivrai , j'y veillerai sur loi.
ENSEMBLE
AMÉLIE, ARVEDSON, GUSTAVE
AMÉLIE
Mon ame émue
Résiste en vain ;
Flamme inconnue
Brûle mon sein.
Oui , de mon ame
Il faut bannir
Coupable flamme
Qui fait mourir.
A mon devoir fidèle,
Je brave le danger ;
Oui , c'est Dieu qui m'appelle;
Il doit me protéger.
ARVEDSON.
Son ame émue Résiste en vain ; Feu qui la tue Brûle son sein.
ACTK 11, sci:ne m.
Cessez, madaino , Do tani gémir; De celle flaiiiiiie On peul guérir.
A mes avis fidèle, Bravez un Ici danger :
Celui qui vous appelle Saura vous proléger.
GUSTAVE, à paii.
Voix que j'adore ,
Rêve enchanteur!
Je doule encore
De mon bonheur.
Ami lidèle ,
Je devrais fuir ;
Mais fuir loin d'elle
Serait mourir.
Du moins je veux loin d'elle Écarter le danger, Et son amant fidèle Saura la proléger.
(À la 6n de ce trio l'on entead plusieurs voii crier en dehors à la porte du fond : )
Fille d'enfer dont les jours sont maudits !
Sorcière , ouvre-nous ton logis !
ARVEDSON, reconduisant Amélie jusqu'à la porle
à droite.
*artez ! Partez !
AMÉLIE
Adieu! toi, songe à ta promesse!
Elle sort ; Ar\edson referme la porle à droite, puis va ouvrir celle du fond. Gustave est rentré dans le cabinet à gauche, et, lorsque Warting et les courtisans ont descendu le théâtre , il sort et se mêle à la foule sans être aperçu.)
iQOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOCOO