L'OFFICE ÉPICURIEN
Air : Chantons les matines de Cythcre,
Choecr.
Célébrons Yoffice d'Ëpicare , De son temple pieux desservons , Et chantons l'auteur de la nature, Dans le plus joyeux de ses enfans.
D'Ëpicure soyons les chanoines ,
Et nommons Silène pour prieur;
Que nul, s'iln'est gourmand comme moines,
!N'ait voix au chapitre et place au chœur.
Célébrons, etc.
En place d'une cloche maudite , Sonnons un bachique carillon , Prenons du Chablis pour eau bcnile , Une marotte pour goupillon.
Célébrons, etc.
N'ayons jamais d'autres litanies , Que propos grivois et gais bons mots : Employons dans nos cérémonies , Pour burettes les plus larges brocs.
Célébrons : etc.
Contre l'eau prononçons anathéme , Qui s'en sert n'est point un frère sûr : Laissons l'eau dans les fonts de baptême , Le vin sans eau rend le cœur plus pur.
Célébrons , etc.
Prenons un pâté pour reliquaire ,' Notre aniphytrion pour sacristain , Le Journal des gourmands pour bréviaire , Un énorme jambon jîour lutrin.
Célébrons , etc.
Que les grâces soient nos seules vierges . Et leurs genoux nos seuls reposoirs , Que des flacons nous servent de cierges . Que nos verres soient nos éteignoirs.
Célébrons, etc.
Des confidens de nos peccadilles Laissons le grave et noir tribunal , Que l'oreille de filles gentilles Soit notre seul confessionnal.
Célébrons , etc.
tf»)
Prenant Cornus pour thuriféraire , Respirons, au lieu d'un fade encens, Le doux fumet de la bonne chère Et le bouquet des vins pétillans.
Célébrons, etc.
N'admettons , sur-tout pour Néophytes Que joyeux convive et franc buveur, Que les neuf muses soient nos Lévites t Et les Amours nos eiijans de choeur.
Célébrons, etc.
Du plaisir, partout , prêchons l'exemple
Que la gaîté soit notre tribut ,
Et gravons sur la porte du temple :
« Hors de ce saint lieu point de salut ! ?>
Célébrons Yqffice d'Epicure , De son temple pieux desservans , Et chantons l'auteur de la nature , Dans le plus joyeux de ses enfans.