‹ Recueil d'opérasChapitre 773 sur 1141 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

BO^k MANUELA, FRA LOREiNZO DE VAS-

CONCELLOS.

FRA LORENZO, tenant un bouquet de roses à la main.

Non, dona Manuela, je ne souffrirai pas que vous preniez la peine de me reconduire.

Je sortais, monseigneur, avec Zarah ma nièce, qui va me rejoindre; nous allons promener ce soir sur la terrasse du château çoyal.

FKA LOREXZO.

C'est la que se réunit tout le beau monde, le monde élégant, et sans les dépèches que je reçois de Lisbonne, je vous aurais offert mon bras.

MANUELA

Ah! c'est trop d'honneur!... votre excellence daigner nous servir de cavalier!

FRA LORENZO

Et pourquoi pas?... Lorsque mon oncle Vasconcellos, secrétaire d'état, pour ne pas dire premier ministre à Lisbonne, m'envoya ici à Santarem, comme intendant de la province, vous avez été tous effrayés, n'est-il pas vrai?... vous avez dit : Un inquisiteur qui arrive... l'inquisiteur de Coïmbre!... 11 vous semblait voir d'avance des chaînes, des tortures, des cachots... pas du tout ; au lieu d'un juge terrible et sévère... un homme aimable, un homme du monde.

MANUELA

La galanterie même... un inquisiteur charmant!

FRA LORENZO

C'est ce que disent les dames, et c'est le but où j'aspire... Je voudrais faire aimer par moimême la domination espagnole... Mon oncle Vasconcellos n'y entend rien; il est fastidieux avec ses rigueurs.., et mieux que ça, il est presque ridicule... A quoi bon se fâcher?... Moi, je commande tout avec grâce, avec bon ton, avec dou-

ceur... même la torture... si j'y étais obligé... ce serait avec les égards et la politesse que l'on se doit... entre gens comme il faut... Mais rassurezvous, ce n'est pas mon système.

MANUELA

En vérité !

FRA LORENZO

J'en ai un autre beaucoup plus simple, et dont l'emploi est extrêmement facile quand on connaît le cœur humain... aussi c'est le seul mode de gouvernement que j'emploie.

MANUELA

Et quel est-il ?

FRA LORENZO

Le voici : je dis combien ?... Tout est dans ce mot!... S'il s'agit de quelques mécontens attachés à l'ancien ordre de choses, et que rien ne pourra gagner ou convertir... je leur demande combien ? Comprenez-vous?

MANUELA

Oui, monseigneur !

FRA LORENZO

A-t-on à craindre quelque brouillon, quelque écrivain, dont on vante le patriotisme et l'indépendance?... Je dis tout uniment : Combien ?... Le lendemain, c'est un homme à nous qui crie: Vive l'absolutisme!... pour nos doublons, ou plutôt pour ceux des Portugais... qui paient toujours, de sorte qu'on achète leurs consciences avec leur argent... ça ne sort pas du pays.

C'est admirable!... Et vous espérez par ce moyen maintenir la tranquillité? s

FRA LORENZO. j

Oui, sénora, je réponds de tout. ]

MANUELA

Dieu soit loué ! car, quoique Portugaise, ce que je déteste le plus, ce sont les révoltes et les séditions, cela dérange toutes mes habitudes, toutes mes heures... celles de la messe, de la sieste et de la promenade... Aussi je dis sans cesse à mes compatriotes : Vous avez, comme autrefois, des bal, des fêtes, une cour à Lisbonne, une vicereine qui vient de me nommer cameriera-mayor, qui me laisse mes titres, mes dignités et ma fortune... Qu'est-ce qu'il vous manque?... Il vous faut absolument des maîtres... eh bien! vous avez un gouvernement espagnol, des ministres espagnols, une garnison espagnole... tenez-vous donc tranquilles... Eh bien! non... ils ne sont pas contens!

FRA LOREXZO.

Ils ne sont pas raisonnables.

MANUELA

A commencer par ma nièce Zarah!

FRA LORENZO

Qui a parfois des idées assez exaltées... Mais dans la conférence qu'avec votre permission nous venons d'avoir ensemble, j'en ai été assez content... je lui ai dit les intentions de la vice reine; je lui ai fait comprendre que Zarah de Villaréal était, par son immense fortune, un parti trop considérable pour qu'on lui laissât épouser un Por-

LE GUITARRERO.

lugais... que l'inlcnlion delà vice-reine et du ministre Vascoiicellos mon onde, était qu'elle fit un choix parmi nos jeunes scij,'ncurs espagnols, et que, sans lui désigner positivement don Juan de Guimarens... on lui verrait avec plaisir donner la préférence à un personnage aussi distingué Tout cela présenté avec douceur et

adresse.

MANCELA.

Ebl qu'a-t-elle répondu?

FRA LOREXZO.

Elle a répondu non.

MANUELA

Ah I mon Dieu !

FRA LOREXZO.

Les femmes répondent toujours non, vous le savez ; mais elle y viendra.

MAMELA.

Vous ne connaissez pas ma nièce.

FRA LORENZO

Je connais le cœur humain, et dès qu'elle aura vu don Juan, elle sera de mon avis... d'abord on dit que c'est un charmant cavalier, qui, déjà riche, revient du Mexique avec une immense fortune... Parlez-en à Martin de Ximena, votre banquier et l'ami de votre famille, qui le connaît parfaitement, et dès demain...

MAXUELA.

C'est donc demain qu'il arrive?

FRA LOREXZO.

On le prétend, et parmi les lettres que je reçois de Lisbonne, en voici une de don Juan de Guimarens... lui-même , pour un seigneur de cette ville... Alvar de Zuniga, son ami, à qui il annonce, sans doute, le jour de son arrivée. Je vais faire remettre ce message à l'hôtel de Zuniga, (apercevant Zarah) et présente mes hommages à la senora, ainsi qu'à sa fière et superbe nièce, qui bientôt, je l'espère, fera alliance avec l'Espagne.

Il sort.

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