CHOEUR DES CONJURÉS
Que le tyran frémisse !
La céleste justice Va nous l'abandonner :
Et dans l'ombre propice L'heure de son supplice Enfin vient de sonner.
DEHORN.
Oui, nous avons pour nouset l'audace et le nombre; En silence avançons !
AMÉLIE , se serrant malgré elle contre Ankastrom. Mon cœur bat et frémit.
WARTING , bas à Dehorn.
Vois-tu ce voile blanc d'ici briller dans l'ombre? Près de quelque beauté, comme on nous l'avait dit, Il est là : c'est Gustave !
GUSTAVE III
DEUORN.
Il se livre lui-même.
(lU s'avancent pour entourer Ankastrom et Amélie , qui ont trayersé le théâtre , et sont en ce moment placés à droite.)
Frappons !
ANKASTROM , avec fierté et à haute voix.
Qui va là ?
DEHORN et WARTING , s'arrêlant et à demi-voix.
Grands dieux !
Ce n'est pas le roi !
ANKASTROM , de même.
*-• Non , il n'est pas en ces lieux !
TOUS, à demi-voix.
O surprise extrême !
C'est Ankastrom !
ANKASTROM.
Oui , messieurs , c'est lui-même , Qui pourrait à son tour ici vous nommer tous : Comte Dehorn, Warting, parlez, que voulez-vous?
ENSEMBLE
DEHORN , WABTING , CONJURÉS , ANKASTROM , AMÉLIE.
DEHORN , WARTING , CONJURÉS.
Quoi ! le hasard propice Le dérobe au supplice !
Il échappe à nos coups !
Du sort par quel caprice Faut-il que tout trahisse Notre juste courroux !
ANKASTROM.
La céleste justice,
A mon maître propice,
Le dérobe à leurs coups.
Qu'ici chaque complice
En son âme frémisse
Et craigne mon courroux !
AMÉLIE
O céleste justice!
Que ta loi me punisse !
Mais fais à tous les yeux
Que ce voile propice
Dérobe mon supplice
Et mes tourmens affreux !
ANKASTROM, élevant la voix.
Vous ne répondez pas! quel projet vous amène?
WARTING , montrant Amélie.
Sans doute comme vous des projets amoureux !
DEHORN.
Mais noire attente , hélas! fut vaine :
(Montrant Amélie.)
On manque au rendez-vous ; vous fûtes plus heu-
[reux.
(En ce moment un ou deux conjurés paraissent avec des torches qu'ils viennent d'allumer.)
WARTING.
Et nousvoulons du moins, partageant votre ivresse,
De cette belle maitresse Entrevoir un instant les traits mystérieux.
ANKASTROM.
Ah I si de le tenter un seul avait l'audace , Malheur à luil ce fer l'en ferait repentir!
WARTING.
De nos regards jaloux c'est doubler le désir , C'est l'effet que sur moi fit toujours la menace.
ENSEMBLE
ANKASTROM , AMÉLIE , WARTING.
ANKASTROM.
Malheur à vous ! craignez mon bras , Et près d'elle n'avancez pas!
AMÉLIE , avec effroi.
Que devenir? que faire, hélas!
Mon Dieu , j'implore le trépas !
WARTING.
Pour admirer autant d'appas On peut bien braver le trépas.
DEHORN et LES CONJURÉS , riant.
Admirable conquête!
Nos regards curieux
Troublent le tête à- tête
D'un rival trop heureux.
(Ankastrom tire son épée, chacun des conjurés en fait autant. Amélie effrayée, voyant tous ces bras armés qui menacent son mari, oublie tout , pousse un cri et s'élance au milieu des combattans.)
AMÉLIE
Arrêtez !... épargnez sa vie !
(Dans ce mouvement brusque et rapide , son voile est tombé sur ses épaules. La lueur rougeâtre des torches éclaire sa figure pâle et presque inanimée. Tous la reconnaissent et s'arrêtent immobiles.)
DEHORN , avec surprise et respect.
