‹ Recueil de chansonsChapitre 21 sur 80 · LA CHAUMIERE · texte numérisé non relu

LA CHAUMIERE

Air de la petite Manfol.

0 bayadères!

Nymphes légères!

Loin de Paris s'envolent les liivers ;

Venez, fringantes

Etudiantes, L'air est limpide et les bosquets sont verts.

Que du printemps les aimables prémices, Du noir Prado fermant les deux battants, Rouvrent vos cœurs aux amoureux caprices, Et la Chaumière à vos pas inconstants.

Dans leur volage

Pèlerinage, Voyez, là-bas, cent couples assortis,

Suivre, avec grâce,

Du mont Parnasse, L«'s frais berceaux et les jardins fleuris.

Voyez bondir chaque lille rieuse, En éteignoir son cliiipeau se penclier, Kt sa mantille accuser, la tlatleuse!

Tous les contours qu'elle «ievrait cacher.

Mines coquettes.

Riches toilettes, Venez briller dans le joyeux séjour:

Heureux délire!

Tout y respire La volupté, la jeunesse et l'amour.

Sous ces bosquets, pavillons lutélaires.

Sur ces gazons, ingénieux soplias, Que de plaisirs, que d'étranges mystères, Que l'on comprend, et (pie l'on ne dit pas !

Discrets bocages,

Sous vos ombrages Cachez toujours ces charmantes erreurs,

Et ces pensées

Jadis tracées Sur les rameaux de vos lilas en fleurs !

Peut-être un jour, quand nos têtes blanchies Se courberont sur nos coi'ps énervés, Trouverons-nous, sur vos tiges grandies, Des souvenirs, par vous seuls conservés!

Kéniiiiisceiicc

De notre enfance, Que vous ferez alors battre nos cœurs!

Biens éphémères,

Fleurs passagères.

Nos yeux, taris vous donneront des pleurs!

Mais à présent que la force et la vie

Dans tous nos sens circulent à grands Ilots,

Enivrons-nous... Aujourd'hui la folie,

Le bruit, le monde'... et demain, le rejïos.

0 ma déesse

Enchanteresse, Viens, épuisons la coupe du plaisir ;

Source idéale,

Où tout exhale Un souftle, un chant, un parfum, un désir!

Vois, connue nous, la nature avivée Des bois épais nous offrir le manteau ; Là, riierlje fraîche, en tertre relevée, Etend au loin son canapé nouveau.

Puis, des montagnes, Vois tes compagnes llouler gaiment, en se donnant la main, Cohorte blanche,

Que l'avalanche Rapide entraîne au fond de ce ravin.

Et maintenant, amazone hardie, Presse les tlancs du Pégase indonjpté, Qui, comme plus d'un moderne génie.

Descend toujours, dès qu'il est remonté!

Avec audace

Franchis l'espace , Ue ton coursier, je suis les pas bruyants ;

Et dans l'abîme,

Couple sublime, Elançons-nous, radieux et chantants!

Puis, nous irons du chalet helvétique Entendre encor l'orchestre campagnard , Où le piston pastoral et rustique Redit les airs du champêtre Musard.

Vite à la danse,

Chacun s'élance ; Sur le bitume on se presse, on accourt ;

Vole et frétille

Dans le <|uadrille, (iai colibri, qui rayonnes d'amour!

Que j'aime à voir ton col blanc qui se penche, Ton pied mignon dans son brodequin noii',

Kt cette main letouibaiit sur ta hanche, Kt ces contours, (|ui sont à moi le soir!

0 mon idole!

De ton épaule Laisse admirer le galbe si |)ai'fait,

Et ta poitrine,

Qui se dessine Sous le satin «pii brave le cornet!

Quel cii perçant domine la temj)«H«;?

Viigélina i-appelle ses époux ; Ainsi, le soir, l'amoureuse chouette Dans les forêts réveille les hiboux

Peuple frivole.

Le temps s'envole, Chantez, dansez!... Mais que vois-je là-bas?...

