SCENE m
CHAPELOU , MADELAINE.
CHAPELOU. Eh ben ! ma bonne Madelaine, il n'y a plus à s'en dédire, le Conjungo est prononcé... te v'ià madame Chapelou, la femme du premier postillon de la poste de Lonjumeau, et, de plus, du coq de tout le village... ça flatte l'amourpropre d'une jeunesse... hein! méchante?
MADiiLAiNE. C'est bon, c'est bon, monsieur le joli cœur, parce que vous avez quelques agrémens physiques, vous êtes 6er comme un paon...
CHAPELOU. Ecoute donc, Madelalne...
sais-tu que j'étais joliment couru des jeunes filles?., quand je pense à ça... j'en ait-y enjôlé de ces femmes!., j'enai-t-y croqué de ces poulettes!..
MADELAiiNE. Oui ; mais maintenant, vous ne croquerez que moi... mauvais sujet!..
CHAPELOU. Ah! c'est vrai!... il faut dire bonsoir àla vie de garçon... (// soupiré) ah!
MADELAINE. Pardine , j 'vous conseille delà regretter... c'était du gentil!.,, le cabaret, les disputes... au lieu qu'à présent, monsieur, vous ne quitterez plus votre petite ménagère., elle vous câlinera, elle vous dorlotera, et vous fera de si bonne soupe aux choux... car vous l'aimez la soupe aux choux, friand!
LE POSTILLON DE LONJUMEAU
CHAPELOU. Oh! c'est véridique... je ferais des bassesses pour la soupe aux choux; ^soupirant) mais...
MADKLAiiNE. Mais.... mais.... quoi que vous avez donc?... vous ne faites que soupirer le premier jour de nos noces....
est-ce que vous ne m'aimeriez plus, mousieur?..
CHAPELOU. Oh! si l'on peut dire...
MADiîLAlNE. Ca Serait bien mal à vous., moi, qui vous ai fait tant de sacrifices — car, enfin, ces jours derniers, je ne vous en ai rien dit, mais j'ai encore reçu une lettre de ma tante... cette bonne tante qui est allée s'établir à l'Ile-de-France, et qui veut absolument que j'aille la rejoindre...
CHAPELOU. Ah ça ! est-ce que décidément elle a fait fortune là-bas , la digne femme ?
MADELAINE. Je crois bien !... une fortune de duchesse ! elle a des champs où l'on sème du sucre et du café qu'il n'y a qu'à se baisser pour en prendre... Eh bien ! quand je pourrais aller partager toutes ces douceurs-là et devenir une grande dame, j'y renonce pour rester à Lonjumeau , dans cette petite auberge , mon seul héritage... tout ça, pour épouser monsieur, qui a l'air d'avoir des regrets et qui se permet de soupirer... mais qu'est-ce qui vous tracasse... voyons?...
CHAPELOU. Eh! bien, tiens, Madelaine, tu vas tout savoir... tu as entendu parler de la mère Grabille ?. . .
MADELAINE. La vieille sorcière du village ici près...
CHAPELOU. Juste... savante femme !...
alors, j'ai été, dès le matin, la consulter dessus notre mariage. ..
MADELAINE. Oh! comme ça se rencontre!... tu sais bien le père Gaspard?..
CHAPELOU. Le vieux berger... le petit bossu.
MADELAINE. Je l'ai consulté de mon ,côté sur notre union...
CHAPELOU. Voyez-vous ça!...
DUO
ENSEMBLE
Quoi ! tous les deux ! qui l'aurait cru ?. Ah ! l'aventure est singulière!..
HiDELAIlSE.
Parle ■vite... chez la sorcière, Dis-moi ce qu'on t'a répondu.
CHAPELOU.
Se démenant comme un vrai diable, Après avoir lu dans ma main , Elle a dit que j'étais aimable , Adroit et surtout fort malin ; Que jamais , grâce à ma finesse ,
Je ne pourrais être attrap»^ ; Que par ma femme ou ma matttesse , Je ne serais Jamais trompé...
MADELAINE , riant.
Jamais trompé?..
CHAPELOU.
Jamais trompé !
MADELAINE
Ta sorcière est une ignorante , Qui, vraiment, ne sait rien de rien
CHAPELOU.
C'est une femme fort savante ; J'en réponds, elle parle bien.
