‹ Recueil d'opérasChapitre 85 sur 1141 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

IM-" BARNEK, occupée à lire, HEN- RIETTE, entrant par /a porte à gauche, portant un rechaud et des fers à repasser.

HENRIETTE

Il était nn vieux bonhomme Aussi vieux <[ue Barrabas, Avec son habit vert-pomme Et sa perruque à trimas , Contant sa flamme amoureuse A Nancy, la repasseuse, Qui , fredonnant soir et matin, Lui répétait pour tout refrain :

[Elle repasse.) Repassez demain.

m""-" barnek.

Que faites-vous donc , Henriette?

HENRIETTE

Je viens repasser sans façon Et mon rôle et ma collerette.

M""" EARXEK.

Cet air n'est pas dans votre rôle ?

...Eh non!

C'est une vieille chansonnette !

Jl""' RARNEK.

User sa voix à ces bétiscs-là;

LE MAGASIN THEATRAL

Lorsque l'on a rhoiincur de chanter Topera !

IlESniETTE.

Raison de plus... ca me dclassera!

DEUXIÈME COIlrLET.

Je veux te plaire, et j'y compte; Ce front qui paraît caduc.

Ma chère, est celui d'un comte...

Eh ! fiit-il celui d'un duc !

J'admire, mon gentilhomme, Vous et votre hahit vert-pomme ; Mais, helas! mon coeur inhumain N'est pas sensible ce malin,

[Elle repasse.) Repassez demain.

M""^ BARNEK, avcc impatience.

Mais tais-toi donc! tais-toi, tu m'empêches de lire! (Lisant.) (1 Belle Henriette ! je soupire, )» Je brîde d'un tendre martyre , » He'las ! quand prendrez-vous enfin >) Pitié de mon cruel destin ? »

UE^RIETTE, qui s'est mise devant la table y a repasser sa collerette.

Tra, la, la, la, la, la...

Repassez demain, repassez demain.

m"" earnek , ouvrant un autre billet.

« Sans biens et sans richesses, » Je n'ai que ce cœur cpi'i gtmit... »

(S' interrompant.) Mon Dieu ! comme c'est mal écrit !

(Lisant.) « Mais je vous oflVe , ma de'esse , » D'un baron le titre et la main. »

HENRIETTE, de niéuie.

Tra , la , la , repassez demain de bon matin. {A M^<^ Barnech.) Que lisez-vous?

m""^ earnek.

Des billets doux.

Écoute bien !

HENRIETTE

Je les connais d'avance :

Soupirs... amour... éternelle constance... Voilà , voilà, comme ils sont tous !

ENSEMBLE

HENRIETTE

Aussi , loin de croire

Leur style flatteur,

Mon art fait ma gloire

Et mon seul bonheur !

Travail et folie,

Succès et gaîte.

Voilà de ma vie

La félicité !

m"" barnbk.

Hélas! loin de croire

Mon âge et mon cœur,

Une vaine gloire

Fait son seul bonheur !

Misère et folie ,

Chansons et gaîté,

Voilà de sa vie

La félicité!

M™<> EARNEK , qui a parcouru un dernier lillel. Écoute , écoute cependant , Voici quelqu'un de sage et de prudent 1 « A vos pieds j'oflVe, mon enfant, » Quarante mille cens de rente!

» A votre respectable tante » Je prétends assui er un sort ! »

C'est du vieux comte de Montforl!..

HENRIETTE, sans lui répondre, et reprenant sa chansonnette.

Il était un vieux bonhomme ,

Aussi vieux f[ue Barrabas , Avec son habit vert-pomme Et sa perruque à frimas...;.

M""^ EARNEK.

Quoi ! cette lettre intéressante...

HENRIETTE

Tra, la, la, la, la...

M'"'' LARNEK.

Cette lettre si pressante... HENRIETTE, ta prenant, ainsi que les autres , el les jetant dans le fourneau.

Tenez ! voilà ce que j'en fais :

Cela ne vaut pas un succès.

ENSEMBLE

HENRIETTE

Aussi, loin de croire Leur style flatteur.

Mon art fait ma gloire Et mon seul bonheur !

Travail et folie.

Chansons et gaîté , Voilà de ma vie La félicité !

M""= RARKEK.

Hélas ! loin de croire Mon âge et mon cœur, Une vaine gloiie Fait son seul bonheur !

Misère et folie.

Chansons et gaîté.

Voilà de sa vie La félicité!

M™e BARiVEK. Avoir bmlé un pareil Lillet!.. voilà les fruits de l'excellente éducation que je vous ai donnée.

IIE^RIETTE , souriant. Que vous avez tout au plus continuée, ma tante... car sans la mort de ma bonne marraine, celte femme si noble, si distinguée, qui m'a élevée , je ne serais peut-être jamais entrée

au théâtre mais je me trouvai alors

sans appui... sans fortune... vous m'avez recueillie!.. (Z»i tendant la main ai^ec affection. ) et je ne l'oublierai jamais!...

M""" BARNER. i\îa nièce... vous m'attendrissez !.. mais qui vient là?..

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