SCENE III
Les Mêmes, CHARLOTTE.
HENRIETTE. Ah! c'est Charlotte.
M""" BARNER. La jolie chanteuse.
HENRIETTE. Et ma meilleure amie.
M""^ BARNER. La plus mauvaise langue du foyer.
CHARLOTTE. Bonjour, Henriette, bonjour, madame Barnek... mon Dieu!
qu'elle est grande , celte maudite ville de Munich... je n'en puis plus!... avec ça que vous demeurez si haut, madame Barnek.
M""' BARNER. Uu étage de moins que vous, mademoiselle , pas davantage.
CHARLOTTE. Au fait, c'est possible, je
L AMBASSADRICE
ne compte pas avec mes amis ! A propos, HeiiiicUe... j'avais à te parler.
lltiVKil'.TTi:. Sur quoi donc?
CllAULOTTli, de même, A loi, à toi seule.
ui'MiiUTTE. Oli ! ne le gène pas avec ma tante, je lui dis tout.
Cii.vuLOTïE. Eli bieni ma chère, comme je suis ton amie, et que toutes deux nous tenons à notre réputation, jjarce que la réputatiou avant tout! je venais te prévenir qu'il court des bruits sur ton compte.
HENRIETTE. Et qu'est-ce qu'on peut dire ?
CHAULOTTE.Ali! d'abord on dittoujours, même quand il n'y a rien... à plus forte raison...
HENRIETTE. Et qu'est-ce qu'il y a donc?
CHARLOTTE. Ce qu'il y a I. . ,
PREMIER COUPLET
Il est, dit-on, un beau jeune homme Qui , de très-près , lui fait la cour, •Vignore comment on le nomme; Mais pour elle il se meurt d'amour.
Voilh, voilà ce rju'on dit.
Ce que Ton dit, car...
Dans tous nos foyers , on est si bavard ; Chacun y médit Du matin au soir Sur les amoureux que l'on peut avoir.
Là , c'est nn amant Que Tune vous donne ; Là , c'est un amant Que l'autre vous prend.
Leurs discours mt'chans n'épargnent personne, Moi-même j'en suis victime souvent.
Aussi, moi je hais Les moindres caquets, Et, je le promets.
Je n'en fais jamais.
DEUXIÈME COCPLET.
Absent sitôt qu'elle est absente, Pour l'admirer il vient exprès.
Il l'applaudit quand elle cliante, Et lui jette après des bou([uets...
Voilà , voilà ce qu'on dit,
Ce que l'on dit, car
Dans tous nos foyers on est si bavard , etc., etc.
M""* IîAR^ER. Eli bienI quand ce serait vrai... c'est un Louime qui aime la musique... un amateur désintéressé.
CHARLOTTE. Désintéressé?.. Hier encore, il a demandé l'adresse d'Henriette à la portière du théâtre.
M""' BARXEK. Cela prouve qu'il n'est jamais venu ici.
CHARLOTTE. ÎVIais qu'il veut y venir.
HENRIETTE. OÙ est le mal?., c'est un ami... il m'applaudit toujours, et cela me fait plaisir.
CHARLOTT.". \oilà comnie on se compromet... car depuis hier il n'est question que de cela ; d'où vient cet amateur?., quel est-il ? moi, je n'en sais rien... je ne l'ai pas vu. . . sans cela, je l'amais signalé. . .
tant il y a, et je dois t'en prévenir, que ce pauvre J5('né(lict est fiuieux.
M""' BARNEK. JJénédict !
CHARLOTTE. Notre jeune premier... notre ténor qui est amoureux d'elle.
M"" lîARNEK. Amoureux!
HENRIETTE. Tais-toi doiic.
CHAULOTTE, à M""^ Daniel , xmis écouter Henriette. C'est de droit... le lenor est toujours amoureux de la première chanteuse., c'est de l'emploi... et celui-là le remplit en conscience... il en perd le sonuneil , il en perd l'esprit, il en perdrait la voix, s'il en avait jamais eu.
HENRIETTE. Est-elle méchante!
