SCÈNE III
lUTlA, CAMILLE, ALPHONSE.
mTT.\ , les rep[ardant s'éloigner.
Quel loiijj ti'œil! quelle belle noce !
CAMILLE, souriant.
Beaucoup trop belle ; je suis sure cjiie ce pauvre Alphonse s'est ruiné.
ALPHONSE, gaînient.
Moi ? ce serait diflicile ! Un petit officier , un simple lieutenant!... Mais avec votre père, chère Camille , il n'y a pas moyen d'être économe !.. « Mon ami,medil-il chaque jour, « n'('par.;i;ne pas l'argent; le voilà le gendre du Il riche Lugano, du premier négociant de la Il Sicile ; ne crains pas de vider mes coffres. II Dieu merci, ils sont inépuisables, comme ma Il tendresse pour mes enlants. »
CAMILLE, avec tendresse.
Ah! je le reconnais là!
RITTA
C'est vrai qvi'il a plus de seqnins à lui seul que toute la république de Venise ; sans compter des terres, des châteaux... Tcmez, il vient encore d'acheter celui-ci pour les nouveaux mariés ; si ce n'est pas supeibe!...
ALPHONSE
C'est justement celle grande forlune qui me désoie.
RITTA
Ça vous fait peur? un militaire! ils en viennint à bout bien vite cependant!
A (ni-: I, srF.Nf-: m.
sn
»i.i'ii()Nsrc, \ ;: uiiillc.
Moi iiiii i\ ai I iv'ii <|ii(; mon rni-e! CAMILLE.
Kncore île rorj;ucil! c'fst fort mal, iiion- ■iieiir ; nous ie|iioclier ikjs riil)esses, comme >i r'olait notro faute! Ksl-ce f|ue je vous re- I roclie les services que vous nous avez rendus, moi? Kst-ce qu'en snuvanf mon |>ère des iiiiiins des lirif;an(ls du Val-Démoné, vous ne m'avez pas donné mille ("ois [)lus que je ne nuis \ (Uis offiir '.'
un TA.
Certainement; il laul se (■'«ire une raison. Le >ei{|neurLu[;ano vous en laissera l>ien tl autres ; «ai-, à son ;if;e, il se donne un mal! (Je 'natin encore, avant le jour , netait-il pas sur sa tari.nie |)Our aller au-devant de ce riche convoj (ju'd altend de Smyrne?
CAMILLK, vivement.
(Comment, llitta , tu l'as laissé partir?
ALI'llONSE.
Au moment de notre mariage?
lilTlA.
Soyez tranquilles; il sera revenu pour la cért'monie; il n'y a plus de danger, maintenant (jue ce Cameux corsaire, ce ferriLle Zampa , est ariélé.
CAMILLE
Mais en est-on bien Mir?
ALl'HOSSE.
Oh! cette fois, la nouvelle est certaine. Surpris dans une des iles Lipari, qui lui servait • le refujjje, il a été conduit dans les prisons de Melazzo , à deux lieues d'ici. (.Montrant des papier».) Je viens même de recevoir du conseil de Messine la sentence qui le condamne, avei: son signalement, pour faire constater 1 identité. RITTA , joignant les mains.
Sainte Marie ! lesiynalement d'un pareil monstre... Vous avez osé le lire, monsieur Alphonse?
ALPHONSE, parcourant le signalement.
Et je t'assure que , s'il ressemble à son portrait, ce doit être un fort beau fjarçon
RlTTA.
Quel blasphème! un beau garçon! Un vrai S.itan échappé de l'Etna avec sa bande de réprouvés...
CAMILLE
Qui depuis quinze ans dévaste toute l'Italie...
ItITTA.
Ne vit que de pillage, rançonne les hommes, .séduit les femmes, enlève les Hllcs!... Il ne peut ]).is ressendjler à un chrétien !
ALPUOSSE, souriant.
Tu lui en veux beaucoup, ma boiiue Riita ?
BITTA.
Ce n'est pas sans raison ! H est cause (jue je suis veuve, monsieur, et à trente ans cela ne se ji.it donne pas. ( Essuyant une larme.) Pauvre Daluel (;apu/,/,i! un brave pécheur de la côte rie V r.iie-i ! lin SI lion maii (jne je trouvais ton joni s
l.'i. quanil je voidais gronder, et qui a disparu au bout de six mois de ménage, quand je commençais à tn'y habituer! (Test bien iruel! il aura été jeté à la mer par ces mécréants !
ALl'HOSSE.
Je ne puis le croire. Ce Zampa , dit-on, ne man(|ue [)as tie générosité , et dernièrement encore il a refusé sa grâce pour ne point livrer ses compagnons.
RITTA
Sa grâce!...
ALPHONSE
Sans doute ! dans un moment de guerre, son audace , ses talents pouv lient être fort utiles.
lUTTA.
Par exemple, si on os:'it la lui arcorder !...
CAMILLE, émue.
Alil je vous en prie, ne parlons pins de cet homme ; son nom seul me lait tieiniili i .
RITTA
C'est juste; il faut être charilalde , et, jiui-^rju'il va être pendu, on peut lui pardtjiinet. ( A Camille.) Je cours surveiller les pri-paratiis du banquet. (A Alphonse. ) Vous, monsieur l'olHcier, pour hâter le retour du seigneur l.uj;;ino , adressez une petite prière à la patronne du pavs, (montrant la statue.) à la bonne Alice Maiihecb ; elle ne vous refusera pas.
( Elle sort par lu ;;auclie. )