La comtesse Ankastrom !
TOUS
C'est sa femme !
ANKASTROM , à part, et comme frappé de la foudre.
Amélie !
TOUS , gaîment , et à demi-voix entra eux. Admirable conquête !
Quoi ! ces époux heureux , Tous deux , en téte-à-tête , Se trouvaient en ces lieux !
ANKASTROM , à part , lentement , et comme sortant ' d'un songe.
Je lui donnais ma vie !
Il m'enlevait l'honneur !
Ah ! l'enfer en furie Fermente dans mon cœur !
AMÉLIE , ANKASTROM , DEHORN , WARTING , LE CHOEUR.
AMÉLIE , à pari.
De honte et d'infamie Je sens rougir mon front !
Grand Dieu ! prenez ma vie Pour venger son affront !
ACIK m, SCENE V.
ANRASTROM.
Tnihison! infamie Que mes mains puniront !
C'est trop peu de sa vie Pour venger mon affront !
REIIOR?( , WABTING et LE ClIOEUK.
La rencontre est folie !
Et long-temps, j'en ri^ponds , D'une telle folie A la cour nous rirons....
Ah ! ah ! long-temps nous en rirons !
DEHOHN, à ses compagnons.
Amis, quittons ces lieux où l'on peut nous sur-
[prendre.
WARTING , gaîment.
Que craignons-nous ? pour nous défendre , N'avons-nous pas l'ami , le favori du roi !
ANKASTROM , à part , avec une rage concentrée. Son ennemi mortel !
(S'adressant à Warting.)
Ou chez vous , ou chez moi , Il faut que je vous parle.
WARTING.
A vos ordres ! Serait-ce Pour demander raison du désir curieux Qui fit briller tant d'attraits à nos yeux? ANKASTROM , brusquement.
N'importe le motif; à tous seul je m'adresse : Puis-je y compter ?
WARTING.
Toujours.
ANKASTROM.
Quel lieu ?
WARTING.
Voire demeure !
ANKASTROM.
Quel instant ?
WARTING.
Dès demain, et vers la sejitième heure.
ANKASTR051.
Vous viendrez l'un et l'autre ?
WARTING.
Un seul de nous suffit !
ANKASTROM.
f Non , tous deux !
I DEHORN et WARTING.
.Volontiers.
ANKASTROM , entre eux deux.
A demain donc !
DEHORN et WARTING.
C'est dit.
ENSE.MBLE.
ANKASTRO.M, CIIOEDR , AMÉLIE.
ANKASTROM.
Trahison! infamie
Que mes mains puniront.' etc.
CHOEUR
La rencontre est jolie !
Et long-temps , j'en réponds , etc.
AMÉLIE
De honte et d'infamie Je sens rougir mon front ! etc.
ANKASTROM, traversant le théâtre et allant à Amélie- Venez , madame , évitons leur présence.
(Avec ironie et lui prenant la main.J
Ne vous souvient-il pas?
Jusqu'aux murs de Stockholm je dois guider vos pas.
AMÉLIE, à pari.
Je me soutiens à peine !
(A Ankastrom d'un ton suppliant.)
Ah I monsieur !
ANKASTROM , à demi-voix , lui serrant la main. Du silence !
Les prières, les pleurs, deviendraient superflu.s; Tes jours ne t'appartiennent plus !
ENSEMBLE
AMÉLIE
De honte et d'infamie Je sens rougir mon front!
Grand Dieu ! prenez ma vie Pour venger son affront!
ANKASTROM.
Trahison ! infamie Que mes mains puniront !
C'est trop peu de sa vie Pour venger mon affront !
CHOEUR
La rencontre est jolie !
Et long-temps, j'en réponds, D'une telle folie A la cour nous rirons ! . . .
Ah ! ah ! long-temps nous en rirons 1
(Ankastrom passe au milieu des conjurés enentraînantavec force Amélie , qu'il a saisie par la main et qui a peine à le suivre.)
GUSTIVK 141
Ig GUSTAVE III.