ACTE I
BERTHB.
li est si vieux , mon cher Alain, et celte montagne est si rapide! Rose devait y aller hier: mais je ne voulus pas la laisser partir ; on disait que le Loupt chassait dans la forêt.
LE COMTE
Le Loup J madame Berthe ?
Br.llTHE.
Tu sais bien qu'on appelle ainsi dans le pays I; notre seigneur Rodolphe. Aussi, quand jesais qu'il doit passer par ici, il me prend un tremblement, ua tremblement!...
LE COMTE
Quoi ! vous-même, madame Berthe?...
A BERTHE
Ce n'est pas pour moi que je lrcniblc,mon cher Alaiu. Je ne suis plus d'un âge à avoir peur du Loup, moi ! c'est pour Rose d'Amour.
LE COMTE
Ne m'avez-vous pas dit, bonne Berthe, que son petit chaperon est un talisman?...
BERTHE
Sans doute, et tant qu'elle le portera elle sera préservée de tous les pièges qui seront tendus à son innocence ; c'est pour cela que je t'ai reçu dans ma chaumière , Alain , et que je l'ai permis de garder mon troupeau avec Rose-d'Amour ; mais noire seigneur Rodolphe a dit-on, aussi un lalisman qui le fait aimer de toutes les femmes, et je crains que sa bague enchantée ne soit plus puissante que le chaperon. A>i ! pourquoi n'ai-je pas ma chaumière dans les états de monseigneur le comte Roger! c'est un digne homme, celui-là! on ne l'a pas surnommé le Loup ! il protège l'innocence, il encourage la vertu !
LE COMTE , à part, en riant.
Voilà uu éloge bien placé !
BERTHE
Il a pourtant eu tort de ne pas épouser la sœur de notre baron. Ce mari;ige nous aurait valu la paix, et notre chère Zélinde, qui faisait tant de bien dans le pays, ne nous aurait pas quittés pour aller en pèlerinage en Palestine.
,LE COMTK, riant.
J'ai entendu dire, bonne iJerlhe, qu'elle était partie avec le seigneur Raymond, un jeune écuyer de son frère, qui allait à la croisade. BERTHE.
C'est de la calomnie , mon cher Alain ; c'est de la calomnie! La comtesseZélinde ne passait jamais dans ce hameau sans entrer dans ma chaumière pour embrasser Rose-d'Amour et me dire quelque chose d'obligeant. Je lui dois tout ce que je possède; en un mot, c'est la vertu même... Mais que vois-je ? ne sont-ce pas des gardes de monsieur le baron que j'aperçois?
SCEiNÎ': IV. 3
j LE COMTE.
Ils sont avec monsieur le magister... ils viennent par ici.
BERTHE
Que veut dire tout cela?
OC000OO0O00O000OOO0O000OO00O0OOÛO0OOOOO090OOO0OOOO