LA MÉSAVENTURE
Air nouveau de M. PlAntade. (NotëN°. 22.)
L'autre jour, de la fontaine Seulette je revenais ; Ma cruche était toute pleine, Et de plaisir je chantais ; Au milieu de ses compagnes Brillait l'étoile du soir, Et la nuit sur les campagnes Etendait son voile noir.
Au détour de la prairie , Bientôt j'entends certain bruit 5, De peur mon âme est saisie j 3'étais seule, il faisait nuit.
D'abord je sens qu'on me touche .
Puis après je ne sais quoi Vient arrêter sur ma bouche Un cri de honte et d'effroi.
Plus je voulais me défendre , Plus on me serrait de prèsj Et bientôt je vis répandre Toute l'eau que je portais.
J'allais faire la mauvaise ; Mais on s'y prit tellement, Qu'on me fit tout à mon aise Contempler le firmament.
Un faible rayon de lune
Me fit voir mon ennemi :
« N'ayez , dit-il , crainte aucune ;
Je veux être votre ami. »
Mais combien l'homme est perfide
Quand on est à sa merci!
Las ! si ma cruche fut vide
De moi ne fut pas ainsi !
Fillette , pareille aubaine Peut t'arriver tout à coup , Si tu vas à la fontaine , Seulette, entre chien et loup.
Dans la cruche Amour se glisse j Vif et prompt comme l'éclair , Qu'il la casse ou cpj'il l'emplisse, Il en coûte toujours cher.
(io6) LE VILLAGEOIS et SON ANE,