SCÈNE III
Les Mêmes, CANTARlXLL CA^'TARELLI, à la cantonade- C'est bon, je vous dis ; amusez-vous ; je vais vous annoncer à votre marraine.
A en': II, scEiNK m.
MAii(;i)KurrE.
(^ii'i-M-ie noue?
CANTAIIi;i,I.I.
I.u [u lili' Nicettc, (jiic la iiiasiai;i(l<; l'iiil s;uiiHitJT'i^'t'C son riaiicc CJirol; vulre inaji-slc leur a rioniri; rciuli'Z-vous?
margiikiihk.
Tout-à-l'lieure. G est maiiitciianl v<jiis seul ijiK' jo veux recevoir.
CANTAUlilai.
A vos ordres, madaiiic. Je n'ai piis t]ue le it'iiins (le (luitter mon lialiit tie masque. Je l'avais endosse pour la ré|>éiio!i du ballet.
MAUCllF.IilTK.
l'ort bien. Or, éeoute/, sei.;|neur (^antarelli. 'ioute la cour parle do vos lalents; voire re- |iutation est admirable : vous êtes l'intrigant le pjns habile qui nous soit jamais arrivé des pays ultramontains, et l'astrobij^jne dema mère a juré toutes les étoiles du firmament (jue vous serez un jour cardinal.
CANTAKELLl.
Eh !... voilà une astrologie qui n'est pas tant sotte !
RlAROl'ERITE.
Soit. Mais , eu attendant que vous alliez bouleverser le eabinet du Saint-Père, je veux esayer votre diplomatie dans une intrijjue 'amour, .
ISABKI.LE, à paît.
Qiie va-t-elle lui dire ?
CANTAllELLI, à part.
Uhè confidence amoureuse! Ma faveur il est au comble!
MARGUERITE
Avant d'aller plus loin, sachez (pi'il vous est impossible de me refuser votre ministère; que je vous tiens, que vous êtes à moi connue un hérétique est au diable, et qu'enfin je n'aurais qu'un mot à dire pour faire pendre sans délai votre éminence future.
CAKTARELLI, étonné.
Voilà une préface un peu lugubre pour entier en matière de galanterie!
MARGCERITE , tirant un papier de son corset.
Ah! illustre virtuose! vous êtes donc un agent secret de la maison de Lorraine! Au lieu de soupirer des romances, vous transmettez à M. de Guise une lettre du pape, et vous faites la sottise d'ajouter en marge quelques lignes de votre main?
CANTAIIEI.LI.
Oh! quelle calomnie scélérate!
MARGUERITE, lui monliant le papier.
Voyez.
CASTARICI.Ll , confondu.
Je vais m'évanouir!
MARGUERrrE, niaiicieusemenl.
l'ar malheur, mon beau cousin tle Guise mène de fiont les affaires d'état avec, des oc- I upalions plus douces ; les héros amoureuii
ont leurs moments d'etonrderie; et ini de mes |iages a trouvé ce papier bi-nit sur une oltcjmane de la marquise de Sauve. (Pliant avec malice le billL-t cl le renieuant dans son corset.) Le voila ! il m'appartient ;je puis en donner lecture au roi pour letlivertir, ou bien en conférer avec M. le lieutenant-criminel... Mais je le gar derai là, connue une relique, si vous obéissez k mes ordres suprêmes.
CANTAREI.LI, se proslcrnaut.
Ah! je vous proteste, jiar tous le sainu d'Italie...
MARGUERITE, vivement.
il SU i fit. Le temps presse. Vous allez tout savoir. Lsabelle, parlez.
ISAliEI.LE.
Je n'oserai jamais.
MARGUERfJ'E.
Il le faut. Ilàtez-vous.
CANTARELI.l, surpris.
Comment! il s'agit de mon élève innocente'' TRIO.
ISABELLE, à Canlarelli.
Vou.s nie disiez sans cesse :
l'onrquoi fuir les amours?
!l faut à la tendresse Donner lous ses beaux jours.
CAISTARELLI.
Oui , tel est mon langage , Kt ma morale est sage.
ISABELLE, timidement.
Eh bien?...
CARTARELLl.
lib bien ! objet charniaul?
ISABELLE
Kh bien!... eh bien! soyez coulent.
MARGULRITE, à Cantarelli.
Son cœur était déjà docile.
Votre peine était inutile.
CAISTARELLI.
Ah ! je suis charmé de cela ; Il faut toujours en venir là.
Quel lionnenr va me faire Ma clianu:inle éeolière!
MARGUERITE
Quel honneur va vous faire Votre douce éeolière !
CAKTAKELLI , content, à Isabelle.
J'avais deviné votre cœur; Conmiinge il est toujours vainqueur?
ISABELLE, vivement.
Comminge! ô ciel! ah! quelle erreur!
MARGUERITE, à Cantarelli.
C'est une erreur.
CANTARELLI , surpris.
C'est une erreur!
ISABELLE
Non, non, ce n est pas ua^^que j aune.
LE PRÉ-AUX-CLERC8
CANTARELLI
O ciel ! ma surprise est extrême !
MARGUERITE
Ce n'est pas lui.
CANTARELLI
Que dites-vous?
ISABELLE
Plutôt mourir!
CANTARELLI
Expliquons-nous.
(A part.)
Ah ! la frayeur il me commence.
MARGUERITE
Cest Mergy qui depuis l'enfance...
CANTARELLI
L'ambassadeur ?
MARGUERITE
Précisément.
CAHTARELLI.
Cest lui qu'elle aime ?
MARGUERITE
Éperdument.
CANTARELLI , tremblant.
Et pour un tel amour, de grâce , Que voulez donc que je fasse ?
MARGUERITE
11 faut tromper Comminge.
CANTARELLI
Moi!.
Je suis perdu! je meurs d'effi-oi !
Obéissez., écoutez-moi.
(Vite, à deini-voii. ) Prévenons avec zélé Les soupçons d'un jaloux ; A la fête , Isabelle Va se rendre avec vous.
Sur un mot en colère Que m'a lancé le roi , J'ai dit devant ma mère Que je restais chez moi.
(Lui montrant la petite porte du parterre. ) 11 faut, pendant la danse, A cette porte-ci , M'ameuer en silence Notre tendre Mergy.
Dans ces jours de folie Vous commandez à tout , Et votre seigneurie Peut se glisser par-tout.
Ce soir la mascarade Peut encor vous servir :
Voilà votre ambassade, Et courez obéir.
CANTARELLI, désolé
O Comminge terrible !
ISABELLE
Uélas ! soyez sensible !
MARGUERITE
Vous m'avez entendu?
CAMARELLI.
Oh ! trop bien entendu !
Tout est bien convenu?
ENSEMBLE
MARGUERITE
Il faut, pendant la danse, A cete porte-ci , M'amener en silence Notre tendre Mergy.
Ce soir la mascarade A nos vœux doit servir ; Voilà votre ambassade, El coin-ez obéir.
ISABELLE
Il faut, pendant la danse, A cette porte-ci, Amener en silence Mon malheureux ami.
Ce soir la mascarade A nos vœux doit servir :
Voilà votre ambassade, Et courez obéir.
CANTARELLI
O Dieu ! quelle souffrance !
Je suis mort à demi!
Sur moi quelle vengeance Bientôt va fondre ici!
Comme à la mascarade Je vais me divertir!
Ah ! la belle ambassade!
Ah ! le charmant plaisir !
(Marguerite et Isabelle rentrent chez elles.)
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