‹ Recueil d'opérasChapitre 66 sur 1141 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

SAINT-PHAR, puis ALCINDOR.

SAINT-PHAR, seul. Elle est ici!., ma cbarniante conquête habite ce château!... et j'allais le fuir! comment n'ai-je pas de-»

LE POSTILLON DE LONJUMEAU

viné cela?., il faut qu'à l'instant inênie...

ALCllVDOR , rei>emmt. Dis donc , Cliapelou, Sainl-Pliar, je...

SAINT-IMIAU, avec fierté. Monsieur Alcindor... vous ne pourrez donc, iainais vous liabiiuer à m'appeler Saint-l'liar. . hein?... de Saint-lMiar !

ALCiMDOU. Si. . de Saint-Pliar-Cliapelou... non, de Cliapelou-Saint-l'liar...

SAlNT-PiiAR. Au surplus, qu'as -tu à me dire? voyons, laisse-moi... va-l'en... vat'en.

ALCiiNDOn. Va-t'en... qu'est-ce que c'est que ce ton-là ? dis donc, je ne suis pas ton domestique... je soigne tes costumes , je vernis tes souliers, et je fais tes commissions, c'est vrai ! tu me donnes douze li vres par mois, c'est encore vrai !.. mais ce sont des gages... d'amitié, entends-lu , Saint-Phar-Chapelou ?

SAINT-PJIAR. Va-t'en, tedis-je...

ALCINDOR. En quittant Lon jumeau pour venir partager ton bonheur, j'ai voulu être artiste comme toi, et je suis artiste... coryphée au grand Opéra, sons le gracieux nom d'Alcindor... je joue les Borée et les vents... je suis un aquilon ordinaire du roi... entends-tu, Chapelou-Saint-Phar ?.. mais voilà comme vous êtes, vous autres premiers sujets , vous traitez les pauvres choristes du haut de votre grandeur...

qu'est-ce que c'est que ça ? m'as-tu seulement entendu, pour juger de ma voix et de mon talent ? Je suis l'homme des nuances... je suis plein de nuances.

AIR

Oqï, des choristes du tliéàtre,

Je suis vraiment la fine fleur:

De ma voix on est idolàti e,

Quaud on m'entend chanter en chœur :

Marchons,

Frappons, Combaltocs,

Jurons,

Chantons,

Buvons,

Dansons, Et gai, gai, gai, riooo.

Chantons,

Buvons,

Dansons,

Marchons,

Jurons,

Frappons.

Si je repre'sente un zephire,

Ma voix vole le'gèrement :

Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !

Si c'est en fleuve qu'on m'admire.

Ma voix roule comme un torrent :

Ah , ah , ah , ah , ah , ah , ah , ali !

Faut-il, assis dans la prairie,

Charmer les nymphes par mes chants :

Ah , ah , ah , ah , ah , ah , ah , ah !

Des habitans de l'Arcadie ,

Faut-il prendre les doux accens :

Ah , ah , ah , ah , ah , ah , ah , ah!

Oui, des choristes du tlw'Atre,

Je buis vraiment la lltie (leur ;

De niM voix ou <sl idolàtie,

Quund ou m'entend chanter e«i choeur :

Miii-hons,

Frappons, etc.

SAî\T-rnAR. Qui te dit que tu n'es pas la fme fleur des choristes?., mais sache donc que si je désire rester seul, c'est que, d'un moment à l'autre , je m'attends à la voir, à lui parler.

ALCiXDOR. A qui?

SAiNT-i'iixR. A madame Latour... tune sais donc pas que je suis chez elle.''.. En l'apprenant, Alcindor, ça m'a causé \xi\ trouble, une émotion...

ALCINDOU. De l'émotion!., toi... laissenioi dojic tranquille , voleur de cœurs, flibustier de Cythère.

SAi\T-i»iiAR. Ah ! c'est que cette femme-là n'est pas comme toutes les autres. Je jouais Castor... à la fin du grand duo... au moment où j'embrasse Pollux... je m'arrête court... qu'est-ce que je vois... aux avant-scènes?.. Madelaine!

ALCi;\DOR. Ta femme! oh!

SAiNT-PHAR. Non, M"^ Latour.

ALCIINDOR. Ah !

SAiNT-rnAR. C'est une ressemblance !..

enfin, c'est Madelaine, mais Madelaine en beau! Je lui lance des œillades meurtrières, et, pendant un mois, elle ne manque pas une seule représentation... me regardant toujours avec un air et des yeux... bientôt je risque un poulet; on daigne y répondre , et une tendre correspondance s'établit entre nous. Mon dernier billeJ: sollicitait un rendez-vous... pas de réponse... j'aurais pu me présenter chez ma belle , si j'avais connu sa demeure... juge de ma joie, de mon bonheur... c'est ici, où je suis venu à regret, que je la retrouve.

ALCINDOR. Je te connais, tu vas achever de la séduire avec tes roucoulades.

SAINT- PHAR. Ah! mon cher, quel puissant auxiliaire que la musique pour surprendre le cœur des femmes ! on est tous deux là , près du clavecin.... les accords préparent l'ame aux douces sensations...

les regards se rencontrent... joins à cela une physionomie agréable, une tournure assez distinguée... comment demeurer insensible quand je leur chante en la :

Ah ! cédez à mes vœux !

On hésite... je passe en si'.

Ah ! cédez à mes vœux !

MAGASIN THEATRAL

On fait la cruelle... je pousse jusqu'à Vut.

Ah ! cédez à mes vœux !

On ne peut pas résisler à un ut.

ALCINDOR. 11 faudrait être sourd [Clinntant) Utl

SAIN'T-PHAU, regardant ou fond ^ à gauche. Je ne me trompe pas., c'est elle I dans ce jardin.

ALCINDOR , regardant aussi. C'est vrai ! il y a de ta femme là-dedans.

SAI^T-^HAR.. Elle se dirige vers ce pavillon... Alcindor... laisse-moi... je t'en prie !

ALCINDOR. A la bonne heure ! voilà qui est parler'... je te laisse. . dis donc... si elle résiste, va jusqu'à Y ut... ut.

(Il s' échappe par le fond, h droite, au moment où Madelaine entre par la gauche.)

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