SCENE IV
M. et M-»» DURAND.
DURAND. Voilà notre comédie qui mar-
l'ecevez , vous ne le connaissez pas
ALFRED. On m'en a répondu... c'est un jeune homme qui joue dans toutes les sociétés. On se l'arraclie , il passe sa vie dans toutes les maisons de campagne des environs de Paris.
DiRAND. Allons , allons , ne perdons pas de tems , et puisque M. Dubreuil , sur qui j'avais eu la faiblesse de compter, nous abandonne à nous-mêmes , nous nous passerons de souffleur.
Air (fa Verre.
^.ous savons les situations
De ces admirables ouvrages ;
Tsous prendrons les positions ,
Ce sont de fort fjrands avantages;
Pour le tlialogu' nous n' somni's pas sots :
C'est la moindre des entreprises,
î>ous n' dirons pas les mêmes mots...
nUBREUIL.
Mais à peu près les mêmes bêtises.
Et sur ce , je vous souhaite bien du plaisir.
(Il sort.)
ALFRED. Puisqu'il faudra nous passer de souffleur, repassons bien nos rôles.
DURAND. Et essayez vos costumes.
Air t/e 3Iarlanne.
Dans ma maison que l'on s'apprête ', Reine , tyran, jeune premier, Qu'on étudie et qu'on re'pèle De la cave iusnu'au grenier!
u l impératrice , L'œil en coulisse, Trouv' son cocher Dans la chambre à coucher! Que dans V salon , Changeant d' façon , Robert Macair' lasse l'honim' du bon ton! Dans les bosquets, loin de sa mère, Qu'Angèlc se perde soudain !
Riais songez, mêm' dans mon jardin, A respecter 1' parterre.
ADOLPHE. Chacun a son affaire.
TOUS
Air de TJ^'aîlace.
De cet art si sublime Essayons !cs
ffets :
En peignant bien le crimCj î^ous aurons du succès !
M""* DURAND. Oui ; mais le mariage de notre fille ne marche pas.
DURAND. Tu sais bien que c'est une chose arrêtée , notre cousin Benjamin des Orties est un excellent parti.
M""^ DURAND. Mais il est dans son département , et nous n'avons pas de ses nouvelles.
DURAND. Son père devait m'écrire.
M""^ DURAND. C'est singulier.
DURAND. Sa chambre est prête : il ne faut pas tant de cérémonies pour recevoir un garçon.
M"'" DURAND. Un provincial.
DURAND. Qui ne sait peut-êtie seulement pas jouer la comédie.
M'"^ DURAND. Ce qui m'inquiète bien plus , c'est de ne pas voir arriver le jeune premier qu'on nous a promis.
DURAND. Crois-tu qu'il sache bien tout le répertoire moderne ?
M'"''DURAND. il en est tellement fanatique qu'il s'est asphyxié deux fois en apprenant ses rôles.
DURAND. Allons , je vais, en l'attendant, étudier mon Barabbas; j'ai une passion pour ce rôle-là.
M"^ DURAND. l\ïoi , je vais étudier ma Camargo et repasser ma Mers et ma Fille y c'est une pièce que j'aime beaucoup. Cette femme qui trompe son mari et qui aime son gendre , c'est bien actuel ! ( Elle ap^ pelle, ) Madeleine.
scejXe y.
Les iMÈMEs, MADELEINE.
MADELEINE. IMadanie?
jjme DURAND. Tu sais que
nous atteu^ s'il arrive ,
(tu sortent)!
dons un amoureux de Paris .
avertis-nous bien vite.
MADELEINE. Oui, madame.
DURAND. Fais-le rafraîchir.
j^me DURAND. ]Montre-lui sa chambre.
DURAND. Fais-lui toutes les politesses qu'on fait
MADELEINE. A im amoureux , quoi !
DURAND. Allons , je vais donner un coup-d'œil à mes décorations , car tu sais que j'ai préparé dans mon alcôve une petite fantasmagorie pour le Juif errant. Je ne veux rien négliger pour le triomphç de mon épouse.