‹ Recueil d'opérasChapitre 772 sur 1141 · RICCARDO, ZUNIGA · texte numérisé non relu

RICCARDO, ZUNIGA

ZUNIGA, sortant de l'hôtellerie à droite. Ah ! te voilà exact au rendez-vous !

RICCARDO

C'est vrai... maisj'y ai peu de mérite, je l'avais oublié.

ZUNIGA

Tu avais tort, car je viens ici pour t'enrichir.

RICCARDO

Moi, monseigneur?

ZUNIGA

• Toi-même!

RICCARDO, à part.

Ah! Martin de Ximena avait raison... c'est quand on s'en va que la fortune arrive, et j'avais tort de partir si vite. [Haut, et souriant.) Par. malheur, monseigneur, ma fortune à moi n'est pas facile ; il y a trop à faire.

ZUNIGA , à demi-voix.

Il n'y a rien d'impossible, rien où tu ne puisses aspirer.

RICCARDO

Que dites-vous?

ZUNIGA, de même.

Quels que soient tes désirs ou tes vœux, je peux encore aller plus loin. Tu ne sais donc pas que tu m'as rendu un immense service dont il me tarde de m'acquitter?

RICCARDO

Comment cela?

ZUNIGA, après un instant d' hésitation.

Où étais-tu hier au soir ?

J'errais... dans les rues... assez tard... jusqu'à minuit.

ZUNIGA, avec embarras.

Je le sais bien... Mais a onze heures.... onze

LE (lUîTARRERO.

heures et demie... pcut-c'lre plus tard... où passais-tu?

lUCCARDO.

Derrière le eouveut de l'Asssomptioii, et seul, assis sur uue pierre, je jouais de nia guitare.

ZUMOA.

C'est bien cela. As-tu entendu des pas et un cliquetis d'épce dans une des rues voisines?

UUXMIDO.

Tout était désert et tranquille.

ZUNIGA

Le bruit de ta guitare t'empêchait d'entendre... mais moi, que ces trois spadassins avaient attaqué avec une rage mystérieuse et silencieuse, j'allais succomber sous leurs coups, lorsqu'aux premiers sons de ta guitare ils se sont enfuis d'un coté, moi de l'autre, cherchant pour l'honneur de ma belle à disparaître au plus vite, et sans oser même, ce que je me reprochais, courir te remercier. RiccARno, étonné.

Userait possible!... Et tout-ià-l'heure, avec vos amis, quand vous m'avez reconnu, pourquoi ne pas m'a voir parlé de cette aventure?

zuNiGA, avec embarras.

Ahl pourquoi? j'avais mes raisons.

RICCARDO

Et lesquelles?

ZL\1GA.

Silence!... (A demi-voix.) La belle dame de chez qui je sortais est une parente, une sœur de l'un d'entre eux, et tu comprends que, pour tout le monde, c'est un grand mystère... mais la reconnaissance est là...

Montrant son cœur.

DUO

ZUNIGA

Entre nous, fidèle alliance, Et qu'ici tout soit de moitié !

Reçois de ma reconnaissance Mes trésors et mon ainité !

RICCAKDO.

A le croire encor je balance !

Du sort je m'étais déQé :

Et le sort m'offre la puissance, Et la fortune et l'amitié !

ZUNIGA

Tu n'habiteras plus une obscure mansarde : Dans mon riche palais, près de moi je te garde.

RICCARDO

Ah! monseigneur!... c'est trop, vraiment!

ZUNIGA

Habillé comme un gentilhomme.

Te voilà mon ami, mon frère, mon parent !

Ah ! monseigneur!...

L ZUNIGA

W Te voilà de mon sang.

Et pour noble l'on te renomme !

Aux plus riclies partis tu pourras t'allier'.

RICCAKDO.

Jamais!...

ZUNIGA

Et pourquoi donc?... .le veux te marier !

RICCARDO

Et moi je ne veux pas !

ZUNIGA, avec effroi, et à part.

0 ciel !

RICCARDO

Le mariage A pour moi peu d'appas :

Son esclavage Ne m(' séduirait pas !

Beauté trop fière Craindrait ma pauvreté,

Et je préfère Misère et liberté !

ZUNIGA

Le mariage A pour lui peu d'appas :

Son esclavage Ne le séduirait pas ! etc., etc.

C'est fâcheux ! je l'aurais donné des équipages, De somptueux habits, des valets et des pages? De l'or, des titres même... et mieux que tout cela, .l'avais jeté les yeux sur la belle Zarah !

RICCARDO, poussant un cri d'étonnement.

Que dites-vous?...

ZUNIGA

Je le voulais !

Mais... mais...

Le mariage A pour toi peu d'appas •

Son esclavage Ne te séduirait pas ;

Beauté sévère Révolte ta fierté;

Ton cœux préfère Misère et liberté!...

RICCARDO, hors de lui.

Ah ! taisez-vous... car je tremble et je n'ose... Non... non... c'est se jouer de moi... de ma raison !

ZUNIGA

Je n'ai qu'un seul moyen d'éloigner ce soupçon : Je réponds de l'hymen qu'ici je te propose : Acceptes-tu?...

RICCARDO, se soutenant à peine.

Qui?... moi!... grands dieux

ZUNIGA

Le veux-tu ?

Si je le veux !...

O bonheur ! ô délire !

A peine je respire...

Quel espoir vient luire A mon cœur, à mes yeux ?

Je jure obéissance !

Et surtout du silence !

A vous mon existence Pour un seul jour heureux !

ZUNIGA, à part.

Oui, j'ai su le séduire...

Oui, je vois son délire ! ,

Et l'espoir vient sourire A mon cœur furieux .

A Fiiccardo.

Du sang-froid, du silence !

Surtout de la prudence !

A part.

Grâce à lui, la vengeance Brille enfin à mes yeux !

RICCARDO

Mais comment réussir en de pareils projets?

ZUNIGA

Tu le sauras... espoir et confiance !

Réponds-moi seulement de ton obéissance, Mon amitié te répond du siicrès !

MAGASIN THÉÂTRAL

0 bonheur ! ô délire !

A peine je respire !

Quel espoir vient sourire A mon cœur, à mes yeux !

Je jure obéissance!

Et surtout du silence !

A vous mon existence Pour un seul jour heureux !

ZUSIGA.

Oui, j'ai su le séduire.

Oui, je vois son délire !

Et l'espoir vient sourire

A mon cœur furieux !

Du sang-froid, du silence !

Surtout de la prudence !

A part.

Grâce à lui, la vengeance

Enfin brille à mes yeux !

n l'entraîne et sort avec lui. Ils s éloignent par le fond, en entendant dona Manuela et Lorenzo qui sortent de l'hôtel de Villaréal, à gauche.

\WVVV\V\\VVX\VWVWX\\W1WV\VV\VWV\\\A\\\A\\VV\\V\\\V\\\V

Page 1