‹ Recueil d'opérasChapitre 655 sur 1141 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

BENJAMIN , BI-^ DURAND , en toilette

élégante.

M™' DUR.iND , à part. Voilà notre amoureux : povir lui donner une idée de nion talent, abordons-le par mon rôle de la Mère et la Lille. Ca lui fera plaisir.

( Elle lait dei mines comme queltju'un qui répète

tout bas. )

LKS IMMORALITES. '

BENJAMIN. Ah ça ! elle me fait des yeuî

élonnans. {Saluant.) Madame...

M""^ DL'UAND, à part. Il n'a pas tropIVii d'un séducteur î mais il faut passer sur h ])hysique. . . ( Prenant un air de comédienne. Vous voilà donc arrivé, monsieur I

BENJAMIN. Connue vous voyez , madame.

M"'^ DLR.VND , continuant. Je sais ce qu vous aiuène , vous venez demander m.

fille en mariage.

BENJ.VMIN. C'est une affaire convenue., si elle me plaît , si je lui plais , si...

jjme Dx^-R\;\D , naturellement. Ce n'est pa cela que vous devez dire.

BENJAMIN. Pardon , madame , on dit c qu'on peut.

^jmc DiRvxD , à part. Il ne sait pas di tout son rôle. {Haut.) Allons, je vaisvou

tirer d'embarras, regardez-moi d'ur

air aimalde... Ne savez-vous pas que c'est moi qui dois vous plaire.

BENJ.\MIN , nullement. Plaît-il 1

M'"^ DLRAND. Oui. Vous épouserez ma fille ; mais il faut que vous m'aimiez.

BENJ.VMIN. Voilà ime idée neuve !

^jme Dî^^RjvND. Ne connaissez-vous pas la Mère et la Fille?

BENJAMIN. Pas plus l'une que l'autre...

j'arrive , et...

j^ime DxjRAND, Alors ça ne m'étoime plus! c'est moi qui suis la mère... Je veux que vous sovez mon amant; mais il faut que

mon mari ignore cette liaison. Je retarderai tant que je pourrai votre union avec ma fille , parce que vous sentez qu'une fenmie qui est la maîtresse de son gendre , ça n'est pas de la plus grande moralité.

BENJAMIN. C'est révoltant !

M™« DURAND. Aussi je vous demande le secret...

BENJA3IIN , indigné. Fi donc !

M"'' DURAND. Est-ce que ce rôle-là ne vous convient pas ?

BENJAMIN , irrité. Non , madame , un rôle pareil ne convient pas à un jeune homme bien élevé, à un jeune homme qui a des sentimens et de la pudeur, et vous devriez rougir de me le proposer.

M'"'' DURAND, naïvement. Ah! ce n'est pas cela. Vous n'y êtes pas du tout. Vous prenez le contiepied des choses , vous devez être tendre , passionné , volcanique. Comment une femme vous fait une déclaration d'amour, et voilà comme vous la recevez ! mais vous devez lui serrer la main, tomber à ses pieds, rouler des yeux, pousser des soupirs.

BENJAMIN , à part. Quelle gaillarde ! la

s I.E MAGASIN

bonne appelle ça une mère coquette ? elle aurait pu dire... davantage.

M"'= DURAND. Allons , jeune homme , voyons , animez-vous , du feu , du feu ! Air de la Gazza Quelle imposture 1 (S.\.vyi.VR,) Vous èt's sans ame , Vous èl's sans flamme, Et, près d'un' femme, Comme un ze'ro !

Rien d'énergique , De dramatique !

Quant au pliysique. . .

\ous n'èles pas beau.

BESJAMIN.

Vous , mailam', vous n'cl's pas honnête-

Jime DURAND.

On n'est pas aussi froid que vous.

BENJAMIN

Vous venez vous j'ter à ma tête!

^ims DURAND.

Vous d'vriez vous j ter à mes g'noux ,

BENJAMIN

Grand Dieu! pour moi quelle aventure, Épouse perhde et parjure , Vous voulez que je fasse injure A l'c'poux que vous trahissez!

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