SCÈNE VIII
RODOLPHE, M. JOB, Suite.
(Rodolphe entre au milieu des femmes qui s'enf-iicnt.)
JOB
Jouissez, monseigneur, jouissez de l'alle^icsse
LE PETIT CHAPERON ROUGE
el du plaisir que cause votre arrivée dans ce hameau.
RODOLPHE
C'est un singulier pays que celui-ci! Le femmes m'y donnent au diable, et les maris chantent mes louanges.
JOB
Depuis que je suis dans ce hameau , monseigneur, la civilisation y fait des progrès sensibles.
RODOLPHE
Je veux beaucoup de bien à ce canton, magister, et je le prouverai.
JOB
Monseigneur cherche tous les moyens de faire des heureux,
RODOLPHE, Oui, magisler, et surtout des heureuses. C'est pour ceia que je viens de rétablir dans mon fief un usage que mon père avait supprimé, je ne sais trop pourquoi ; car enfin il n'a rien que de très moral! Le beau mérite pour une jeune lille d'être sage au fond d'un hameau, el parmi des villageois qui ressemblent aux ours de ces montagnes! tandis que dans le château, presque au milieu d'une cour brillante, la vertu païaît dans tout son jour; et, en récompensant la sagesse, le Seigneur sait du moins à quoi s'en tenir,
JOB
Ah! monseigneur, que les hommes... je veux dire que les femmes sont injustes ! Elles vous ont surnommé le Loup, tandis que voire bonté...
RODOLPHE
Ne m'en parlez pas, magisler, c'est une indignité ! M'appeler le Loup ! moi qui suis la douceur même !
JOB
C'est ce que je leur dis chaque jour...
Moi qui ai pour les femmes tant de vénération!,., tant de respect!
JOB
C'est ce que je leur répète sans cesse, Savezvous ce qu'elle me répondent, monseigneur?
RODOLPHE
Eh ! que vous répondent-elles, magisler?
JOB
Qu'elles vous connaissent mieux que moi,
RODOLPHE
C'est possible,
JOB
Non, monseigneur, cela n'est pas possible, et personne ne connaît comme moi votre bonté , votre loyauté, votre verlu, voire...
RODOLPHE
Assez, assez, mon cher magisler; puisque les femmes me haïssent ici, je veux me venger d'elles par des bienfaits, et je commencerai par votre prétendue.
JOB, stuiiris.
Comment ?
RODOLPHE
Mon sénéchal m'a parlé de vos projets, et je les approuve,
JOB, à part.
Hum ! maudit sénéchal !
Il dit voire future fort jolie. (Prenant des tablettes.) Vous la nommez?
JOB
Nanetle, monseigneur.
RODOLPHE, feuilletant ses tablettes.
Je n'ai pas ce nom-là sur mes tablettes. Magisler, vous me l'amènerez au château , et vous me la présenterez. Vous connaissez ma bonté, ma verlu, ma loyauté...
JOB
Certainemenl...
RODOLPHE
Vous êtes un digne homme, monsieur Job, et je vous estime fort. Allez rassembler tout le hameau, et que tout soil prêt pour la cérémonie; nous la ferons sur cette place ; que cela soit gai, surlout !
JOB
Monseigneur, nous lâcherons de vous amuser.
RODOLPHE
Vous êtes homme à cela , monsieur Job. Allez, et ne perdez pas de temps... Ah ! j'oubliais : magisler, préparez le scrutin d'avance, et mêliez sur tous les billets iiose-d'.clmour, afin que le hasard désigne celle jeune fille,
JOB, stupéfait.
Quoi 1 monseigneur, vous voulez?,..
Oui, je l'ai décidé dans ma sagesse. Mon sénéchal m'a parlé de la vertu de celle jeune personne, cl je veux saisir l'occasion de la récompenser comme elle le mérite,
JOB
Mais l'impartialité, monseigneur!
RODOLPHE
Soyez tranquille, monsieur Job ; cela n'empêchera pas mademoiselle Nanelle de venir au château.
JOB
Monseigneur est ici le maître, et puisqu'il veut honorer de ses bienfaits la belle Rose-d'Amour, monseigneur sera satisfait, (A part.) Hum ! maudit sénéchal !
(Il sort.)