(^ette ligure,

Etrange et mûre. Sur ce grand corps (lui circule à grands pas?

l*armi les Heurs et les \\illis vermeilles, Que viens-tu faire ici, sylphe ventru?

Epais frelon, au sein de nos abeilles, Vicns-lu chercher le miel (pii nous est dû ?

Non, c'est Lahire, Qui, sans Sdurire,

Proinèiie au loin son regard vij^ilant ;

Sa main sévère,

Et peu légère, De ses massifs extirpe le cliiendenl!

l'ourquoi donner cent bras à Briarée?

Au brave Argus pourquoi donner cent yeux ?

Avec sa vue et sa poigne sacrée,

Lahire eût pu les remplacer tous deux I

Mais le bruit cesse ;

Chacun s'empresse De regagner ses pénates lointains:

Puis, dans les rues,

Cent voix émues Vont réveiller tous les échos latins î

De tous côtés, voyez, dans la nuit sombre, S'évanouir l'essaim mélodieux ; Puis tout se tait, on Ji'entend plus, dans l'ombre, Qu'xVngélina poussant son cri d'adieux.

Allez, fringantes

Etudiantes, Allez trouver, étudiants joyeux,

Dans vos chambrettes.

Sur vos couchettes.

Le repos seuls ou le plaisir à deux 1

LES GRANDS-PtUES.

ViR ; 0 ma lendie inufielk!

Du temps de nos gniiKls-[>èi'es, Vertueux grands-papas, Vous étiez moins sévères, Et vous ne grondiez pas ; Ils vous faisaient la guerre, Ils taisaient comme vous; Mais vous n'écoutiez guère, \'ous taisiez comme nous.

D'une àme tort égale Ecoutant leur's leçons, Quand ils i)arlaient morale.

Vous répondiez... Cliansonsl Et, sans rt^prendre lialcinc, Vous alliez, jeunes fous, Courir la prétantaine...

Vous faisiez conune nous.

Vous faisiez des victimes, Ingrats!.. Vous les trompiez; Vous trompiez vos intimes, En trompant leurs moitiés; Et vous trompiez les vôtres, Qui souvent, avant vous, En avaient trompé d'autres...

C'était comme chez nous.

Lorsque, changeant de rôles, Xous aurons des enfants, Nous trouverons les drôles Pires que leurs parents, Les amants moins fidèles, Moins sages les époux, Et les heautés moins belles ; Xous ferons comme vous.

Mais si jamais, lassée De son trop long repos, La France menacée Agitait ses drapeaux-; Reprenant votre épée, Que l'Europe à genoux De son sang vit trenqjéc.

Nous ferions connue vous!..

L'INCONiM'.

\iR : y avoir pour objet iJi: aa llaintne.

Il est un pays plein de cliarnies, Qui, dans mes plaisirs ou mes larmes, Souvent, souvent est revenu :

Est-il au couchant, à l'aurore, Au nord, au mi(i?... Je l'ignore :

C'est l'inconnu!..

Là, régnent la vertu profonde, La paix du cœur, l'oubli du m'.nde; Là, tout est chaste et retenu ; Le cri des passions humaines N'atteint pas à ces hauts domaines :

C'est l'incoimu.

Les tleurs y naissent sans culture; A toute chose la nature Prête son éclat ingénu ;

Tous les cœurs sont droits et sincères, Tous les hommes s'aiment en frères, C'est l'inconnu.

Là, le pouvoir n'a pas d'entraves ; L'or ji'y sema jamais d'esclaves.

Sans usure et sans revenu, Là, toute richesse est commune.

Le bonheur seul fait la fortune :

C'est l'inconnu.

Point de royautés légitimes!

L'homme, sans juges et sans crimes.

Par nul lien n'est retenu; L'air libre et pur de la patrie Vst mortel à la tyrannie :

C'est l'inconnu.

0 toi, qui m'ouvres ces contrées.

Au ciel pur, aux plaines dorées.

Beau rêve, sois le bien-venu ; Par toi sont les vierges fidèles, Par toi les amours immortelles..

C'est l'inconnu!

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