FABLE
TJîî manant avait un baudet Plein de vigueur , de patience ; Mais quelquefois il le chargeait Sans mesure et sans prévoyance.
Certain jour Futile animal N'ayant qu'une charge ordinaire , Sous un poids à sa force égal Marchait d'une allure le'gère.
Son maître l'admirait, lorsque sur un poirier Il aperçoit des fruits dont la beauté le tente : Bon ! dit-il ; et bientôt sans se faire prier , Il vous rend l'arbre nu d'une main diligente , Puis emplit deux paniers qu'il met sur le griso) Qui , de ce nouveau poids sentant bien quelque pein Cheminait Dépendant avec sa cargaison ;
Mais il se serait bien passe de cette aubaine .
Notre homme un peu plus loin aperçoit d'autres fruits;
Bientôt de les avoir le désir le dévore :
En un clin d'oeil ils sont cueillis ,
Et sur maître baudet ils vont peser encore. L'animal doux et patient Sur le pave' se cramponne , s'efforce , Et sous le faix quoique pliant , Dans son courage il trouve quelque force ; A ses nobles efforts le rustre se méprend , « L'excellent animal ! (dit-il) voyez s'il butte: « D'honneur il porterait encore plus d'un cent ; <c Rien ne l'arrête ou le rebute,
« J'y peux monter moi-même ; » et voilà monlourdaud
Qui grimpe sur le dos du baudet qu'il admire;
Mais le pauvre grison n'y pouvant plus suffire, Succombe et meurt sous le fardeau.
O vous qui gouvernez ! pour vous est cette fable ;
Dans ce manant j'ai peint un sultan , un visir ;
Dans ce baudet , le peuple actif, infatigable :
Sous d'onéreux impôts, le prince qui l'accable ,
Le voit bientôt fléchir, succomber et périr.
LES GRECS et LES ROMAINS.
Amdu vaudeville de la Belle au bois dormant . (Noté N°. 25. )
Sages qu'on renomme , Dont la Grèce et Rome Tiraient vanité , Malgré vous , de l'antiquité Epicure a toujours été
Le premier homme. {bis.)
En vain préconisera-t-on
Ce grand , ce sublime Caton ,
Moins grand pour nous que pour l'histoire ,
Et qui , moins sage qu'entêté , Dans son impassibilité' , Ne sut ni rire, ni boire. (bis.)
Sages qu'on renomme, etc.
Oui , je le dis , on a grand tort De venir nous prôner encor Platon, ce sage e'nigmatique , Ennemi des plus doux ébats , Sans qui l'on ne connaîtrait pas L'amour nommé platonique.
Sages qu'on renomme , etc.
N'a-t-on pas aussi trop vanté
Ce Pythagore tant cité ,
Et dont le système condamne
Notre âme, brisant ses ressorts,
A passer un jour dans le corps
D'un chien , d'un chat , d'un âne?
Sages qu'on renomme, etc.
iS.
Qu'on vienne me donner pour grand Ce Socrate si tolérant , Pauvre , par sa faute , et Bigame , Qui , jeune et muni de deux poings, En plein jour et devant témoins, Était battu par sa femme I
Sages qu'on renomme, etc.
Fi ! de ce Diogène vain ,
Qui , du fond d'un tonneau sans vin
Faisant sa demeure chérie ,
Se jugeait bien; car, entre nous,
Du genre humain , ce roi des foux
N'était vraiment que la lie.
Sages qu'on renomme, etc.
Comment voir sans un ris moqueur , Aristote , ce beau parleur, Ce savant comme on n'en voit guère , Qui , las de travaux superflus ,
(an ) Pour mieux comprendre le reflux , Fit le saut dans la rivière ?
Sages qu'on renomme , etc,
Je ris encore de bon cœur TPArchimède , ce grand compteur , Homme à projets, homme à système.
Qui , craignant de se déranger, Comme un sot se laisse égorger, Pour mieux résoudre un problème.
Sages qu'on renomme , etc.
Enfin , qu'on ne m'exalte plus Cet Empédocle , esprit obtus , Ce sage de sotte mémoire , Qui soixante ans déraisonna, Et puis s'enterra dans l'Ethna,.
Pour mieux vivre dans l'histoire.
Sages qu'on renomme , etc.
Vive Epicure , mon hc'ros !
Oui bornait à ce peu de mots , Tout son cours de philosophie :
<c Jouissons malgré les jaloux ; « C'est être sages qu'être foux, « Et la sagesse est Jolie !
Sages qu'on renomme , Dont la Grèce et Rome Tiraient vanité , Malgré vous, de l'antiquité Epicure a toujours été
Le premier homme ! (bis.)
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