LA CONFESSION D'UN LIT
Air : A jeun , je suis trop philosophe.
Des plus doux plaisirs de la vie ,
Confident et témoin muet ,
Que j'aime à voir fille jolie
Fouler mon docile duvet ! {liis.)
Je sers toujours de trône à la paresse,
Sous un Midas épais et lourd; Mais aussitôt que sa femme me presse ,
Je deviens l'autel de l'amour.
Après sa pénible journée ,
J'ai vu le pauvre en son sommeil.
Rire à sa douce destine'e
Qui devait cesser au réveil.
(74) Lit nuptial , j'ai vu mainte innocente,
Jetter au milieu des tourmens , Le dernier cri d'une pudeur mourante...
Morte déjà depuis deux ans.
Du crime j'ai vu l'insomnie ,
Et le repos de l'innocent ,
Les rêves sombres de Ternie ,
Les songes creux de l'intrigant ; Près d'un mari qui , plein de confiance ,
Rêvait constance et chasteté , J'ai vu Cïiloe méditer en silence ,
Vingt projets d infidélité.
J'ai vu des amans en dispute , Pleins d'un fier et jaloux transport, Être dans moins d'une minute, Dix fois brouilles, dix fois d'accord.
J'ai vu les maux, les chagrins de la vie'r Entre mes bras plus qu'oubliés ;
J'ai vu , sur-tout , la discorde ennemie . Venir expirer à mes pieds.
tÇHmiid jeune et gentille fillette , Pour augmenter son petit bien , Un beau jour, de moi t'ait emplette, Toujours elle spécule bien.
Lorsque de moi, ma maîtresse dispose, Rarement ses vœux sont déçus,
Pour une fois qu'elle y perd quelque chose, Cent fois elle gagne dessus.
De mes secours je suis prodigue ; Mais , par un singulier effet , Le bonheur d'autrui me fatigue, Et me rend , parfois", indiscret.
J'ai du repos, quand la guerre étincelle , Et je crains la pais entre amans ,
Car le moment qui finit leur querelle , Fait naître mes ee'missemens.
Dès le moment de ma naissance , O ! vous , que j'ai rendus heureux , Compagnons de mon existeuce, Voici le plus cher de mes vœux :
Souvent mon sein , vous parut désirable ., Ah ! puissiez-vous n'y revenir ,
Que ramenés par le besoin aimable .
Ou du repos ou du plaisir !