PAR PIERRE DE NAVARRE
1 Tons compaignons avanturiers, Qui sommes partis de Lyon Pour aller sur la mer salée , Pour acquérir bruit et renom , £n Barbarie nous irons Contre ces mauvais mécréans ; Mais devant que retournions, Nous leur aurons donné mal an.
2 Le comte Petre de Navarre Du roi a la commission
De mener sur la mer grant guerre Et amasser des compaignons.
Le tour qui nous fist n'est pas bon, Car nous sommes très mal nourrys.
Pour Tamour du roy Tenduron, Puisque la foy luy ons promis.
3 Nous en irons à la Homaigne, Par devant le pape Léon,
Qui nous donra la pardonnance, Car autrefoys servi Tavon.
L'année qui vient, nous espérons Que sur la terre aura bon bruyt.
Jamais sur la mer nous n^yrons, Si réchappons ce coup icy.
4 Quant m'y souvient de la poulaille Que mangief doutions sur les champs, En vuydant barris et boteilles,
En nous y donnant du bon temps.
Et nostre hosle allions bâtant Quant ne nous donnoit de bon vin ; Cher nous est véiidu maintenant, Manger il nous faut du biscuit.
5 Nous estions vingt et troys galères Au port de Ligome arrivez ;
Et si estions grant compaignie, N'avions ne maille ne denier.
En jouant les cartes et les dez Nostre argent nous est bien feilly, Les poux que j^avons amassez De les tuer c'est bon déduit.
CHANSON
DES AVANTURIERS DE FRANCE SUR LE DÉPART DU ROI POUR LA CONQUÊTE DU MILANAIS.
1 Le roy s*en va delà les mons, Le roy s'en va delà les mons.
Il menra force piétons ,
Ils iront à grant peine, L'alaine, Talaine, me fault Tulaiiie.
2 Les Espaignolz noui vous lairrons^ Les Espaignolz nous vous lairrous ;
Le roy de France servirons ; {bi$)
Nous en avons la peine»
L'alaine, etc.
5 A noz maizons a ung mouton,
A noz maisons a ung mouton ;
Tondre le fault en la saison (bii)
Pour en avoir la laine^ L*alaine, etc.
4 M'amie avoit nom Jhaneton, M'amie avoit nom JhaHeton ;
Point n'y avoit de laine, L'alaine, etc.
'5 Celuy qui fist ceste chanson, Ce fust un gentil compaignon
Vestu de laine.
L'alayne , Talaine, my fault Talaine I
TTI
SUR LA BATAILLE DE MARIGNAN. \ -Y). - '
Chanson nouvelle des Sur/ces sur la bataille de Marignan,
et sur la teneur de : Venez au pont de pierres ,
Brughelins et Gantois,
1 Seigneurs, oyez des Suyees Qui tant font du grobiz, Ils ont laissié leurs lices, Leurs vaiches et brebiz , Yenanz pères et filz
Sur le franc roy de France.
L'argent du crucifix Les mist en ceste dance.
2 Ce fut quant pape Jule Les fist ses protecteurs, Les nommant par sa bulle Des princes domateurs , De rÉglise recteurs,
Et de la sainte ligue L^empire et les trompeui*s ; Au roy firent la figue.
5 Leur conductier se clame Cardinal de Syon, Qui fait bruyre sa famé Jusqu'au mont de Syon.
Il a fait maint sermon Pour unir ces beilitres , Tant qu^a trouvé façon D'avoir chappel et mittres.
4 Par Monferra passèrent, En Ast vindrent après.
Marraboys y trouvèrent , Bu vans nostre vin frès.
Eux ensemble à grans tretz En emplirent leurs gaves , S^ pour ravoir plus près Couchirent en noz caves.
9 En la povre Astesane Quatre mois embuscha La gent marrabesane , Maint bon homme y torcha.
Aux femmes n'attoucha , Montault scet de leur stille , Car ung d'eulx embrocha Le curé de la ville.
6 En la povre Astesane A mangié maint poullet La gent marrabesane Et baillié maint soufflet.
Piz est que ung, s'il vous plet, Caballieros grant maistre , Par faulte de mulet Yint chevauchier le prebstre.
7 D'Ast se partirent Suyces , Quant eurent rasibus Embourré leurs pellices De melons et cabus.
Or feront ragibus Sur le roy qui s'avaneé y Et feust il Belgibti»
Trouver Tyront en Franee.
