L'HONNEUR SATISFAIT
Après le jugement de certain vieux procès,
Dans une dispute fort vive , Deux procureurs gascons, en sortant du palais. Se prodiguaient mainte invective ; Nos deux chicaneaux cependant, Assez amis de la feuillette , Allaient , tout en se gourmandant , Rincer leur bouche à la buvette.
Pour un moment la querelle cessa j De son côté chacun but comme quatre, Puis à tel point elle se réchauffa , Qu'on se donna rendez-vous pour se battre. Pour se battre! -Oui vraiment. -Quoi! chez un procureur Vit-on jamais le point d'honneur?
— Doucement ! Mes robins , enfans de la Gironde s Etaient braves autant que pas uu dans le monde.
On s'arme , on prend plusieurs témoins ,
( Au palais chose assez peu rare ) ; On part , et dans la route , en se montrant les po A paraître un héros chacun d'eux se prépare : Malignement quelqu'un prétendit avoir vu Que leur démarche était vacillante et peu sûre Mais contre leurcourage on n'en doit rien c oncle La faute n'en était qu'au vin qu'on avait bu. Au premier sang devait se terminer l'affaire.
Sur le pré voilà nos gaillards Se croyant pour le moins descendus des Césars: Aussitôt l'un des deux , dégainant sa rapière ,
Allait s'en escrimer funeste résultat!
En se mettant en garde , il trébuche , il chance Il tombe sur le nez , et son sang qui ruisselé
Le met bientôt hors de combat.
Tout surpris de cette équipée , Mon autre champion prend un air important : « Le sang coule : il suffit, mon courage est cont
« Dit-il , essuyant son épée , « Voilà comme je sais punir un insolent. »