‹ Recueil d'opérasChapitre 336 sur 1141 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

DIMITRI, STUOLOF.

DIMITRI. A nous deux, maintenant, Occupons-nous de notre dîner, ce qui est bien cnnujeux... moi qui deirais être à Saint-PétersLouig, où l'amour m'attend.

STROLOF. Vous êtes bien heureux!

DIMITRI. Je crois bien : depuis deux ans que mon régiment est exilé à Novogorod, depuis deux ans séparé d'elle, et pas un mot de ses nouvelles... Eh bien, voyons, notre dîner; qu'est-ce que tu nous donneras ? Qu'est-ce que tu as?

STROLOF. Adressez-vous àl'intendant de monseigneur, car, pour moi, je n'ai rien.

DIMITRI. Comment, rien!

STF.OLOF. Kst-ce ma faute à moi si je

is un serf! un esclave! si tout ce que je gne appartient à mon maître, au comte lofkin, seigneur de ce domaine.

DIMITRI. Golofkin ! le ministre de la po-

lice! Celui qui, avec Mnnich et Osterman, forme le conseil de la régence.

STROLOF. Lui-même! un rude seigneur'

PREMIER COUPLET

Sur nous siffle sans cesse Le fouet retentissant, L'âge ni la faiblesse N'échappent au châtiment !

Qu'ici nul ne raisonne Et quand le maître ordonne.

Qu'on obéisse en tout.

Ou sur-le-champ le knout,

Le knout !

Jusqu'à la mort le knout !

DEUXIÈME COUPLET

Plus d'hymen, de tendresse, Sans l'ordre d'un tyran , Pour nous plus de maîtresse , Un maître nous les prend...

Et pour dernier supphce.

Il faut qu'on le chérisse Et qu'on l'aime avant tout Ou sur-le-champ le knout,

Le knout!

Jusqu'à la mort le knout !

DIMITRI. Ce n'est pas possible ! et je ne puis croire que le comte Golofkin... j

STROLOF. Ah! vous ne le croyez pas... ] Me voilà pourtant, moi, Strolof, paysan russe, fils de paysan, qui allais épouser Catherine, ma cousine, esclave comme moi... et le matin delà noce, l'intendant l'a enlevée et envoyée à Saint-Pétersbourg pour être femme de chambre de la comtesse, ou peut-être du comte... que saisje? et parce quemamèreet moi nous avons réclamé, nous avons voulu élever la voix, J il nous a fait donner trente coups de knout! Moi! à la bonne heure, je suis fort, je ne suis bon qu'à être battu... mais ma mère, une pauvre femme de soixante ans, elle en serait morte, sans M. Lestocq, le médecin delà princesse, qui venait de Saint-Pétersbourg, et qui l'a soignée , qui lui a sauvé la vie... Aussi, ce M. Lestocq, ce n'est pas un moscovite celui-là, c'est un Français, et si vous le connaissiez.

DIMITRI. Je le connais, je l'ai vu quelquefois quand nous allions faire notre cour à la princesse Elisabeth exilée comme nous à Novorogod... C'est un singulier caractère... un original, qui, du reste, ne manque pas de mérite.

STROLOF. Je crois bien ! Je donnerai., pour lui, sur-le-champ, le peu de jours qui me restent à être battu. . Ah! mon Dieu... une voiture.. .

DIMITRI. (!elle d'Elisabeth?

STROLOF, la regardant avec effroi. Non pas, non pas...

DIMITRI. Qu'as-tu donc à trembler ainsi?

LESTOCQ

STROLOF. Dieu me soit en aide!., c'est ,e comte GolofTsin lui-même qui descend chez nous. II y aura d'ici à ce soir bien des coups de knout de distribués.

DIMITRI. Golot'kin!.. je ne l'aime pas plus que toi, et ne me soucie guère de îaire sa connaissance... Je vais trouver l'intendent et m'entendre avec lui pour notre dîner.

Il sort parla porte à droitet

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