S M y passer la montagne , M y inater Monceiiiz ; My brusler la Chan)|)agne, M y squarcer fior de liz , M y pigler San-Denyz, My scacer roy FranciM|ue M y voler qu'à Paris.
Tout spreke à la todisfiue.
9 Vers Piémont et Saluées S'add ressent à grans flotz , Garuiz de poulz et puces Mieulx que de cavalotz.
Leurs tabours et fiflotz Par tout ont ouverture ; Pynerol jusqu'à los En senty la poincture.
10 Ils ont prins le passaige , Mais mai Pont retenu , Car maulgré leur visaige Françoiz Pont obtenu.
Le roy deçà venu
Leur fist telle vesarde Que bien eussent vollu Tourner à sauvegarde.
11 A Yillefranche vindrent Marraboys joindre au pas, François là les surprindrent A rheure du repas.
Eschapper n'en sceut pas Seigneur Prospre, ienr mtlslre ; Lui et ses sattrapas Payeront la menestrc.
12 Suyees lors s'esinayre al , Si se sont dcsiogiez; Saigement se retûrent Tous ensemble arreiigiez.
Comme chiens enngiez Sur Chivas se vengièreot ; François les ont ebargtez, A Milan se cachièrent.
15 Soubz umbre de conecM-de Messaiges ont tramoMZ Au roy qu'il se reeorde Qu'iiz feurent bon «miz.
Ëncor le seront -Hz , Se pour argent ne reste , Si que tout fut reiaiz Et la peccune jpreste.
14 0 franc roy^ »e te fye
De ces Suyees, faulx gai's ; Car leur foy, je t'affye , Ne vault pas deux Jyars.
En jotiant de leurs «rs Ung tour la practicquèreni.
Du Milanois fringars Leur couraige monstréreot.
15 Trente mityouerliques, Oultre ceux de Milan, Yindrent , traynn^nt leurs pîcques ^ Tout droit à Marignao ,
Cuidans secrètement Trouver gaulx en siirprinse ; Mais on a ben souvent Oy corner sans prinse.
16 Sur le franc roy sallirent, Cornans comme vachiers , Françoys les recoeillirent A guise de bouchiers.
Landsknccts , aventuriers Si bien les enlardèrent Que le moins deulx entiei*s A Milan retournèrent.
17 Vingt mil et davantaige De ces Suyces mastins Sont remaiz en hostaige Autour de ces haultins.
PUis ne buvront noz vins, Gaulx ont percié leurs trippes , Au deable les quattrius Qu'ils eurent en leurs gippes.
18 Pour leur doeil plus accroistre , Deux mil d'eux, en fuyant, Feurent ars en ung cloitre , Cuidans estre à garant.
Pou feust le demourant Se le roy à sa gloire Ëust esté consentant De suyr la victoire.
19 Leur cardinal s'en tricque Qui remaint là son dan ^ Plus n'y vaull sa praticquc De preschier à Milan,
Laissant Maximian Defifendre la fprtresse ; Mais ne la tint pas Tan, Car trop eut grande oppresse.
20 Comme saige abandonne Chasteau, peuple et cité , Du roy qui lui pardonne Sera bien appoincté , Et par trop mieulx traicté Qu'en celle brouderye ; Oultre monts est troté Vers France et tyre vye.
fiv
SUR LA BATAILLE DE MARIGNAN
Chanson nouvelle de la journée /aicle contre les Suysses pour le
Irès'viclorieux roy de France Françoys /'*", ro^dece nom,
sur le chant de Gentil Promoguet.
1 Qui voua esmeut , Suysses , Venir contre la loix , Et branler droit vos picques Contre ung si noble roy ?
Vous feistes le pourquoy.
Avez perdu la gloire ; Gens sans droit et sans foy Jamais n'auront victoire.
2 Orgueil et avarice Vous ont rendu confus , Quant de paix et jusiicc Avez fait les reffiis.
On cognoit les abus Qu'avez fait contre France; Mais Dieu, qui est lasMis, En a fait la vengence.
5 Mal feistes le devoir, Attendu la richesse Que vous deviez avoir Pour tuer la noblesse De France, qui vous blesse, Et met en déshonneur.
Gens faillans de promesse Jamais n'auront honneur.
4 En criant : France^ FjiaBce ËnteiicUslçs la voix
Et sentistes la lance Do iiot>l« <^y Ft'aDçoys, QvÀ ebftrg«a plusieurs ioys Sur vous d'estoc , de taiHe , Tellement que deux fois Perdistes la bataille.
