‹ Recueil de chansonsChapitre 22 sur 80 · TN PROPRIÉTAIRE · texte numérisé non relu

TN PROPRIÉTAIRE

Je possédais un parent.

Infirme et millionnaire, Qui m'appelait son enfant; Il mourut , ce pauvre père, Me léguant mille soucis, Trois rhumatismes chronicpies, Et six maisons magnifiques Sur le pavé de Paris.

Ah! monsieur, la misère!..

N'apprenez pas un jour Ce <|u'il en coûte pour Être propriétaire.

Je ne puis, dans ma maison , Dormir, ni manger, ni boire ; Pan! pan! pan! c'est un maçon Qui m'apporte son mémoire.

Tout conspire contre moi,

Peintres, couvreurs, architectes, (Contributions directes Qu'on double par une loi!...

Ah! monsieur, la misère!...

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

J'en possède jusqu'à six De ces portiers que j'abhorre, Qu'il me faut loger gratis, Et qu'il faut payer encore !

Mais ce n'est rien que cela ; Chacun d'eux veut que j'insère Son fds dans un ministère, Et sa fille à l'Opéra...

Âh! monsieur, la misère!...

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

Quatre fois par an, hélas!

Pour toucher mes honoraires, Je dois aller, chapeau bas, Frapper chez mes locataires.

Du ton le plus radouci ,

Jai bemi (leiiiïinder mes tenues, On m'accueille dans des tenues Que je ne puis dire ici...

Ali! monsieur, la misère!...

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Etre propriétaire.

Mes jiremiers et mes seconds Se plaignent de mes troisièmes, Mes troisièmes des plafonds.

Et ceux-ci des quatrièmes ; Mais lorsqu'il s'agit de moi , C'est bien une autre musique, Un concert charivarique \ faire fuir même im roi !

Ah! monsieur, la misère!...

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour liltre propriétaire.

L'un me demande du jour.

In autre de l'éclairage:

Les modistes de ma cour Me demandent de l'ouvrage !

Enfin ils s'entendent tous

— ni

Pour consominer ma luine .

Jusqu'à madame Fifine Qui demande des verrous!

Ah! monsieur, la misère!...

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire. ,

Sur mon dos plus d'un quinquet S'est renversé par mégarde ; Dans un trou de son parquet M'a fait tomber ma mansarde ; Enfin croiriez-vous qu'un jour Un artiste du cinquième M'a, sur mon escalier même, Appelé '( monsieur Vautour?... »

Ah! monsieur, la misère!...

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

Je chassai de ma maison Ce locataire inconnnode, Gardant, comme de raison, Son vieux lit et sa commode Or, savez-vous ce qu'il fit?...

Nous n'avons plus de censure !

Il fit ma caricature,

Que l'on vend à son profit.

Ah! monsieur, la misère N'apprenez pas un joiu' Ce (pi' il en coûte pour Être propriétaire.

UHSIILE.

Air. : J'arrire à pied de province.

Dans ma cliambre solitaire

.l'étaisj ce matin, Dormant comme un prolétaire,

Quand un beau lutin De mon étroite cellule

Brisa les verrous ; 'ai rêvé de vous, Ursule,

J'ai rêvé de vous.

I avait votre visage,

Mais plus indulgent ; 1 avait votre corsage,

Mais plus engageant ; avait l'air plus crédule,

Et les yeux plus doux...

ai rêvé de vous, Ursule, J'ai rêvé de vous.

Votre pudeur alariucc

Cachait son beau corps, Sa robe, trop tôt feniiée,

Couvrait vos trésors; Mais sa robe était de tulle.

Si bien (|u'au-dessous...

J'ai rêvé de vous, Ursule.

J'ai rêvé de vous!

Il s'approcha de ma couche,

Mais si près, si prés, Que vos lèvres à ma bouche

Disaient leurs secrets ; Puis oubliant tout scrupule,

J'en rougis pour nous...

J'ai rêvé de vous, Ursule.

J'ai l'èvé de vous!

Mais je m'éveillai, ma chère,

Au plus doux moment ; Et quand j'ouvris la [taupière,

A moitié dormant, Dans mon amoui- ridicule.

Sens dessus dessous, Je révais encori', Irsidc,

Je rêvais de mhis'.. .

Ali COL\ bV FEU.

Dtïjà l'hiver rappelle Nos députés erniiitti, Et la trou}»e iioiivelle Des écoliers bruyants, Les beautés voyageuses Et les chastes baigneuses. . .

Au coin du téu,

Causons un peu.

Causons de toute chose.

De nos anciens amis.

D'arts, de vers et de prose, Et de plaisirs permis, Des Vjeaux jours de la vie.

Va de philosophie...

Au coin du feu.

Causons un peu.

lenons-nous sur nos gardo.

l'as d'avocats taquins; Pas de l'etnnies bavartles,

— !ti —

l)(! \icLix i"é[)iilj|icaiiis :

liraillards de toute sorte, JJat tez-vous à lu porte ! . . .

Au coin du feu,

Causons un peu.

Lâchons nos épigra mines, Sans crier sur les toits ; Des maris et des fennnes dansons à demi-voix :

Des absents, des absentes, De nos gloires récentes...

Au coin du feu.

Causons un peu.

Dans son erreur proie tnde, Si quelque esprit malsain N'eut réformer le monde, Oui fuit son médecin, Dans son docte système Oiiil s'embrouille lui-même.

Au coin du feu,

Causons un peu.

Df's hommes de gciiic Qu'on siftle injustement, Soulageons l'agonie Par quelfjue mot clémen! ;

Sans trop de médisance, De leur impertinence,

Au coin du feu.

Causons un peu.

Si cela nous ennuie, Revenons aux vivants, Et causons de la pluie, Des brouillards et des vents; De l'hiver monotone, Et des feuilles d'automne..

Au coin du feu.

Causons un peu.

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