‹ Recueil de chansonsChapitre 39 sur 80 · LES RATS · texte numérisé non relu

LES RATS

Air : Contcnloiis-nous d'une simple bouteille.

Que font-ils donc dans mon alcôve étroite? En tous les sens j'ai beau me retourner, De droite à gauche, et puis de gauche à droite, Dans le tympan ils viennent me corner!

J'entends partout s'effondrer ma muraille, Grincer le bois et le plâtre gémir ; Dieu ! les Titans commencent leur bataille!... Les rats, les rats m'empêchent de dormir.

Quel bruit! il pleut! il vente! je frissonne! Là-bas l'hiver... Je pense avec horreur Au malheureux, (jue ie froid aiguillonne ; Je songe encore au pauvre voyageur.

Dans la forêt que l'aquilon tourmente, Il marche seul, oh! comme il doit frémir!... La forêt tombe. . . et la mer écuniante. . .! Les rats, les rats m'empêchent de dormir.

Les yeux fermés, combien je vois de choses Que je no vis jamais les yeux ouverts: Des diables noirs et des sylphides roses, Tourbillonnant dans des nuages verts!

Bien loin, là-bas, j'aper(.'ois une femme, Fleur du désert, ([ue maltraite un émir; Je vois crouler les tours de Notre-Dame!... Les rats, les rats m'empèclKïiit de dormir.

J'ai traversé l'océan Atlantique, .l'ai découvert des pays inconnus :

Un continent, que je nomme Amérique, Des fleuves d'or, et des hommes tout nus. Je veux bien haut proclamer ma conquête; Sur un rocher j'essaie à m'ali'ermir; Le rocher roule et me casse la tète!... Les rats, les rats m'enq)èchent de dormir.

Ah! qu'il est doux de battre la campagne! Je laisse aller mes jambes au hasard ; J'arbleu! je suis dans la blonde Allemagne, Je m'(;n vais voir Jellachich et Mozart ! Je vois rouler des torrents d'eau-de-vie, S'enfuir des rois et des canons vomir; Et nos tambours entrent dans Varsovie!... Les rats, les rats in'enqK'chent de dormir.

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Sur le soleil j'ai braqué ma lunette ; Je sens vers lui des ailes m'élever ; Chemin faisant, je trouve une planète Que Leverrier n'eût pu jamais trouver!

Je t'y rencontre, ô ma belle maîtresse; Que viens-tu faire?... Ah! je me sens blêmir! Un vieux magot sous mon nez la caresse... Les rats, les rats m'empêchent de dormir.

Bon! me voilà dans les sombres abimes!

Je recormais Babylone et Paris; De l'arsenic je compte les victimes.

Dieu! quel monceau de rats et de maris! Au bord fatal je cherche en vain A'oltaire ; Près de Lafarge est mon chien Casimir... J'irai demain chez mon apothicaire; Les rats enfin me laisseront dormir!

LES ÉCHEVISSES.

Air (le Paillasse.

Les écrevisses autrefois

Ne marchaient qu'en arrière ; Voici que des docteurs sournois

Nous prouvent le contraire.

Mais, croyez-le bien, Ils n'en savent rien,

Ce sont pures malices ; Je les vois toujours Marcher à rebours,

Vivent les écrevisses !

Croyez-en ces poissons savants,

Tout est en décadence ; Les morts ont tué les vivants. Bien avant leur naissance.

Pauvres écrivains, Vos elforts sont vains ;

— loi -

Allez, prêtres novices, Baiser les autels Des (lieux immortels,

Vivent les écrevisses!

Oui, bientôt on s'habillera Suivant l'antique mode ; Dans tous les arts on proscrira La nouvelle méthode ;

Ils sont préparés

A siffler Duprez, Ponchard fait leurs délices ;

Quant à Rossini,

C'est déjà fini, Vivent les écrevisses !

Supprimons les inventions

De l'école nouvelle ; Le gaz et ses explosions

Valent-ils la chandelle ?

Les chemins de fer.

Vomis par l'enfer.

Sont du diable complices ; Parbleu ! les coucous Etaient bien plus doux!

Vivent les écrevisses!

Doucement nous remonterons

Le fleuve de la vie ; Peut-être que nous trouverons

Sa source en Moscovie :

Nos filles, nos sœurs, Pour de grands seigneurs

Garderont leurs prémices!

Nous aurons des rois, Nous en aurons trois !

Vivent les écrevisses !

Mais les écrevisses, ma foi,

Sont fort bonnes à table :

Dans du vinaigre, croyez-moi.

C'est un mets délectable.

Pour des crustacés, Ce n'est point assez.

Joignons-y des épices ; Nous les mangerons.

Et nous chanterons :

Vivent les écrevisses!

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