MADELAINE
Enfin , de noire mariage ,
Que pense-t-clle? réponds-moi...
CHAPELOU.
Elle m'a dit qu'en ce village J'avais tort d'engager ma foi...
Mais c'est fort mal...
CHAPELOU.
Et qu'à la ville M'attendait le plus grand bonheur...
Qu'il me serait bientôt facile , A Paris , de vivre en seigneur...
MADELAIRE.
En seigneur ?
CHAPELOU.
En seigneur !..
Bref, pour parler avec franchise Elle m'a dit qu'en t'épousant Je fais...
MADELAINE
Quoi donc ?
CHAPELOU.
Une bêtise.
MADELAINE , uvec Colère.
Qu'entends-je ! ah ! c'est affreux ! vraiment Cet oracle est trop insolent 1
(^El/e s'éloigne de Chapelou, CHAPELOU , se rapprochant d'elle.
Apaise ton ressentiment.
Ce n'est pas sa faute vraiment Si dans le livre du destin Elle a lu cela ce matin.
Ah ! quelle impudence !
Quelle impertinence !
Oui , son ignorance Veut une leçon.
Méch:inte sorcière , Vilaine mégère , On devrait te faire Mourir en prison.
CHAPELOU.
Si par sa science EUe peut d'avance Avec assurance Prévoir l'avenir , \n vain la colère
MAGASIN THEATRAL
Ici t'exaspère ;
La panvre sorcière,
Pourquoi la punir?
CHÀPELOn.
Maintenant , à mon tour, ma chère...
C'est à moi de t'interroger, Je veux savoir tout le mystère ; Que t'a répondu le berger?
MlDELàlNB.
Il m'a dit que dans ce village Si je voulais donner ma foi , Je pourrais , pour le mariage , Trouver, mon cher, bien mieux que toi !
CHAPELOU , avec suffisance.
Bien mieux que moi
MADELAINE
Bien mieux que toi !
cnAPELon.
Ton sorcier n'est qu'un imbécile.
Qui, vraiment, ne sait rien de rien.
MADEL4INB.
Ah ! c'est un homme très-habile ; J'en réponds , il parle fort bien.
Il prétend que ton caractère Rendra notre hymen malheureux , Que, loin de chercher à me plaire.
Bientôt tu trahiras nos feux , Et que tu n'es qu'un vaniteux...
Et surtout un ambitieux.
ciiAPEi.on, se récriant.
Il dit que je suis vaniteux
MADELAINE
Bref, pour parler avec franchise Il m'a juré qu'en t'épousant Je fais...
CIIAPELO0,
Quoi donc ?
MADELAINE
Une sottise !
CHAPELOU, avec colère.
Qu'entends-je! ah! c'est affreux ! vraiment Cet oracle est trop insolent!
( // j 'éloigne de Madelaine. )
MADELAINE , s' approchant de lui.
Apaise ton ressentiment.
Ce n'est pas sa faute vraiment Si dans le livre du destin Il a lu cela ce matin.
ENSEMBLE
CHAPELOU.
Ah ! quelle impudence !
Quelle impertinence !
Oui , son ignorance Veut une leçon.
Ah ! crains ma colère, Méchante vipère ; On devrait te faire Mourir en prison.
MADELAIKE.
Si par sa science H peut à l'avance Avec assurance
Prévoir l'avenir , En vain la colère Ici t'exaspère , On ne peut, j'espère, Vouloir le punir.
MALELAiNE, montrant Chapelou au doigt et riant.
Aux sorciers vraiment il a foi.
CHAPELOU, riant.
Non , je n'y crois pas plus que toi.
HADELAINE.
Entre nous deux, allons , plus de nuages, Je t'aimerai toujours , je te le jure ici.
CHAPELOU.
Je ne croirai jamais à de fâcheux présages , Je veux être pour toi le plus tendre mari.
ENSEMBLE
Ah ! quel doux avenir !
Rien ne pourra nous désunir.
Allons, ne redoutons plus rien , Chez nous toujours tout ira bien ; Les mauvais sorts n'y feront rien.
{j4 la fin de l'ensemble , Chapelou embrasse Madelaine. Biju entre par le fond à droite. )
coooaoaoooooaoaoooaocooQiBOoaoaacQaccoooaoaao