SCÈNE XIII
LÉON, QUIMBEL, ÉLISE.
Elise soit de soa apparleuient et les écoute.
LÉON. Voici le fait, vous allez vous marier...
QUIMBEL. Je vous l'ai dit, j'épouse une petite femme charmante...
ÉLISE, d part, La chère Joséphine dont m'a parlé Delmar.
LÉON. Et celle à qui vous devez vous unir, vous croyez qu'elle vous aime?
QuiMBL. Oui, Monsieur; mais que vous iiiiporte ?
LÉON. Et si je vous disais, moi, qu'on vous trompe.
QUIMBEL. Ah, Monsieur, si vous la connaissiez!..
LÉON. Je la connais.
QUIMBEL. Vous la connaisscz ?. .
LÉON. Mieux que vous...
QuiMCEL. Mieux que moi!
LÉON. Et ce n'est pas vous qu'elle aime. , QUIMBEL. Qui vous l'a dit?
LÉON. Elle.
QUIMBEL. Elle?
LÉON. Ce malin même... et vous ne l'épouserez pas.
QUIMBEL. Qui m'en empêchera, s'il vous plaît ?
LÉON. Moi...
QtlMBEL. VOIISI
LÉON. Je l'aime...
gciMBEt. Vous l'aimez!.. [It se lève vivevemtnt, àpart.) C'est mon anonyme... c'est mon anonyme... Quel regard féroce!
{Haut.) Comment, Monsieur, nie relancer jusqu'ici... Seriez-vous, parliasard, ce terrible rival ?
LÉON. Si vous voulez bien le permettre.
ÉLISE, d part. De mieux en mieux.
LÉON. Mais nous serons bientôt d'accord... Quelles sont vos armes?
QtlMBEL, dissbnutant sa frayeiu-. Ah!
vous voulez vous battre... que diable, il fallait donc le dire tout de suite ; vous êtes là pendant une heure à me faire un tas de questions.
LÉON. Décidez-vous... est-ce l'épée?
QuiMBEL. Je ne me bats jamais t\ l'épée, Monsieur.
LÉON. Va donc pour le pistolet.
QUIMBEL. Ah! bien oui, encore moins.
LÉON. A quoi vous battez-vous donc?
QUIMBEL. Je me bats... à rien du tout... Monsieur, j'ai des principes, des mœurs, de la moralité ; je connais les lois... « Ar- » ticle i" de la loi du 29 mars 1 829 ; » article unique et qui ne me sort pas de la tête : « Les duels sont prohibés. » Oui, Monsieur, les duels sont prohibés. Je respecte le code , moi ! je suis bon citoyen... Je paie mes portes et fenêtres ; je monte ma garde; je ne suis pas habillé, c'est vrai , mais personne n^a le droit d'exiger davantage... Monsieur, j'épouserai, et malgré vous, dès demain, dès ce soir s'il le faut.
LÉON. Si vous me tuez, soit.
i QUIMBEL. Vous êtes fou.
LÉON. Le plus grand sang-froid, vous ' le TOyez... vous me tuerez ou je vous tuerai.
3L QUIMBEL , a pfl^^ Le choix est agréable. H ÉLISE, ft yoarf. Ceci devient sérieux. ■ LÉON. Sortons, Monsieur, sortons.
" QUIMBEL, criant. Un guet-à-pens ; c'est abominable !
LÉON. Venez, Monsieur, venez.
QUIMBEL, de même. Je ne sortirai pas... je me cramponne ici... Je ne sortirai pas.
ÉLISE, à paH. Il faut que j'intervienne j il est capable de le tuer par amour pour moi. {Haut , et se plaçant entre Quimbel et et Léon.) 'E\\\ mon Dieu, Messieurs, qu'y a-t-il donc?
QUIMBEL. Eh! c'est Monsieur qui extra- ^ vague.
LÉON. Madame vous arrivez fort à propos.
QuiMBEi,, Oui, Madame fort à propos.
LÉON. J'aurais voulu éviter celle scène... Monsieur prétend être aimé; je soutiens le contraire; il n'en veut rien croire, et j'espère que vous allez être assez bonne pour l'en convaincre.
ÉLISE. Comment, vous voulez.. .(>^ pari.) J'ai bien envie de m'amuser de leur erreur.
LÉON. Prononcez, Madame, prononcez.
QUIMBEL, avec force. Oui, Madame, prononcez...(y^ part.) Je ne connais pas celte dame, mais c'est égal.
ÉLISE. Vous devez concevoir toute la difficulté de ma position ; mais puisque vous l'exigez, je m'expliquerai : je serai juge, mais juge inexorable, songez-ybien. Messieurs.
LÉON. Parlez, Madame.
ÉLisE. Piésumons la question. D'un côté un homme estimable, la candeur même, de moeurs simples et douces...
QUIMBEL. Et mêmcpatriarchales... j'ose le dire.
ÉLISE. Dont l'i^ge et l'expérience sont des garanties de sécurité et de bonheur pour sa jeune épouse... De l'autre côté, un homme qui a poussé l'ingratitude j"squ'à oublier une femme qui s'était confiée à ses promesses; quecessentimens avaient touchée, et qui s'en faisait un bonheur pour toujours...
LÉON. Madame.. .
ÉLISE. Ah! ne m'interrompezpas. Quand dans une entrevue qu'elle aurait dû fuir, peut-être, elle fut assez indulgente pour lui pardonner des torts inexcusables.
QUIMBEL, àpart. Ce n'est plus ça.
ÉLISE. Aucune considération ne l'arrête : ni l'accueil hospitalier qu'il reçoit d'ua homme qui ne l'a jamais connu, ni le scanndale d'une scène qui peut alarmer, compromettre même celle qu'il prétend aimer encore.
LÉON, d Elise. De tels reproches...
ÉLISE. J'ai promis d'être impartiale.. . Une telle conduite vo'is dit assez quelle doit être la détermination d'une femme justement offensée. Comparez-la, Mousieur, cette conduite irréfléchie , à la douceur, à la patience, aux procédés de cet homme honnête ei délicat.
QUIMBEL. A part. A la bonne heure.
ÉLISE, et prononcez vous-même votre arrêt.
LÉON. Juste ciel!
QUIMBEL. C'est résumé comme un premier président,
ÉLISE. Vous m'avez comprise, c'est assez... [A Quimbel.) Jlonsicur, voici ma main.
Ou entend une guitare. DOMiNiCA. Une guitare, ÉLISE. C'est Léon.
1;ELMAR, Ecoutons.
ÉLISE. La romance de rigueur... oh ! c'est un enlèvement dans les formes.
LÉON , en dehors.
Le voilà , chère Elise , L'instant pour moi si doux ; La nuit nous favorise , J'accours au rendez-vous.
Rassure-toi, gentille dame, Et crois à mon serment.
Que peux-tu craindre en ce moment f L'époux qui te réclame A le cœur d'un amant.
TOrs.
Il enlève sa femme , C'est un époux charmant.
DELMAR. Allons, ma cousinc , VOUS lui devez une réponse. Muscagory, vite la guitare.
MUSCAGORY. La voilà, la voilà.
ÉLISE
Elle vient d'entendre La voix du trouhadour, Sou cœur sensible et tendre L'apajé de retour.
Sans crainte , à l'espoir qui vous berce , Troubadour, livrez-vous ; Ici , que peuvent les jaloux , L'amour aujourd'hui verse Tous ses bienfaits sur nous.
MUSCAGORY.
Oui, mais il pleut à verse.