RÉCIT
L'ERMITE, d'une voix majestueuse.
Roger, et vous, Rodolphe, écoutez en silence L'arrêt que le destin rend pour vous aujourd'hui j Rose-d'Amour, comblant votre espérance, (A Rodolphe.) (Montrant Roger.)
Doit vous appartenir... avant que d'être à lui.
LE COMTE, stupéfait.
Qu'entends-je ? Arrêt affreux, et qui me désespère I RODOLPHE, d'un ton goguenard.
Ah ! que vous jugez bien mon père !
L'ERMITE
Le sort bientôt doit s'accomplir.
LE COMTE
Non, je saurai le prévenir.
ENSEMBLE
LE COMTE et RODOLPHE.
Qui, vous ? Non, non ; quand j'adore ses charmes, Rien ne pourra la ravir à mes lois; Et je saurai, s'il le faut, par les armes , Faire valoir mon amour et mes droits.
l'ermite.
La paix soit avec vous mes frères, Et du ciel craignez le courroux.
(L'orage, qui allait toujours croissant, éclate à la fin du morceau. Rodolphe et le comte se séparent en se menaçant ; l'ermite s'enfonce dans la forêt. Le théâtre n'est pas encore très obscur ; mais il le devient par degrés pendant le monologue suivant.)
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SCÈNL VII.
ROSE-D'AMOUR. Elle a sous le bras son petit pot de beurre <l sa galette,
Comme il iuil sombre!... On u'j voit goutte... et je suis égarée... La trêve est expirée... Pour
LE PETIT CHAPERON ROUGE
n'èlre point aperçue, j'ai pris des chemins que je ne connais pas, et voilà deux heures que je marche dans celte forêt; je devrais être de retour au hameau... H faut être juste , je me suis un peu amusée en chemin... fGaiment.) j'ai cueilli des noisettes... c'est si bon, les noisettes 1... et puis, quand je"~marche en pensant à M. Alain, je ne sais comment cela se fait, je m'égare toujours!... Je suis peut-être bien loin de l'ermitage... et je crains de m'en éloigner encore... Attendons ici que Forage soit passé. Elle pose le pot de heure et la galette sur le banc et s'assied.) Pourquoi Alain n'est-il pas avec moi?... ce n'est pas que j'aie peur, au moins; (Elevant la voix.) non, je n'ai pas peur ; (Baissant la voix.) mais on n'est pas fâché d'être deux. (Le tonnerre a cessé ; une douce mélodie se fait .'entendre. ) J'ai tant marché!... je suis bien lasse... et si je n'avais pas peur des loups, je crois que je m'endormirais sur ce gazon. (Elle se place sur le banc. Une mélodie aéiienne annonce les approches du sommeil. Rose-d'Aniour était près de s'endormir ; un éclair brille , elle s'éveille en sursaut et traverse de l'autre côté du théâtre en poussant un cri.) Ahi... j'ai cru le voir... ce n'est rien... je commençais a m'endormir , je crois... (Mélodie.) non. Non!.. Je vais chanter et danser pour mieux résister au sommeil. (Chantant.) Tra la la la. (Elle répète, presque endormie, le refrain de la ronde, j Dansez., dansez, jeunes compagnes, etc.
(Insensiblement sa voix s'éteint; elle traverse le théâtre en chancelant , et vient tomber endormie sur le banc qu'elle avait quitté.)