DO.NA MANUELA
Taisez-vous! taisez-vous, ma nièce... Si l'on pouvait soupçonner une pareille extravagance, que diraient les nobles seigneurs que voici et que TOUS avez tous dédaignés?
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MANUELA, ZAKAH, sur le devant du théâtre; FRA LORENZO, Z\j}ilCjX, entrant par le fond; OTTAYIO et FABIUS, sortant de V hôtellerie et prenant le café sous la tente de l'hôtellerie. zuxiGA, entrant en causant avecLorenzo.
Je vous remercie, monseigneur, de la lettre que vous venez d'envoyer à mon hôtel.
FRA LORENZO
Elle était de don Juan de Guiraarens?
ZUMGA.
De lui-même.
FRA LORENZO
Je m'en doutais...
ZCMGA.
Mais, dans son impatience, il l'avait précédée...
FRA LORENZO
Le jeune don Juan est ici?
ZUMGA.
Descendu à mon hôtel, où je viens de l'embrasser et de lui offrir l'hospitalité. C'est chez moi qu'il logera. 11 s'habille pour se rendre à la promenade du château, où il espère rencontrer ces dames.
FRA LORExzo, aux deiix dames à gauche.
Que vous disais-je ?... Je ne vous quitte pas, car je veux être témoin de l'entrevue!
Il continue à parler bas avec les deux dames, et remonte avec elles le théâtre en se promenant.
OTTAVio, à droite du théâtre.
Ah ! Guimarens est ici !
ZUMGA, s'approchant et à demi-voix.
Au contraire... cette lettre m'apprend qu'en ce moment peut-être il n'existe plus !... Un duel politique que l'on tient secret et pour cause...
FABIUS
Un duel!
ZUMGA.
Avec un Portugais... le jeune duc de Bragance, qui lui a donné un coup d'épée et qui a disparu... on est à sa poursuite... et ce pauvre Guimarens...
FABIUS
Ne viendra pas !
ZUMGA.
Un autre prendra son nom et sa place, et si vous me secondez...
FABIUS
Quel est ton dessein ?
ZUMGA.
D'aller dans ma vengeance aussi loin que possible!... N'importe à quel moment la ruse se découvre... il y aura dans cette aventure assez de scandale pour faire oublier la scène du soufflet... Silence ! à vos rôles !
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SCÈi\E X.
A gauche du théâtre, MANUELA, ZARAH, LORENZO DE VASCONCELLOS, causant ensemble. A droite, ZUNIGA, FABIUS, OTTA- YIO ef QUELQUES JEUNES SEIG.\EURS,0CCMpé5 SOUS
l'auvent de l'hôtellerie à prendre du café. Par le fond, précédé de Pages e< d'une escorte brillante, paraît RICCAKDO; des Dames et des Bourgeois delà ville, qui se rendaient à la promenade du château, s' arrêtent et regardent son arrivée.
nNAL.
ZUNIGA, à demi-voix aux dames.
Voici ses valets et ses pages.
FABIUS et OTTAYIO, apercevant Riccardo qui entre, vont au-devant de lui et lui tendent la main. C'est bien lui, je le reconnais !
zij:<iga, s'approchant de Fra Lorenzo et lui montrant Riccardo.
Sa longue absence et les voyages N'ont point du tout changé ses traits.
Ne trouvez-vous pas ?
FRA LORENZO, naïvement.
C'est possible !
Mais moi qui ne l'ai jamais vu...
ZUNIGA, à Fra Lorenso.
C'est juste 1
riccardo, troublé, et rendant les saluts à Ottavio et aux jeunes seigneurs.
A votre accueil... messieurs... je suis sensible!... zusiGA, bas à Riccardo.
Allons, du cœur!... te voilà trop ému!
RICCARDO, à demi-voix et tremblant.
C'est un mensonge !...
ZUNIGA , de même.
Eh! non... une innocente ruse Qu'on pardonne à l'amour, et que l'amour excuse ! Fais-toi d'abord aimer, je réponds du pardon ! RICCARDO, de même.
