PASTORALE
AiF, : Muse des bois et des accords champêtres.
Pâle lia])itant de la ville adorée Où le plaisir doit abréger les jours, Tu crois avoir, dans ta prison dorée, Tous les bonheurs et toutes les amours. Viens dans les champs où brille la verdure ; Dans nos sentiers viens égarer tes pas; Nous entendrons la voix de la nature:
C'est une voix (|uc tu ne connais pas.
Quand, de tes murs franchissant la barrière. Tu viens l'été re[)0ser ta langueur, Dans ta villa tu rêves de chaumière, ¥a dans ton parc tu te crois laboureur. Mais cet amour d'un recoin solitaire, Oue de tes mains cent fois tu retournas, Ce doux sou(;i, cet amour de la terre, C'est un amour (|uc tu ne connais |»as.
Tu ne sais pas cette sollicitude Du beau soleil, de la pluie et des vents; Tu ne sais pas par quelle longue étude Du lendemain nous devenons savants ; Et lorsque sont les moissons dépouillées, Ou que les champs dorment sous les frimas, La promenade ou les longues veillées...
C'est un loisir que tu ne connais pas.
Ces longs épis, trop inclinés peut-être, Combien de fois est-on venu les voir ! Dans ces raisins que le soleil pénètre, Que de travaux, de craintes et d'espoir ! Mais que t'importe !... Et tu bois, et tu manges. Sans t'informer au sein de tes repas.
Comment se font les blés et les vendanges. . . Ce sont des soins que tu ne connais pas.
Vois, c'est le soir : Dans la plaine plus sombre Le bruit se meurt plus lointain et plus sourd. Des mouclieroiis l(;s pléiades sans nombre Demain encore annoncent un beau jour.
Puis l'horizon disparaît et s'eft'acc ; Puis tout se tait : On jrenteiid plus là bas Que le bonsoir d'un paysan qui passe... (ï'esi un salut que tu ne connais pas.
0 gens heureux ! 0 campagne paisible,
Que vous avez de calme et de fraiclieur! Non. Ces tableaux te laissent insensible : L'air des cités a corrompu ton cœur.
Les jeux, le luxe, et le monde, et l'envie (Conviennent mieux à tes sens délicats.
Va, laisse-nous notre traïK^uille vie, C'est un bonheur que tu ne comprends pas.