‹ Recueil de chansons et poésies fugitivesChapitre 45 sur 60 · VAUDEVILLE · texte numérisé non relu

VAUDEVILLE

Air du vaudeville de Partie carrée.

Nothe univers , un beau jour, devait être Le temple lieureux de la franche amitié , Des plaisirs vrais que la vertu fait naître ,

De la tendre et douce pitié ; Un jour , des maux de la boîte à Pandore , Chacun de nous devait rendre sa part ; Le teins se passe, et nous disons encore : « Nous verrons ca plus tard .'» (ter.)

S'il faut en croire un témoin oculaire , Le fameux jour où Dieu , de rien , fit tout: Adam , ouvrant les yeux à la lumière, Dit : « Ev% est assez dç mon goût. »

( t53) "Eve reprit : « Je te donne la pomme , « Jamais , mon cher , à d'autres n'en fais part . «Jure-le-moi. — Femme, dit le bonhomme, « Psous verrons ca plus tard. »

Certain hussard serrant de près Lucrèce , Avait brusque l'instant de son bonheur ; Pleurant , trop tard , sa faute et sa faiblesse :

« Hèlas! dit-elle à son vainqueur , « D'un tel écart que la suite est perfide ! « Ah ! je crains bien !... » Mais le malin hussarc Lui répondit , fujrant a toute bride :

u. Nous verrons ca plus tard. »

Tout enchante' de sa petite femme , Dont il était l'époux depuis trois jours , 3/ondoT'dissat: « Quels traits! quels yeux! quel!

a Quels bras ! et quels jolis contours ! « Rose est vraiment un ange , une merveille , « Et qui jamais ne me ». . . . Mais un gaillard En souriant , lui dit bas à Foreille : « ISous verrous ça plus tard. »

Paul à vingt ans disait : « Je t'en supplie ,' « Mon Aglaé , prends pitié de mes feux. » Paul , à trente ans , disait : « Ma chère amie ,

« Je le veux bien si tu le veux. »

A quarante ans Paul disait à la belle : « Si tu m'en crois , nous ferons lit à part. » A soixante ans , Paul dit à la donzelle : « Nous verrons ça plus tard. »

D'ambition ayant moins forte dose ,

Quand , à la cour , maint intrigant , maint fat ,

N'iront-ils plus , bâillant à bouche close ,

De l'ennui se faire un état ?

Quand des flatteurs le troupeau qu'on baffoue , Cessera-t-il de suivre certain char , Au risque affreux de pc'rir sous la roue ?... Nous verrons ça plus tard.

Depuis vingt ans en tous lieux on s'écrie : « Quand les Français , gouvernés par la loi , « N'auront-ils plus qu'une même patrie?

« Qu'une âme pour aimer leur roi ?

(i6o) « Et qu-' -d la paix de Bellone en délire « Parvicndra-t-clle à briser le poignard ? » Grâce a LOUIS, nous ne pouvons plus dire : « Nous verrons ça plus tard. »

T'entends partout disputer à la ronde ,

Plus d'un docteur, plus d'un fou, plus d'un sot,

Sur le desîin qui , sortis de ce inonde ,

Nous attend là-bas ou là-haut ; Pour nous , amis , qui ne faisons que rire Des \ains achats de ce peuple bavard , Dans soixante ans puissions-nous encor dire 5 « Nous verrons ça plus tard ! »

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