FABLE
XJs jour certain renard par un taon tourmenté
Souffrait beaucoup de sa piqûre ; Se mordant, se frottant d'un et d'autre côte', Envain notre matois se met à la torture ,
(17S) L'insecte malfaisant avec plus de fureur Sur sa peau s'incrustaut , et s'acharne et s'anim Tel on voit de nos jours huissier ou procureur Exploitant un client qu'il a pris pour victime ; Le renard fait maint soubresaut , Chaque instant redouble sa rage , Mais la force et la ruse , ici , sont en défaut , Et céder lui paraît le parti le plus sage : Un hérisson qui passait par hasard Etait témrin de sa souffrance:
« Cher ami , dit-il au renard , « Je vous offre mon assistance :
« Voyez-vous ces milliers de dards, « Don précieux de la nature?
« Pen vais faire autant de poignards « Qui sauront venger votre injure :
« Permettez seulement que, prenant bien mon tems « Sur votre ennemi je m'élance, « Et le cruel saura bientôt a ses dépens « Quel est le poids de ma vengeance.
— Grand merci de l'expédient , « Répliqua le renard , il peut être fort sage j
<i Mais certain inconvénient
« M'empêchera d'en l'aire usage.
« De ces milliers de dards l'appareil fanfanpn « Contre une seule mouche est assez inutile j
« Car sur ma peau son aiguillon « Ne fait qu'une piqûre , et vous m'en feriezmille. »
Toujours des charlatans le conseil est fatal,
Même donne' sans artifices,
Mêlions-nous de leurs services :
Le remède souvent est pire que.le mal.