‹ Recueil de chansons et poésies fugitivesChapitre 56 sur 60 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

TJîî manant avait un baudet Plein de vigueur , de patience ; Mais quelquefois il le chargeait Sans mesure et sans prévoyance.

Certain jour Futile animal N'ayant qu'une charge ordinaire , Sous un poids à sa force égal Marchait d'une allure le'gère.

Son maître l'admirait, lorsque sur un poirier Il aperçoit des fruits dont la beauté le tente : Bon ! dit-il ; et bientôt sans se faire prier , Il vous rend l'arbre nu d'une main diligente , Puis emplit deux paniers qu'il met sur le griso) Qui , de ce nouveau poids sentant bien quelque pein Cheminait Dépendant avec sa cargaison ;

Mais il se serait bien passe de cette aubaine .

Notre homme un peu plus loin aperçoit d'autres fruits;

Bientôt de les avoir le désir le dévore :

En un clin d'oeil ils sont cueillis ,

Et sur maître baudet ils vont peser encore. L'animal doux et patient Sur le pave' se cramponne , s'efforce , Et sous le faix quoique pliant , Dans son courage il trouve quelque force ; A ses nobles efforts le rustre se méprend , « L'excellent animal ! (dit-il) voyez s'il butte: « D'honneur il porterait encore plus d'un cent ; <c Rien ne l'arrête ou le rebute,

« J'y peux monter moi-même ; » et voilà monlourdaud

Qui grimpe sur le dos du baudet qu'il admire;

Mais le pauvre grison n'y pouvant plus suffire, Succombe et meurt sous le fardeau.

O vous qui gouvernez ! pour vous est cette fable ;

Dans ce manant j'ai peint un sultan , un visir ;

Dans ce baudet , le peuple actif, infatigable :

Sous d'onéreux impôts, le prince qui l'accable ,

Le voit bientôt fléchir, succomber et périr.

LES GRECS et LES ROMAINS.

Amdu vaudeville de la Belle au bois dormant . (Noté N°. 25. )

Sages qu'on renomme , Dont la Grèce et Rome Tiraient vanité , Malgré vous , de l'antiquité Epicure a toujours été

Le premier homme. {bis.)

En vain préconisera-t-on

Ce grand , ce sublime Caton ,

Moins grand pour nous que pour l'histoire ,

Et qui , moins sage qu'entêté , Dans son impassibilité' , Ne sut ni rire, ni boire. (bis.)

Sages qu'on renomme, etc.

Oui , je le dis , on a grand tort De venir nous prôner encor Platon, ce sage e'nigmatique , Ennemi des plus doux ébats , Sans qui l'on ne connaîtrait pas L'amour nommé platonique.

Sages qu'on renomme , etc.

N'a-t-on pas aussi trop vanté

Ce Pythagore tant cité ,

Et dont le système condamne

Notre âme, brisant ses ressorts,

A passer un jour dans le corps

D'un chien , d'un chat , d'un âne?

Sages qu'on renomme, etc.

iS.

Qu'on vienne me donner pour grand Ce Socrate si tolérant , Pauvre , par sa faute , et Bigame , Qui , jeune et muni de deux poings, En plein jour et devant témoins, Était battu par sa femme I

Sages qu'on renomme, etc.

Fi ! de ce Diogène vain ,

Qui , du fond d'un tonneau sans vin

Faisant sa demeure chérie ,

Se jugeait bien; car, entre nous,

Du genre humain , ce roi des foux

N'était vraiment que la lie.

Sages qu'on renomme, etc.

Comment voir sans un ris moqueur , Aristote , ce beau parleur, Ce savant comme on n'en voit guère , Qui , las de travaux superflus ,

(an ) Pour mieux comprendre le reflux , Fit le saut dans la rivière ?

Sages qu'on renomme , etc,

Je ris encore de bon cœur TPArchimède , ce grand compteur , Homme à projets, homme à système.

Qui , craignant de se déranger, Comme un sot se laisse égorger, Pour mieux résoudre un problème.

Sages qu'on renomme , etc.

Enfin , qu'on ne m'exalte plus Cet Empédocle , esprit obtus , Ce sage de sotte mémoire , Qui soixante ans déraisonna, Et puis s'enterra dans l'Ethna,.

Pour mieux vivre dans l'histoire.

Sages qu'on renomme , etc.

Vive Epicure , mon hc'ros !

Oui bornait à ce peu de mots , Tout son cours de philosophie :

<c Jouissons malgré les jaloux ; « C'est être sages qu'être foux, « Et la sagesse est Jolie !

Sages qu'on renomme , Dont la Grèce et Rome Tiraient vanité , Malgré vous, de l'antiquité Epicure a toujours été

Le premier homme ! (bis.)

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