LA BERGÈRE ET LE MONSIEUR
a) Eh ! bonjour, la belle.
— ■ Eh ! bonjour, monsieur.
— Que fais-tu seulette Dans ce bois touffu ?
— Assise sur l'herbette.
Je garde mes moutons ; Je fleuris ma houlette Toute pleine de fleurs.
— Sont-ce donc là, la belle, Des amusements ?
Étant si jolie,
N'as-tu point d'amant?
— Que dites, pécaire !
Ah ! qu'avez-vous nommé ?
Et jamais ma mère Ne m'en avait parlé.
— Je sais que ta mère Ne t'en parle pas, Mais ton cœur, la belle, Te le dit tout bas.
— Moi, je crois, pécaire ! Que vous perdez l'esprit.
Un cœur qui est sans langue Peut-il avertir?
— Un cœur se fait entendre Sans langue et sans voix ; La bergère aimable Entend quelquefois.
— Dans ce vert bocage Las ! je n'entends rien Que le doux ranaage Du rossignolet.
— Tes paroles m'accablent, Me mettent à la mort, Bergère agréable,
Vois mon triste sort.
— Que pourrait-on faire A un si grand mal ?
Il y a tout ce qu'il faut.
— Mais ton chien, la belle, Est plus humain que toi,
Il flaire ma place S'assied auprès de moi.
— Il a la langue fine, Il sent des croûtons; Pour cela, pécaire !
11 est prèsde vous .
Auvergne. — Herm^nn, Les Provinces (article publié dan le Vœu National de Grenoble en octobre 1851.
ù) Din lo rebeiro do Licha
Gayo berdziero leï tsantavo.
Un boun mouchur vèt à pacha Per un blanc mou lo chaludavo.
Adiou berdziero, adiou mamour D'en boun mati té ché levado.
Mouchur, oouro n'eï pas mati Que n'eï bien claro matinado.
En tout parlant, ou tout raillant Toudzour lou mouchur ch'approulsavo.
Mouchur, vous approutia pach tant Que moun bouyer eï din lo prado
Que vous dourio de ragulliado.
léou n'aï pas "poou de ton bouy,er Ni mai de cho grande aguUiado.
Toun bouyer n'o loous pés terrous A mai las tsaouchas roujadoujas.
Mouchur vous chè bé da tsaval Mai ij'avés las bottas mouilladas.
Mouchur que leï pachavas fa
La vous chias pas eital mouilladas.
Adiou berdziero, adiou mamour, Lou boun Diou vous fayio chadzo.
Maï vous, mouchur, vous fajio chadzé.
Traduction : Dans la vallée de Lissac (village de Tarrond '. deBrive) — joyeuse bergère y chantait.
— Un bon monsieur vient à passer, — par un blanc (gracieux ?) mot la saluait. — Adieu, bergère,adieu mamour, — de bon matin tu t'es levée.
— Monsieur, à présent il n'est pas matin, — cari) est bien claire matinée — Tout en parlant, tout en raillant^ toujours, le monsieur s'approchait.
— Monsieur ne vous approchez pas tant, — car mon bouvier est dans la prairie, — il vous donnerait de l'aiguillade. — Je n'ai pas peur de ton bouvier — non plus de sa grande aiguillade. — Ton bouvier a les pieds terreux — et les chausses pleines de rosée. — Monsieur vous êtes bien à cheval — et vous avez les bottes mouillées. — Monsieur, pourquoi y passiez-vùus ? — vous ne vous les seriez pas ainsi mouillées. — Adieu bergère, adieu mamour, — le bon Dieu vous fasse sage. — Et vous aussi, monsieur, qu'il vous fasse sage.
Airondi.ss 'niiMil de Biivp (Corrèze). -- Comm. par M. G. ili^ Lt'-pinav,