‹ Recueil d'opérasChapitre 370 sur 1141 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

LESTOCQ, CATHERINE, sortant du cabinet à droite.

CATHERINE. J'ai beau courir, je ne l'aperçois pas?

LESTOCQ. C'est Catherine! à qui en veut-elle ?

CATHERINE, jetant un a'i de surprise.

Ah! monsieur le docteur !

LESTOCQ. Ce n'est pas moi que vous cherchez?

CATHERINE. Non I c'est monsieur Dimitri, j'ai quelque chose à lui dire.

LESTOCQ. De votre part?

CATHERINE. Oh! mon Dieu , non !

LESTOCQ. De qui donc alors?

CATHERINE. Ne me le demandez pas, monsieur le docteur, parce que j'ai juré de ne pas en parler.

LESTOCQ, avec ironie. Et quand vous avez juré , vous tenez si bien vos sermens.

CATHERINE. Que voulez-vous dire ?

LESTOCQ. Est-ce que je ne sais pas tout ce qui se passe! est-ce que vous n'avez pas révélé tantôt, ici même, à Golofkin, ce que je vous avais recommandé de lui taire? et votre trahison...

CATHERINE. Ce n'est pas de la trahison, c'est de la peur! il voulait me tuer.

LESTOCQ. Et si je raconte à Strolof que vous avez manqué à vos sermens. . . il vous abandonnera... il ne voudra plus vous épouser.

CATHERINE , e^raycV. Eh bien! par exemple...

LESTOCQ , faisant unpas. Et jele lui dirai.

CATHERINE > le retenant. Ah! monsieur

le docteur , je vous en prie, ne lui en parlezpas!

LESTOCQ. Soit! à condition que vous, vous parlerez, que vous me direz tout!

CATHERINE. Ça ne vous regarde en rien.

LESTOCQ. N'importe... vous cherchiez Dimitri.

CATHERINE. Pas pour moi.

LESTOCQ. Pour qui donc?

CATHERINE. De la part de ma maîtresse.

LESTOCQ. Madame Golofkin.

CATHERINE. Oui.

LESTOCQ, vivement. Et pourquoi faire?

dans quel motif? que lui veut-elle?

CATHERINE. Attendez donc que je m'y reconnaisse, je suis entrée tout-à-l'heure avec madame au palais impérial où elle demeure.

LESTOCQ, vivement. Au palais!..

CATHERINE. Oui... dans son appartement, et au lieu de s'habiller pour le bal, elle se promenait d'un air agité... disant de tems en tems tout haut des mots que je ne comprenais pas.

LESTOCQ. C'est égal!

CATHERINE. Elle a répété plusieurs foîs : caserne Préobajenski...

LESTOCQ. Et puis?

CATHERINE, imitant sa maîtresse. « Le «malheureux! l'imprudent!., s'il y va..- «il est mort. »

LESTOCQ. Et puis?

CATHERINE, imitant toujours samaîtresse.

«Minuit!., minuit... comment l'empê- »cher? » Fnfin, si ce n'était le respect qu'on doit aune grande dame... elle avait l'air d'être folle!., et elle s'est mise à écrire en me disant : Tu vas porter cette lettre...

LESTOCQ, vivement. Une lettre où estelle ?

CATHERINE. Elle l'a déchirée... en s'écriant : Non, non, c'est trop se compromettre... j'aime mieux, a-t-elle ajouté, me confier à toi, à ton attachement... à ta fidélité... et vous voyez, monsieur le docteur...

LESTOCQ. Est-ce que c'est y manquer?

est-ce qu'on ne doit pas tout dire à son docteur? eh bien !.. tu t'es donc chargée d'annoncer à Dimitri...

CATHERINE. Que madame avait un important service à lui demander!., un service d'où dépendait sa vie et qu'elle le suppliait de se trouver ce soir à minuit à la porte du palais.

LESTOCQ. La grande porte...

CATHERINE. Non, celle qui donne sur les bords de la Neva, et je dois, seule et dans l'ombre, aller lui ouvrir, dès qu'il

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aura frappé trois coups... voilà tout ce qu'elle m'a dit... il n'y a pas un mot de plus... c'est l'exacte vérité,

^ LESTOCQ, avec imoatience. C'est bien! c'est bien!

CATHERINE. Et maintenant qu'est-ce qu'il faut faire?

LESTOCQ. Remplir ton message auprès de Dimitri, sans parler à lui ni à ta maîtresse de ce que tu m'as confié .

CATHERINE, vivement. Oh! je vous le promets. . d'autant que j'avais déjà promis... car je ne sais pas comment cela se lait, mais sans le vouloir je promets atout le monde !

LESTOCQ. Qu'importe, sion estfidèle?..

CATHERINE. Voilà!., aussi vous le direz à Strolof... n'est-ilpas vrai?., parce qu'une fois marié il aura confiance...

LESTOCQ. Eh! partez donc, morbleu...

vous n'avez pas de temps à perdre... {Catherine s'enfuit.) Wi nous non plus!., le ciel nous seconde; je sais maintenant comment pénétrer cette nuit au palais.

On entend en dehors et au loin un bruit de fanfare et d'harmonie.

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