Ah ! s'il était vrai !
ZUNIGA, de même.
Pourquoi non ?
A haute voix.
Je veux te présenter ! FRA LORENZO, passant et le prenant par la main pour i conduire à Zarah.
Honneur que je réclame !
zcniga, bas, enriant, à ses amis.
C'est bien plus gai!...
FRA LORENZO, présentant Riccardo à Zarah. Voici, madame, Juan de Guymarens, issu du sang royal, Beau cavalier !
A demi-voix.
Comment le trouvez-vous ?
ZARAH , d'un air indifférent.
Pas mal !
Comme les autres, du reste !
Le regardant plus attentivement.
Non !... il est mieux cependant !
LE GUITARRERO.
ZDN1GA, s'avançunt près d'elle, d'un air railleur. Et pourquoi?
ZAHAii, le regardant avec dédain.
Il a l'air plus modeste!
oTTAYio, bas à Zuniga.
As-tu compris !
ZL'MG\ , de même.
Très-bien !... cela s'adresse à moi!
zuîîiCA et SES AMIS, à demi-voix.
C'est lui que nous pn-fère Cette beauté si fière ; Tout va bien 1 tout va bien !
Quel bonheur est le mien!
Sa grâce et son maintien Ne font soupçonner nen. Tout va bien, tout va bien !
MANUELA et FRA LORESZO.
Cette beauté si fière Est pour lui moins sévère ; Tout va bien ! tout va bien !
Quel bonheur est le mien!
Son air et son maintien, Son aimable entretien.
Tout me paraît très-bien !
zuîiiGA, à Riccardo, lui faisant sigtw d'avancer. Va donc!...
RICCAKDO, passant près de Zarah.
{Motif de la romance du premier morceau.) Où trouverai-je, ô belle et noble dame 1 Des accens Et des chants Pour vous assez touchants ?
ZARAH, à part, avec émotion, regardantRiccardo. Qu'entends-je!
RICCARDO, continuant.
Oui, désormais, et ma vie et mon âme Sont à vous, Et par vous Feraient bien des jalons !
ENSEMBLE
ZARAH, troublée et le regarda)it toujours. Oui, j'ai cru reconnaître Cette vois... ces accens!...
Et soudain je sens naître Le trouble en tous mes sens.
RICCARDO, àpart, examinant son émotion.
Elle a cru reconnaître Cette vois... ces accens...
Et son trouble fait naître Le trouble en tous mes sens.
ZUSIGA et TOUS SES AMIS.
C'est lui que nous préfère Cette beauté si fière, etc., etc.
FRA LOREXZO et MANUELA.
Cette beauté si fière
Est déjà moins sévère, etc., etc.
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SCÈ^E XL
Les mêmes, !\L4.RTIN DE XIMENA.
FRA LORENzo, Vaperccvant de loin, et allant aurdevant
de lui.
Martin de Ximena!... venez, accourez donc !
MARTIN-
Et pourquoi, monseigneur?
FRA LORENZO
Il nous vient du Mexique Un seigneur dont vingt fois vous m'avez dit le nom. Juan de Guimarens 1
MARTIN, se frottant les mains.
Excellente pratique !
Qui me devait beaucoup !...
zuMGA et SES AMIS, à dcmi^oix, pendant que Martin s'a^ vance.
Tout va mal ! tout va mal !
0 hasard infernal !
Mon complot conjugal Va, par un sort fatal.
Mal.
Tout va mal... tout va mal !
MARTIN, à Lorenzo, et cherchant des yeux. Où donc est-il? qu'enfin je le revoie!... FRA LORENZO, prenant par la main Riccardo, qui détourne la télé. Je vous le présente !
MARTIN, le regardant, fait un geste de surprise.
Ah!...
Puis il s'incline avec respect, et dit froidement: Combien je suis content D'offrir mon humble hommage et d'exprimer ma joie Au noble Guimarens sur l'heureux changement... RICCARDO, d'un air suppliant.
Monsieur!...
