LE PRINTEMS
ou MES ADIEUX A L'HIVER.
Air : Chaulons les matines de Cythère.
Chantons le réveil de la nature , C'est le réveil de tous nos désirs; Chantons le retour de la verdure , Trône charmant des plus doux plaisirs !
iG.
(,86) Adieu , du nord vapeurs embrumées , Des tristes hivers noirs e'tendards !
Salut, des bons vins chaudes fumées!
Soyez désormais nos seuls brouillards.
Chantons le réveil , etc.
Adieu , léthargiques ariettes !
Adieu, de Paris cris glapissans!
Salut , rossignols, tendres fauvettes !
Salut, des bois échos renaissans !
Chantons le réveil, etc.
Adieu , trop jalouse palatine î Adieu , cachemires envieux !
Salut, gaze complaisante et fine, Faite pour le bonheur de nos yeux!
Chantons le réveil, etc.
Adieu , patins , canal et glissades , Chutes sans plaisir , tristes faux pas ! Salut, séduisantes promenades Où les chutes oll'rent tant d'appas ! Chantons le réveil, etc.
(iS7)
Adieu, neige piquante et cruelJe , Funeste à plus d'un tendre projet î Salut, douce neige que recèle De mon Alison le blanc corset.
Chantons le réveil, etc.
Adieu, bals, proverbes et charade, Jeux ennemis de la liberté' Où chacun , dans un cercle maussade , Danse , rit et chante sans gaîté !
Chantons le réveil , etc.
Salut , simple danse villageoise , De la gaîté piquant aiguillon , Où, sur l'air d'une chanson grivoise, L'amour fait sauter le cotillon !
Chantons le réveil, etc.
Adieu , gais salons de compagnie Où l'on dort au milieu d'un concert î Adieu , divertissante partie Où l'on baille autour d'un tapis vert ! Chantons le réveil , etc.
( »88 ) Salut, bosquets, temples de l'ivresse, Où, sur un lapis moins dangereux , Jouant seul, vis-à-vis ma maîtresse , Même en perdant , je prends les enjeux î
Chantons le réveil de la nature , C'est le réveil de tous nos désirs ; Chantons le retour de la verdure , Trône charmant des plus doux plaisirs !
LE LORD et LE BUCHERON,
ANECDOTE
Dans un accès de spleen profond , Certain enfant de la Tamise, De la rivière , un jour s'avise De vouloir visiter le fond ; ïl saute , quand près du rivage Un bûcheron qui fagotait
L'aperçoit , se jette à la nage,
Le sauve , et , le cœur satisfait ,
Retourne gaîment à l'ouvrage;
A peine il s'y met , qu'aussitôt ,
Détermine comme quarante,
Mon Anglais , que le diable tente ,
Dans les flots fait un second saut :
Le bûcheron , dans la rivière ,
Vole bientôt à son secours ,
Et du milord atrabilaire
Il sauve une autre fois les jours ,
Puis reprend encor son ouvrage
Qui ne croirait , d'après cela , Que mon Jack Spleen , bien guéri de sa rage , Et consentant à vivre , au logis retourna ! Point du tout, il maudit le destin qui l'oblige
A faire encor le rôle de vivant ;
Et saisi d'un nouveau vertige ,
Aux branches d'un. chêne il se pend :
« Pour le coup , dit John Bull , en le voyant à l'arbre , « C'est être par trop entête' , « Et cette fois , en vérité ,
( i9° ) « J'aurai le cœur dur comme un marbre. » Aussi fait-il , puis il n'y pense plus. Bientôt la justice avertie Vient constater le fait , et sur le corps sans vie Verbaliser longuement suivant Vus, Mon grivois que l'on interroge Repond à tout naïvement , Et chaque assistant fait l'éloge De son généreux dévoùment.
« Mais , lui ditl'aldennan , quand il fit cette affaire , H Tune l'as donc pas vu? — Si vraiment. — En ce cas, «Pourquoi ne l'empêchais-tu pas?
— Je vous le dirai sans mystère :
« Comme il sortait de la rivière , « Je n'avais garde d'y toucher ; • « Un arbre est-il une potence ?
« Moi je croyais , en conscience , « Qu'il s'était mis là pour sécher. »
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