L'AUTOMNE
Air : Depuis longtemps j'aimais Adèle.
Déjà l'automne maladive Du temps précipite le cours , Chassant la saison fugitive De la jeunesse et des amours.
J'ai vu mourir les fleurs nouvelles, Jaunir l'ombrage du bois vert ; J'ai vu s'enfuir les hirondelles :
Printemps, adieu; salut, hiver.
Plus de romanesques voyages Où le hasard guide nos pas ; Plus de joyeux pèlerinages Que Lisette n'avoûrait pas !
Mais près du foyer sédentaire, Réglant nos droits et nos devoirs, Nous allons réformer la terre :
Longs jours , adieu ; salut , longs soirs.
Des souvenirs de la jeunesse
Nous avons une ample moisson ;
Chacun de nous à sa maîtresse
Dit adieu dans une chanson.
Mais le temps , qui flétrit les roses ,
Des fruits amène la saison ;
Laissons les mots, pensons aux choses.
Plaisirs, adieu; salut, raison.
L'âge survient , l'âge nous chasse; Après nous nos fils vont venir ; Sans regret de tout ce (pii passe , Portons nos yeux vers l'avenir.
Et si quelque image chérie Parfois revient nous émouvoir, Ne pensons plus qu'à la patrie!...
Regrets, adieu; salut, espoir.