SCENE IV
Les Mêmes ; BIJU , en habit de travail de forgeron.
BIJU, entrant. Très-bien... il paraît que vous êtes pressés... allez votre train... ne vous gênez pas...
MADELAINE. Tiens! tiens! faudrait-il pas se gêner devant monsieur Biju!...
CHAPELOU , à Bij'ii. Dis donc, dis donc, pendant que j'y pense, pourquoi qu'on ne t'a pas vu à ma noce, toi?
BIJU , avec humeur. Parce que j'étais à ma forge...
MADELAINE. Et parce que c'est vexant de voir le bonheur d'un rival, n'est-ce pas, monsieur Biju?
CHAPELOU. Ah! c'est vrai, ce pauvre garçon, je crois qu'il te faisait un petit doigt de cour, Madelaine?..
BIJU. Je lui faisais bien une cour tout entière.... sans compter qu'elle ne me voyait pas d'une mauvaise œil !...
MADELAINE. Oh! si l'on peut dire !....
faiseur de cancans !...
BIJU. Il n'y a pas de cancans... je vous avais charmée,., ainsi que toutes les jeunesses de l'endroit... c'est pas étonnant... avant l'arrivée de Chapelou, j'étais le plus bel homme de l'hameau... on pleurait de rire quand je racontais des farces à la veillée... c'est au point qu'on me disait: Env'là assez... et, le dimanche, quand je chantais au lutrin, il n'y avait pas assez de place dans l'église.
LE POSTILLON DE LONJUMEAU
MADELAïNE. Et maintenant, c'est le tour de mon petit Chapelou... faut avouer aussi qu'il a un gosier de rossignol...
BiJlJ. Je suis aussi rossignol que lui... mais ce qui est nouveau est beau, comme dit le proverbe... aujourd'hui, le sexe me repousse et le lutrin me dédaigne.
MADELAINE, riant. Ah! ah ! ah! le fait est, Chapelou, que tu lui as joliment coupé l'herbe sous le pied...
CHAPELOU , à Biju. IMais sans rancune, va... je ne t'en veux pas .. j'ai même un petit service à le demander. . .
BiJU. Voyons voir...
CUAPELOU. Voilà... tous les postillons sont en course, et, s'il arrive ce soir un voyageur, il n'y a pas à dire, il faudra que je mette les bottes de sept lieues et que j'enfourche le poulet d'Inde. BiJU. Eh ben!...
CHAPELOU. Eh ben! quand on se marie, on a autre chose à faire que de galoper , la nuit, sur la grande route.... Alors, conmie avant d'être charron, t'as été postillon... tu auras la complaisance de me remplacer, en cas de besoin... hein?
MADELAliVE. Ainsi, c'est convenu...
nous pouvons compter sur vous, voisin?.. BIJU. Comment donc! pouvez compter...
sur rien du tout...
CHAPELOU. Tu refuses?..
BIJU. Tout net... et je ne demande plus qu'une chose... c'est qu'il vienne un voyageur...
CHAPELOU. Ah! j'espère bien tout le contraire... et j'ai lieu de croire... (On entend (lu firuit au fond.) Qu'est-ce que c'est que ça?
LE MARQUIS, dans la coulisse. Maudit postillon!... holà! quelqu'un!
BIJU , avec joie, tn voyageur !
MADELAINE , avec tristesse. Un voyageur !
CHAPELOU , avec dépit. Un voyageur !
que le diable l'emporte !
BIJU , se frottant les mains. Fameux !
fameux! Dis donc, Chapelou, veux-tu que je t'aide à mettre tes bottes?..
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