5 Mieux eut valu la ftiAyre Pour ter pour voz harn^ys Que crier : Kme^bêirt i Et mourir soubz vqz l)oys , Le jour de Saincle-Cioix.
On dira pour mémoy^e Que contre les Fiao^ys Perdistes la victoire «
6 En tout est abolye La réputation
De vous en Ilalye
Et aultre nation.
Le cardinal Syon
A faiHy à son compte j
Mais pour solution
Après orgueil vient honte.
7 Suysses et Cantons , Bien estes escornez , Cbanté!i en âlvers tons Pour vos mors et cornez ; Car bras, testes , corps, nez Furent hachez d'espée.
Ceux qui ne sont pas nez Maudiront la journée.
8 Vous Vous ôkki dompteurs Des princes et deii roys; Vous este» grans vanteurs Et fiers, plain de detroys.
Trop vous ont les Françoys Nourris et supportez , Mais par le roy Frauçoys Vous estes bien domptez.
9 Françoys , roy magnifique ^ Prince victorieux^
Qui maint canon et pioque Avez veu de vos yeulx # Rendez grâces aux cieulx Dont vient toute victoire; Tousjours serez heureulx Se à Dieu donnez gloire.
3« CHANSON
SUR LA BATAILLE DE MARIGNAN
Chanson det Aventuriers »ur Us Suisses.
On lit dans Brantôme, Discours xlv, art. de François pf :
«c Une chose rare et peu advenue advint en ceste ba- » taille , car les Suisses ne se contentans du combat du » jour précédent, que la nuit par trop tost avoit inter- » rompu et que François et eux estoient logez et couchez » quazi peslc mesie, de fort grant matin vindrent à re- » commencer et à donner mieux jusques à nostre artiU » leric ; mais ils furent si bien receus des nostres qu'ils » furent bravement repoussez et taillez en pièces sur le )• champ environ dix à douze mille; et le reste se sauva » comme il peut avec leur général, le cardinal de Sion : » en quoy ils ne firent ce qu'en dict une vieille chanson » des adventuriers de ce temps :
De Milan par un homme , Tout droict à Marignan Vous aurez la bataille.
Ouy, sire, en bonne foy, J'ay veu partir les Suisses En vous fort menaçant, Traisnant, branlant la picque, Pour tuer tout, vous et vos gens. »
Vl/
h^ CHANSON
SUR LA BATAILLE DE MARIGNAN
La Guerre, par Jannequin.
1 Escoutcz , escoutez Tous, gentilz Gallois, La victoire du noble roy Françoys, Du noble roy Françoys ; Et orrez (si bien escoutez)
Des coups ruez De tous costez, dé tous costez, Des coups ruez de tous costez.
2 Soufflez, jouez, soufflez tousjours, Tornez, virez, faictes voz tours, Phifrez, soufflez, frapez tabours, Soufflez, jouez, frapés tousjours, Tornez, virez, faictes voz tours, Phifrez, soufflez, frapez tabours, Soufflez, jouez, soufflez tousjours
2 Tonnez, tonnez, bruyez, tonnez, Gros courtault et faulcons, Pour resjouyr les compaignons, Pour resjouyr les compaignons, Les com, les com, les compaignons.
Von, von, von, von, Von, von, von, von, Paripatoc, von, von, von, von, von, von, Paripatoc, von, von, von, von, von, von.
5 Farira, rira, rara, laie, Farira, rira, lala, lala, lale^ Tarira, rira, lala, lala, lala, laie, Lalala, lalala, lalala, lalale,
Pon, pon, [H)n, pon, pon^ pon, Masse, masse, ducque, ducque, lala, lala, Lalala, lalala, alala, lalala.
Donez des horions, pati, patac.
Tricque, trîcque, tricque, trique, Tricque, tricque, tricque, tricque.
Trac, tricque, tricque, tricque.
Chipe, chope, torche, lorgne^ Chipe, chope, serre, serre, serre.
^ Ayenturiei*s, bous compalgnûn!^, Bendez souhdain gentilz Gascons, Nobles, sautés dans les arçons, Armés, bouclés, frisqiies et mignons^ La lance au poingt, hardiz et pronti.
Donnez dedans, Frapés dedans, Soyez hardis En joye mis , Chascun sa saison !
5 La fleur de lys, fleur de hanlt pris, Y est en personne.
Alarme, alarme, alarme, alarme, Suivez tous le roy
Françoys; Suyvez la couronne, Sonnez, trompetes et clarous Pour resjouyr les compaignons. [ter,]