CHARLOTTE. Du tout. . car je le plains., un gentil garçon, un bon camarade... que nous aimons toutes... et lui qui n'est pas bien avancé ; toi qui n'as encore que deux mille florins d'appointemens... c'était bien, c'était un mariage sortable... car maintenant dans les arts, on épouse toujours, tant il y a de mœurs... il n'y a même plus que là où l'on en trouve... Aussi, tout le monde approuvait Henriette... et voilà qu'elle va s'amouracher d'un inconnu...
HENRIETTE. Moi î
CHARLOTTE. Laisse donc !
HENRIETTE. Je te l'assure.
CHARLOTTE. Mon Dieu! ma chère, t'est assez visible... je me connais en passion romanesque... moi-même, j'en ai inspiré une terrible.
HENRIETTE. Vraiment ?
CHARLOTTE. Oui, un étranger de distinction, que j'ai rencontré quelquefois.
HENRIETTE. H l'a parlé ?
CHARLOTTE. Jamais... Et ma réputation ! mais il nie regardait avec des yeux... ah ! ma chère , quels yeux ! puis tout-àcoup, je ne l'ai plus revu... mon indifférence l'aura guéri de son amour.. H en est peut-être mort! Ainsi, tu vois, je suis franche, et lu ferais bien de l'être avec moi qui suis la meilleure amie.
M'"« BARNER. Par exemple î
CHARLOTTE. C^ui, madame, oui, je l'aime... quoiqu'elle ait du talent, parce qu'elle n'est ni méchante , ni intrigante comme les autres... et moi, tant qu'on ne m'enlève pas mes adorateurs ou mes rôles, je suis la bonté et la douceur en personne.
HENRIETTE, sounatt. C'est trop juste.
CHAULOTTE. ]N'est-il pas vrai?., et, pour le le prouver... nous avons ce soir, entre amis, entre camarades, une petite fêle, uni; réunion, qui ne peut avoii' li^u sans toi... et je viens t'inviter.
LE Magasin iheatkai
HENRIETTE. Ca ne se peut pas... nous donnons inie pièce nouvelle.
Cil.VRi.OTTE. rs'esl-ce que cela? j'ai fait dire à Bénédict d'êlie enrhumé... il me l'a promis... il est si bon enfant!., de sorte qu'il y a relâche... et rien ne nous empêchera de nous amuser.
HENRIETTE. C'est très-mal.
CHARLOTTE. Tiens! ce scrupule!
M™" RARNEK, écoutant au fond. Silence, mesdemoiselles... j'entends une voiture... c'est celle de notre directeur, IM. Fortunatus, ponr le renouvellement de l'engagement d'Henriette.
CHARLOTTE, à Henrie.tle. Ah ! tu renouvelles?., à de belles conditions au moins?
HENRIETTE. Je n'en sais rien... je ne me mêle jamais de ça.
M"^ RARNEK, à Charlotte. C'est moi que ça regarde, mademoiselle; les engagemens sont de la compétence des grands parens.. quant aux conditions, ça sera magnifique, surtout après notre succès d'hier au soir.
CHARLOTTE, riant. Ah! oui! les couronnes !.. je les avais vu faire le matin.
M""^ RARNEK, piquée. Ça prouve qu'on ne doutait pas du succès du soir.
CHARLOTTE. Comment donc? la veille d'un engagement, est-ce qu'on doute jamais de ça ? A propos, madame Barnek , dites donc à votre petit cousin de ne pas redemander Henriette si fort... on n'entendait que lui hier au soir au parterre.
M'"'' RARNEK. INIademoiselle, mon cousin fait ce qu'il veut... je ne m'en mêle pas. {Allant écouter à la fenêtre.) Voici notre directeur , laissez- nous, mesdemoiselles, laissez-nous.
HENRIETTE. A la boune hcuve. . . je vais m'occuper de mon costume.
CHARLOTTE. Je t'y aiderai... tout en causant du bel inconnu , sans oublier ce piuvre lîénédict.
^Klles rentient dans la cliambie à droite, sur la ntourncUi- de l'air suivant.)
M"* RARNEK. Voilà M. le directeur...
Eh bien! ce réchaud qu'elles ont oublié... de quoi ça a-t-il l'air ici... comme c'est rangé !.. ah! et notre engagement? qu'estce que j'en ai fait... il doit être là-dedans, courons le chercher.
(Elle sort en emportant le recliaud.)
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