M.iRTiN, contimiant avec le même sang-froid. De sa santé \ FRA LORENZO, étonné.
Comment!...
MARTIN, regardant Riccardo en souriant.
Il allait mal, et va bien maintenant l ENSEIIBLE.
ZL'NIGA et SES AMIS.
0 bonheur ! ù surprise nouvelle l
Le hasard a servi nos desseins.
0 beauté dédaigneuse et rebelle ,
Je tiens donc tes destins dans mes mains !
Je punis ta fierté qui m'offense.
Et gaîment te soumets à mes lois.
Et folie . et plaisir, et vengeance.
En im jour tous les biens à la fois !
RICCARDO
0 bonheur ! ô surprise nouvelle !
Il tenait mon destin en ses mains !
Et sa voix indulgente et fidèle A ser'\'i, protégé mes desseins ! Mon bonheur a passé ma croyance !
La voilà ! je l'entends ! je la vois ! Les amours, les honneurs, l'opulence, En un jour tous les biens à la fois !
ZARAH.
C'est bien lui, c'est sa voix, oui, c'est elle. Dont la nuit m'apportait les refrains ! D'un amant si discret, si fidèle, Quels étaient les désirs, les desseins?
Même encor. redoutant ma présence, Il hésite, il frémit, je le vois !
Son amour, son effroi, son silence, Tout me charme et me trouble à la fois !
MARTIN
Je conçois sa surprise nouvelle :
Je tenais dans mes mains ses destins ; IMais ma voix indulgente et fidèle A servi, protégé ses desseins.
Il commence à chérir l'existence.
Et du ciel ne maudit plus les lois !
Les amours, les honneurs, Topulcnce, En un jour tous les biens à la fois !
3LINUELA.
0 bonheur ! ô surprise nouvelle !
D'où vient donc ce caprice soudain?
MAGASIN THÉÂTRAL
Quoi ! ce cœur à l'hymen si rebelle Tout-à-coup a changé de dessein !
Oui, son rang, sa valeur, sa naissance, Lui devaient mériter un tel chois [ Les amours, la beauté, l'opulence.
C'est avoir tous les biens à la fois !
FUA LORENZO.
Vous voyez que ce cœur si rebelle Tout-à-coup a changé de dessein.
Je l'ai dit, à mes ordres fidèle.
Tout s'empresse et tout cède soudain !
Oui, son rang, sa valeur, sa naissance, Lui devaient mériter un tel choix !
Ses amours, la beauté, l'opulence.
C'est avoir tous les biens à la fois ! zuxiGA, bas à Riccardo, lui montrant Martin. Tu le connaissais donc?
KiccARDO, troublé.
Oui, sans doute... un ami Qui me connaît à peine... et me protège aussi !
MARTIN, bas, à Riccardo.
.Te te l'avais promis ! ... tu vois que je commence !
ZLNiGA, bas, à Martin.
Vous voilà du complot !
MARTIN, naïvement.
Tous ceux que l'on voudra !
Ça vous arrange!... moi de même... touchez là 1 RICCARDO, à voix bassB, à Martin.
Croyez, monsieur, qu'en ma reconnaissance Tous mes jours sont à vous !
MARTIN, de même.
J'y compte bien, oui-dà!
Et les réclamerai quand le moment viendra !
ENSE5IBLE.
ZUNIGA et SES AMIS.
0 bonheur ! ô surprise ! etc., etc.
Je conçois sa surprise, etc., etc.
ZARAH.
C'est bien lui, c'est sa voix, etc., etc.
MANLELA.
0 bonheur! ô surprise ! etc., etc.
RICCARDO
0 bonheur! ô surprise! etc., etc.
FRA LORENZO
Vous voyez que ce cœur, etc., etc.
Zunigo et Martin font signe à Riccardo d'offrir sa main à Zarah : elle l'accepte. Manuela prend le bras de Lorenzo, et ils se dirigent vers la promenade, suivis de Zuniga et des jeunes Seigneurs. La toile tombe.
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