‹ Recueil d'opérasChapitre 338 sur 1141 · PAYSANNES · texte numérisé non relu

PAYSANNES

CHQEOR.

Houra ' houra ! boura !

C'est elle; La voilà 1 Qu'elle estgraiceuse et belle !

Des czars c'ei, le noble sang , Le sang de Pierre-le-Grand 1

C'est elle ! la voilà !

Houral houra 1 houra '.

GOLOFKIN, avec colère. Assez!., vos cris ^^çueut soa AUesse.

ELISABETH. Nullement,comte Golofkin, ramitié qu'on inspire ne fatigue jamais. Merci, mes amis. (Les paysans sortent par le fond, — Presaant les mains d'Kudoxie.) ftla chère Eudoxie! que je suis heureuse de vous voir et de vous embrasser... moi, qui ne savais même pas votre vcidiVidi^Q. (Se retournant vers Golofkin.) Je vous remercie, comte Golofkin, d'être venu au-devant de moi jusqu'à trois lieues de Saint-Pétersbourg. Tant d'honneur à une princesse déchue... c'est beau pour an courtisan... Ce qui l'est plus encore, c'est de m'avoir amené votre femme , autrefois ma fille d'honneur (Lui prenant lamain.) et toujours mon amie, n'est-il pas vrai?

EUDOXIE. Ah! j'ai voulu accompagner M. le comte, j'ai voulu être la première à présenter mes hommages à Votre Altesse et à savoir si le voyage ne l'avait pas bien fatiguée.

ELISABETH. Maisnon... jenecrois pas!., je me porte à merveille... N'es-il pas vrai^ Lestocq?car, c'est lui que cela regarde, je ne m'en mêle pas; il me trouve souvent des vapeurs ou des migraines auxquelles, sans lui. je n'aurais jamais songé... Oh! c'est un homme détalent!

GOLOFKIN. Et de plus, un fidèle serviteur. . .

ELISABETH. Que vous avezplacé auprès de moi, et vous avez bien fait; car sans lui le séjour de jSovogorod eût été si triste , je me serais tanteunuyée dans cette maison de plaisance!.. Mais enfin me voilà de retour à Saint-Pétersbourg dont les bals sont, dit-on, délicieuxcetteannnée, et j'aurai, j'espère, le tems de me dédommager.

GOLOFKIN. Je ne le pense pas... car, s'il faut vous l'avouer, madame, je viens de la part de S. A. Anne de Courlande, régente de l'empire pendant la minorité du prince Ivan, son fils, notre jeune empereur... je viens...

ELISABETH. Eh bien!., achevez?

GOLOFKIN. Je viens vous dire que Son Altesse ainsi que le conseil de régence , dont j'ai l'honneur de faire partie, ont été péniblement surpris de votre dép art de Novogorod, dont vous n'aviez pas daigné les prévenir.

ÉLiSAliETll. \ii à quoi bon? un voyage d'agrément pour ma santé. .. le changemcntd'air... N'est-ce pas, Lestocq?

LESTOCQ , s'inclinan t. Oui, madame!..

GOLOFKIN , d'à n air doucereux. A cela

nous n'avons rien à objecter... mais nous

ne pensons pas que l'air de Saint- l'éters-

\ bourg coQvieuDe à Votre Altesse et jq

LB MAGASIN THÉATBAL.

Tiens vous conseiller de vouloir bien ne pas entrer dans la capitale.

LOSTOCQ, à part. Quelle audace!..

ELISABETH, avec fierté. Comte Golofkin, est-ce un ordre que l'on m'intime?

GOLOFKIN, respectueusement. Non, sans doute... mais une prière qu'il ne serait peut-être pas prudent à tous de repousser. Votre présence à Saint-Pétersbourg pourrait enhardir, encourager certains partis qui conspirent dans l'ombre et qui deviendraient plus audacieux s'ils concevaient le fol espoir de vous voir à leur tête.

ELISABETH. J'entends. . .ce qui donnerait peut-être un peu de mal au ministre delà police. Cela vous regarde , comte Golofkin, et je ne peux pas vous priver d'une occasion de faire briller vos rares talens... et parce que le sénat m'a exclue du trône, parce qu'il a décidé que le prince Ivan , neveu de Pierre T', serait préféré à moi , Elisabeth, qui suis sa fille, je ne pourrai plus changer de résidence, voyager pour mon plaisir, aller au bal à Saint pétersbourg sans faire naître des complots, exciter des soupçons, et troubler le sommeil des ministres... C'est trop compter sur ma patience, et je ne répondrai qu'un mot: je ne conspire pas, je ne conspirerai jamais, et si cela m'arrive, vous pouvez faire tomber ma tête... j'y consens d'avance; mais je veux aller à Saint-Pétersbourg... j'yrai , j'y resterai tant que cela me plaira, et je m'y plairai beaucoup... (Avec ironie.) La cour y est si aimable !.. Dites-le bien à la régente, dites-le à Munich et à Osterman , vos dignes collègues et nous verrons si l'on arrachera des murs de la capitale, si l'on chassera de force la fille de Pierre-le-Grand... Aboyez, comte Golofkin, préparez tout pour mon départ, je retournerai avec vous à Saint- Pétersbourg... je vous permets de m'y accompagner. Adieu, Eudoxie: à bientôt; nous nous reverrons !

Eudoxie fait la révérence , Golofkin s'incline respectueusement çj, sort avec Voref.

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