‹ Recueil d'opérasChapitre 737 sur 1141 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, RICCARDO.

Ou entend dans la coulisse à gauche un prélude de guitare , et l'on ne voit pas encore la personne qui joue. Zuniga veut s'élancer de ce côté ; les jeunes officiers et seigneurs ses amis, qui viennent de sortir de l'hôtellerie, le retiennent , et le morceau commence à den àvoii sur le motif de l'air qu'on exécute dans lacoulif ,5p. LES JEDKES SEIGNEURS, montrant Zuniga. D'un rival imaginaire Le voilà soudain jaloux ; A Zuniga, qu'ils retieiinent.

Modérez votre colère, Ecoutez!... ainsi que nous !

ZUNIGA

.\h ! malheur au téméraire !

Qu'il redoute mon courroux ;

A ses amis.

Mais je calme ma colère , Et j'écoute, ainsi que vous.

FABICS.

Comme nous, près de l'inhumaine 11 perdra son temps et sa peine i

Mais il s'avance... taisons-nous!

Les jeunes gens se retirent sous l'auvent de i hôtellerie .i droite, et Uiccardo s'avance sous le balcon de l'hôtel de Villaréal, à gauche.

AIR

RICCARDO, 8 accompagnant sur la guitare, et tournant le dos aux jeunes gens qui l'écoutent.

N'entends-tu pas, ô niaitrosse chérie !

Ces accens Et ces chants Qui disent mes tounnens?

Ne vois-tu pas que mon âme et ma vie

Sont en toi? .

Et sans toi Le jour n'est rien pour moi !

Tant que les flots heureux du Tage Caresseront son doux rivage.

Partout je te suivrai

Et je dirai :

0 maîtresse chétie, A toi mes seuls amours,

A toi toujours Le destin de ma vie !

Tra la, la, la, la, la, la, la.

OTTAVIO , à ses amis, à voist basse.

Comme nous, près de l'inhumaine Il n'aura pas perdu sa peine !

La fenêtre s'entr'ouvre...

On voit s'ouvrir la persienne; mais Riccardo, qui est sous le balcon, ne voit pas et n'est pas vu. Zuniga s'élance du côté à droite, au bruit qu'il fait, lapersienne se referme sur-le-champ.

ZUNIGA

Eh bien ! je connaîtrai Quel est ce rival préféré !

Et des craintes que j'ai conçues Je veux me délivrer !...

Regardant Riccardo , qu'il a saisi par le bras, et qu'il amène sur le devant du théâtre.

Grand Dieu !

C est un guitarrero !... c'est un chanteur des rues ! RICCARDO , timidement et baissant la tête. Oui, messeigneurs !

ZUMGA.

Approche un peu !

Je le connais... et plus je le regarde... Il habite une humble mansarde Vis-à-vis mon hôtel !

RICCARDO, de même.

C'est vrai I ZUNIGA, s'adoiicissant et avec bonté.

Tiens, mon garçon !

Lui donnant quelques pièces d'or.

Sur ta guitare, acliève ta chanson I Riccardo hésite un moment, puis, sur un geste impératif de Zuniga, il prend sa guitare et joue sans chanter le motif qu'on a déjà entendu.

ENSEMBLE

Reprise du premier chœur.

ZUNIGA, à part.

Ah I je ris de ma colère !

Quoi ! de lui j'étais jaloux !

Ecoutant Riccardo.

A sa main vive et légère J'applaudis, ainsi que vous.

LES SEIGNEURS, n'anf.

Voilà donc le téméraire Dont son cœur était jaloux !

Montrant Zuniga, qui écoute et applauaU. Il sbjure sa colère,

MAGASIN THÉÂTRAL

Il écoute, ainsi que non--.

Le morceau finit par ime rtlournelle brillante , exécutée par Riccardo.

ZUNIGA et SES AMIS, applaudissaut.

Mais c'est un vrai talent, qu'il faut encourager.

OTTAVIO

Nous autres grands seigneurs, nous devons protéger Les artistes !

FABIUS

Demain, viens passer la soirée A mon hôtel... l'hôtel de Médina-Cœli.

Moi, pour après-demain je te retiens aussi !

FABIUS

Moi, pour l'autre semaine !... et, par nous célébrée. Ta réputation va s'accroître !

ZUNIGA, le regardant.

Pour moi, Je lui destine un autre emploi !

Par un air distingué sous ses haillons il brille '. Es-tu de Santarera?

RICCARDO

Non pas ; j'arrive, hélas 1 Et n'y connais personne...

. ZUNIGA, vivement.

On ne t'y connaît pas ?

Çans un ami...

ZUNIGA

C't st bien !

RICCARDO

Saiis pareus, sans famille...

ZUNl'iA.

Encore mieux !...

jABius . qui était entré un instant dans l'hôtellerie, en sort en disatU à haute voix.

Le dîf «r nous attend 1

TOUS

C'est charmant...

Nouvelle agréable ! Les amours au diable !

Conspirons à table Contre la beauté !

Que des vins d'Espagne L'ivresse nous gagne !

Pour seule compagne Prenons la gaieté !

Pendant que les jeunes gens entrent dans l'hôtellerie. ZUNIGA, s'approchant de Riccardo.

Attends-moi dans une heure ici!

Ici... tu comprends?

RICCARDO

A merveille I FABIUS , et les jeunes seigneurs, revenant sur leurs pas. Eh bien ! que fais-tu donc? ce mot à ton oreille, Ce mot si doux n'a-t-il pas retenti :

Le repas est servi ?

TOUS

Le repas est servi 11!

ENSEMBLE

CHCEUR.

Nouvelle agréable 1 Les amours au diable !

Conspirons à table Contre la beauté I Que des vins d'Espagne L'ivresse nous gagne !

Pour seule compagne Prenons la gaieté !

Vive la gaieté !

RICCARDO

Et moi, misérable,

Que le sort accable !

Sous un joug semblable Courbons ma fierté !

La peine accompagne Le pain que je gagne ; Pour seule compagne J'ai la pauvreté !

Us entrent tous dans l'hôtellerie; Riccardo reste seul

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