‹ Recueil d'opérasChapitre 736 sur 1141 · TT.4VI · texte numérisé non relu

TT.4VI

Tous nos convives sont déjà arrivés, et toi. notre amphitryon, te voilà le dernier au rendezvous!

FABIUS

Le repas n'est pas encore commandé?

ZUNIG.\, se frappant le front.

C'est vrai; je vous ai invités chez le maître Nunnez Mugnoz, qui n'a pas son pareil pour les olla-podrjda à la reine... Holà, seigneur hôte- Nota. La mise en scène exacte de cet ouvrage, transcrite par M. L. Pahanti , fait partie de la collection démises crt scène par le journal La Revue et Gazette des Théâtres, rue Sainte-Anne, 55.

MAGASIN THÉÂTRAL

lier! {A VHdtelier. qui parait et salue.] 3c paie double!... que dans un quart d'heure tout soit, prêt ; et songe bien qu'il ne s'agit pas ici de traiter des hobereaux portugais, tes compatriotes, mais des officiers du régiment de la reine... des Espagnols, vos vainqueurs et vos maîtres. Allez... {L'Hôtelier s'incline et sort.) Pardon, mes amis, j'arrivais ne rêvant que la joie et le plaisir, mes regards se sont tournés de ce côté {montrant l'hôtel à gauche ), et d'autres projets, d'autres idées...

FABIUS

Ah! ah ! l'hôtel de Villaréal...

OTTAVIO

Il a pensé comme nous à la belle Zarah.

FABIUS

Qu'il adore.

ZUNIGA

Que je déteste.

FABIUS

Allons donc !

ZUNIGA

Je la déteste, vous dis-je... et pour nous autres gentilshommes de Séville où de Cordoue, qui avons du sang africain dans les veines, triompher d'une maîtresse est moins doux que de s'en venger quand elle nous a'outragés dans notre hoiineur.

Allons donc !...de quoi as-tu à te plaindre?

ZUNIGA

Ce que j'ai!...

OTTAVIO

Elle est fière, orgueilleuse, et ne peut souffrir les Espagnols, qui régnent en maîtres dans son pays... Que nous importe?

ZUNIGA

Ah! si ce n'était. que cela...

OTTAVIO

Eh bien! voyons, soyons francs... elle a refusé tes hommages et ta main?

ZUNIGA

Oui, par Notre-Dame del Pilar!... elle m'a refusé.

OTTAVIO

Eh bien! moi aussi.

FABIUS

Et moi de même<r

OTTAVIO

Aussi, quand elle sera mariée, nous verrons... jusque là je lui pardonne.

FABIUS

Moi, je ne lui pardonne pas, car la dot était magnifique, et à chaque pas je rencontre des gens furieux contre elle.

Ta famille?

FABIUS

Non... mes créanciers.

ZUNIGA, avec colère.

Ils ne perdent que de l'argent.

FABIUS

Et toi une maîtresse.

ZUNIGA

Si ce n'était que cela, vous dis-je !... d'abord, il suffit qu'une femme me dédaigne pour que je la déteste...

OTTAVIO

Moi, je la plains, voilà tout,

ZUNIGA

Biais elle a osé plus encore... l'affront le plus cruel... le plus sanglant que puisse recevoir un noble Espagnol... cette nuit, au bal, chez doua Manuela. sa tante; vous n'y étiez pas?

OTTAVIO

Nous étions de service au château.

ZUNIGA

Elle avait laissé tomber un riche pendant d'oreille en diamans... plusieurs Portugais se précipitèrent pour le ramasser, et entre autres un négociant de Lisbonne, Martin de Ximena, à qui je l'arrachai des mains, et qui, prudemment, vou."! vous en doutez bien, garda le silence... Présentant alors ma conquête a la belle Zarah, je lui demandai la permission de replacer moi-même ce brillant trophée... elle allait refuser, elle en faisait le geste, lorsque dona Manuela sa tante, Portugaise de naissance, mais femme supérieure et distinguée...

orrAvio.

Qui adore les Espagnols et la cour de Madrid.

ZUNIGA

Dona Manuela lui ofvlonna d'accorder cette récompense à un preux chevalier qui venait de la mériter... Alors, n'osant attirer plus long temps les regards de l'assemblée, qui déjà étaient fixés sur nous, la rebelle, l'orgueilleuse Zarah fut obligée de se soumettre, et pendant que je rattachais ce diamant à son oreille, pendant que sa joue était là, près de moi, j'osai, aux yeux de tous, y porter mes lèvres... Alors, la fière beauté se relevant avec indignation et tournant vers moi ses yeux noirs qui lançaient des éclairs : Vous n'êtes point un gentilhomme, s'écria-t-elle. Et de son gant elle me frappa au visage, devant toute l'assemblée, devant tous ces Portugais... moi Espagnol, moi Alvar de Zuniga !

FABIUS

Et tu l'as supporté?

ZUNIGA

Ah! c'est ce qui me met la rage dans le cœur ! Que faire?... Qu'auriez-vous fait à ma place? Comment se venger d'un tel outrage?... sur une femme!... une femme, entendez-vous?... Croyezvous encore que je l'aime?... et comprenez-vous la honte et la colère qu'il m'a fallu dévorer lorsque, affectant un air riant et enjoué, j'ai dit à sa tante, qui m'adressait des excuses, qu'une si douce punition était encore une faveur, et qu'une si belle main ne déshonorait pas?... Mort Dieu! par Philippe, notre roi, j'ai juré tout haut la paix, mais tout bas la vengeance... et je l'obtiendrai... Je vous perdrai, ma belle Zarah! ou j y perdrai mon nom.

FABIUS

Et comment feras-tu? '■

lE GUITARRERO.

ZUNIGA

Je l'ignore... mais il faudra bien un jour qu'elle choisisse... qu'elle aime quelqu'un...

OTTAVIO

Elle refuse lous les partis !

ZUNIGA

On a parlé de don Juan de Guimarens , que lui destine la cour de Lisbonne... et quoique ce soit un de mes amis...

FABIUS

Si elle ne l'aime pas, tu la débarrasseras d'un prétendant qui l'ennuie.

ZUMGA.

Tu as raison... cette vengeance-là ne sui'lit pas; il en faut une qui puisse l'humilier, elle... personnellement, et lui rendre affront pour affront.

VOIX, dans l'intérieur de l'hôtellerie.

A table! à table!

FABIUS

Voici nos amis qui s'impatientent.

OTTAVIO, qui a remonté le tluâtre, pendant (/ua plusieurs jeunes seigneurs sortent de l'hôtellerie à droite.

Silence!... silence!... je vois de loin quelqu'un

qui s'avance mystérieusement sous ses fenêtres.

ZUXIGA.

Un jeune seigneur... lequel?

OTTAVIO, regardant toujours vers la gauche.

Attends donc!

ZUMGA.

Dn riche cavalier...

OTTAVIO

Eh! non, un homme du peuple couvert d'un mauvais manteau.

ZUNIGA

C'est un amant déguisé... un rival...

FABIUS, regardant.

C'est possible ! car il porte une guitare.

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