‹ Recueil d'opérasChapitre 463 sur 1141 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

RODOLPHE, M. JOB, Suite.

(Rodolphe entre au milieu des femmes qui s'enf-iicnt.)

JOB

Jouissez, monseigneur, jouissez de l'alle^icsse

LE PETIT CHAPERON ROUGE

el du plaisir que cause votre arrivée dans ce hameau.

RODOLPHE

C'est un singulier pays que celui-ci! Le femmes m'y donnent au diable, et les maris chantent mes louanges.

JOB

Depuis que je suis dans ce hameau , monseigneur, la civilisation y fait des progrès sensibles.

RODOLPHE

Je veux beaucoup de bien à ce canton, magister, et je le prouverai.

JOB

Monseigneur cherche tous les moyens de faire des heureux,

RODOLPHE, Oui, magisler, et surtout des heureuses. C'est pour ceia que je viens de rétablir dans mon fief un usage que mon père avait supprimé, je ne sais trop pourquoi ; car enfin il n'a rien que de très moral! Le beau mérite pour une jeune lille d'être sage au fond d'un hameau, el parmi des villageois qui ressemblent aux ours de ces montagnes! tandis que dans le château, presque au milieu d'une cour brillante, la vertu païaît dans tout son jour; et, en récompensant la sagesse, le Seigneur sait du moins à quoi s'en tenir,

JOB

Ah! monseigneur, que les hommes... je veux dire que les femmes sont injustes ! Elles vous ont surnommé le Loup, tandis que voire bonté...

RODOLPHE

Ne m'en parlez pas, magisler, c'est une indignité ! M'appeler le Loup ! moi qui suis la douceur même !

JOB

C'est ce que je leur dis chaque jour...

Moi qui ai pour les femmes tant de vénération!,., tant de respect!

JOB

C'est ce que je leur répète sans cesse, Savezvous ce qu'elle me répondent, monseigneur?

RODOLPHE

Eh ! que vous répondent-elles, magisler?

JOB

Qu'elles vous connaissent mieux que moi,

RODOLPHE

C'est possible,

JOB

Non, monseigneur, cela n'est pas possible, et personne ne connaît comme moi votre bonté , votre loyauté, votre verlu, voire...

RODOLPHE

Assez, assez, mon cher magisler; puisque les femmes me haïssent ici, je veux me venger d'elles par des bienfaits, et je commencerai par votre prétendue.

JOB, stuiiris.

Comment ?

RODOLPHE

Mon sénéchal m'a parlé de vos projets, et je les approuve,

JOB, à part.

Hum ! maudit sénéchal !

Il dit voire future fort jolie. (Prenant des tablettes.) Vous la nommez?

JOB

Nanetle, monseigneur.

RODOLPHE, feuilletant ses tablettes.

Je n'ai pas ce nom-là sur mes tablettes. Magisler, vous me l'amènerez au château , et vous me la présenterez. Vous connaissez ma bonté, ma verlu, ma loyauté...

JOB

Certainemenl...

RODOLPHE

Vous êtes un digne homme, monsieur Job, et je vous estime fort. Allez rassembler tout le hameau, et que tout soil prêt pour la cérémonie; nous la ferons sur cette place ; que cela soit gai, surlout !

JOB

Monseigneur, nous lâcherons de vous amuser.

RODOLPHE

Vous êtes homme à cela , monsieur Job. Allez, et ne perdez pas de temps... Ah ! j'oubliais : magisler, préparez le scrutin d'avance, et mêliez sur tous les billets iiose-d'.clmour, afin que le hasard désigne celle jeune fille,

JOB, stupéfait.

Quoi 1 monseigneur, vous voulez?,..

Oui, je l'ai décidé dans ma sagesse. Mon sénéchal m'a parlé de la vertu de celle jeune personne, cl je veux saisir l'occasion de la récompenser comme elle le mérite,

JOB

Mais l'impartialité, monseigneur!

RODOLPHE

Soyez tranquille, monsieur Job ; cela n'empêchera pas mademoiselle Nanelle de venir au château.

JOB

Monseigneur est ici le maître, et puisqu'il veut honorer de ses bienfaits la belle Rose-d'Amour, monseigneur sera satisfait, (A part.) Hum ! maudit sénéchal !

(Il sort.)

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