CXXXVIII. LA FILLE ENFERMÉE
(Voy. tome 1, p. 290.)
Un bra-ve ca-pi-tai-ne Re-ve-nant de Vienne
Cher-chait ses
mours ; Les a tant cher
chées Qu'il les a donc trouvées De- dans u - ne tour.
Un brave capitaine Revenant de Vienne Cherchait ses amours ; Les a tant cherchés Qu'il les a donc trouvés Dedans une tour.
— Eh! dit' mé donc, Mamzelle, Qui qui v'z'y a fait mettre Dedans cette tour'?
— C'est mon pèr', dit-elle, Qui m'y a fait mettr'
Par rapport à vous.
— Grand sénéchal de France, Vot' fill' ail' demande Quand qu' ail' sortira *?
— Brave capitaine,
N't'en mets point zen peine Car tu n' l'auras pas.
— Grand sénéchal de France.
Prépare ta lance
Et ton espadon; .le l'aurai par terre, Je l'aurai par mer Ou par trahison.
Version recueillie eu Normandie.
GXXXIX. LE MARI CRUEL (Voy. tome 1, p. 292.)
N'en soun très fre-ros,
N'an u - no
fe^
sur à ma - ri - er. N'en soun très fre - ros
N'an u - no sur
ma - ri
er.
N'en soun très freros } bis N'en soun très freros \ N'an uno sur a marier./
bis
Lan marideyo
Cinquanto legos lueneh d'eici.
L'an fach douna un homme Lou plus marri d'aqueou pais.
L'a tant batteyo
Hue tout soun sang il a versé. Très chivaliers n'a vis veni
— N'ai uno sémiso
lou la voudriou anar lavé.
— Anas, vilèno,
Prenez gardo dé trop resté.
Dou temps que lavo
Li lou paravoun
Emé uno bassino d'argent.
Que li ressembloun, Ses très freros de Paris.
— Damo vilèno, Ello s'entourno
Vaqui lou vin que n'en buourés. N'en ven averti soun mari.
— Mon ami Pierre — Moun ami Pierre
Buvez lou, vous que n'ai pas se. Très chivaliers n'ai vis veni,
— Damo vilèno,
Prenez gardo dé trop parlé.
Que me ressembloun, Mes très freros de Paris.
— Ma mio Jeanno
Prenez les claous de moun casteou.
V'anarez mettre
Tout ce qu'avés de plus beau. —
N'en pren l'escoubo
Ello s'es mésso à escoubar.
Don temps qu' escoubo
Ses très freros sount arribas.
— Dijas, servanto,
Ount' es la dame dou castéou?
— Siou la servanto
Emé la damo dou castéou.
— Ma bouono soueré Ount' es ana vouesté mari?
— Es ana en casso N'en tarzara pas de véni.
— N'es pas ana en casso
Ses très chins blancs n'en soun aqui. —
Duerboun lés pouertos, A la troisièmo l'an trouvé.
A coou d'espeyo Aquito l'an assassiné.
— Mes bouens très freros, Aguès pitié de ses enfants.
N' y aura un prince L'aoutré se fara capelan
Et la filletto
La mettren dedin un couvent.
Traduction. Ils sont trois frères — ils ont une sœur à marier. — Ils font mariée, — cinquante lieues loin d'ici ; — ils lui ont fait donner un homme — le plus méchant de ce pays. — Il l'a tant battue — que tout son sang il a versé; — on le recueillait — avec un bassin d'argent. — Dame vilaine, — voilà le vin que vous boirez. — Mon ami Pierre, buvez-le, vous, car je n'ai pas soif. — Dame vilaine, — prenez garde de trop parler. — J'ai une chemise — je voudrais aller la laver. — Allez, vilaine, — prenez garde de trop rester. — Pendant qu'elle lave — trois chevaliers elle a vu venir, — Qui lui
ressemblent, — ses trois frères de Paris. — Elle retourne, — elle vient avertir son mari. — Mon ami Pierre, — trois chevaliers j'ai vu venir, — qui me ressemblent, -- mes trois frères de Paris. — Ma mie Jeanne, — prenez les clefs de mon château; — allez-vous parer — de ce que vous avez de plus beau. — Elle prend le balai, — elle s'est mise à balayer. — Pendant qu'elle balaye, — les trois frères sont arrivés. — Dites, servante, — où est la dame du château? — Je suis la servante — et je suis la dame du château. — Ma bonne sœur, — où est allé votre mari? — Il est allé en chasse, — il ne tardera pas de revenir. — Il n'est pas allé en chasse, — ses trois chiens blancs sont là. — Ils ouvrent les portes, — à la troisième, ils l'ont trouvé; — à coups d'épée — ils l'ont assassiné. — Mes trois bons frères, — ayez pitié de ses enfants; — il y en aura un prince — l'autre se fera prêtre ; — et la fillette nous la mettrons dans un couvent.
Environs d'Aix (Bouches du Rhône). — Poés. pop. de la France, Mss. de la B. N., t. III, f" 264.
Cette même version de la Lozère que nous avons reproduite dans notre tome I, p. 202, d'après les Mémoires de la Société des Antiquaires, 1829, a été insérée par MM. Chainpfleury et Weckerlin, dans leurs Chansons des Provinces de France, 1SIS0, p. 27, sans indication de source. De plus, ces Messieurs, laissant de côté le texte patois, en ont donné une traduction française, ce qui pourrait faire croire que cette chanson se chante en français dans la Lozère. Ce qui n'est pas.