NOTICE
Les événements du règne de Louis XII ont été le sujet d'un certain nombre de compositions poétiques. Mais ce sont plutôt des œuvres savamment élaborées par les rimeurs officiels de cette époque , que des chansons échappées à la verve plaisante et satirique de la nation : aussi je n'ai pas dû les faire entrer dans mon recueil, et je me suis contenté de les signaler dans mes indications bibliographiques. Cependant , déjà vers cette époque on commence à rencontrer les traces de ces chansons populaires composées par les soldats aventuriers de France et qui deviennent si communes pendant le règne de François P' et celui de son fils. Ainsi , Brantôme nous a conservé un couplet de celle qui fut chantée , en 1515, après la déroute de Novarre; et j'ai pu reproduire la ballade caennaise qu'un certain Pierre de La Longue, écolier de cette ville, a faite contre les Lansquenets que Louis XII avait pris à son service. Quant à la ballade sur la reddition de Gènes , c'est Tœuvre de Jean d'Auton, chroniqueur officiel du roi Louis XIL L'auteur nous apprend lui-même dans quelle circonstance elle a été écrite : « En Ast se reposoit le roi
» lors ; et lui un jour, se sentant délibéré , dit quMl se
. » vouloit essayer en son harnois et chevaucher un des
» coursiers de son écurie pour s'en aider à'ia bataille,.
M laquelle chacun espéroit Tandis qu'il âe faisoit
» armer, je dépliai mon papier, et m'approchant de lui » et lui dis : « Sire, j'ai fait une petite ballade touchant les » Genevois {Génois); s'il est vostre plaisir de l'ouïr, je » l'ai ici. » Lors me commanda que je la lusse ; ce que je » fis comme s'ensuit (1). »
Le même chroniqueur a composé différentes poésies, épitres , rondeaux , lais ou ballades sur les événements du règne de Louis XII. Ce ne fut pas le seul, et Jehan Marot, André Delavîghe, Saint Gelais et d'atitres poètes moins contins se sont exercés sur le même sujet. Anne de Bretagne^ femme de Louis XII, a été principalement exaltée par ces poètes. La chanson en vingt-quatre couplets que Jehan Le Maire de Belges a consacrée à la convalescence de cette princesse , est un modèle de ces sortes de compositions. Mieux inspiré que de coutume, Jehan Le Maire a rencontré dans cette pièce, beaucoup trop longue, quelques traits poétiques. A vrai dire, Anne de Bretagne fut une princesse digne en tout point d'inspirer de pareils éloges. Pleine de grâces , pleine de vertus, elle apporta sur le trône toute l'élévation d'âme, toute la bonté de coeur qui font les grands princes; elle mérita de partager le sceptre avec celui qui fut surnommé le Père du peuple.
Les deux petites pièces de Jehan Marot n*ont jamais té imprimées. Elles nous révèlent un fait de sa vie qui n*était pas encore connu.
(1) Chroniques de jeean d'Aulon , publiées pour la première fois en entier, etc , p^ L. Jacob, bibliophile. Paris, 1S36, in-8% t. m, p. 288.
Si je n*ai pu trouver qu'un petit nombre de pièces ayant rapport au règne de Louis XII, en récompense, je suis parvenu à réunir sur celui de François P*^ des do~ cumonts aussi multipliés que remplis d'intéréL Le^ chansons que je publie relatives à cette époque s'élèvent à plus de quarante , et j'en indique beaucoup d'autres que je n'ai pas cru devoir faire entrer dans mon travail. Aucun des événements remarquables du règne de Fran* çoisp*^ n'est passé sous silence, et plusieurs de ces évé-' nements sont appréciés sous un jour tout nouveau. Ainsi , la victoire de Marignan , le siège de Mézière^, k défaite de Pavie et la captivité du roi, la trahison du connétable de Bourbon, les querelles longues et sanglantes de François 1^' et de Charles-Quint, sont tour à tour célébrés dans ces chansons.
Près de la moitié des pièces qui vont suivre se dis-» lingue par un caractère particulier, celui que j'ai assigné précédemment aux chansons populaires. Elles sont l'œuvre des soldats aventuriers^ ces enfants perdus de nos armées au xvi* siècle, ceux là même que le connétable de Bourbon entraîna avec lui dans ses grandes expéditions. Brantôme, qui avait connu personnellement plusieurs chefs de ces bandes indisciplinées, en parle de la manière suivante *. « D'autres les ont appelez advanturiin de n guerre tirez delà les mont z,eiàussi que tels les trouve- » rezvous mesme8,danslesvieuxromaiisdu roi Louis XII » et du roi François premier, au commencement; et peints » et représentez dans les vieilles peintures, tapisseries et » vitres de maisons anciennes; et Dieu sçait comment y représeniez et habillez plus à la pandarde vrayement, » comme Ton disoit de ce temps, qu'à la propreté, por- M tans des chemises à longues et grandes manches , » comme Bohèmes de jadis on Mores, qui leur duroient
» vestiis plus de ueux ou trois mois sans changer, ainsi tt que j'ay ouy dire à aucuns ; monstrans leurs poitrines » velues, pelues et toutes descouvertes ; les chausses plus » bigarrées, découpées, déchiquetées et ballafrées, et la » plupart monstroient la chair de la cuisse , voire des » fesses (1). »
François !•' avait été obligé d'employer ces troupes indisciplinées pendant les guerres dltalie. Elles ne tardèrent pas à devenir un véritable fléau pour la France ; et, comme les Boutiers des xn* et xiii* siècles, et les Grondes Compagnies du xiv* (2), elles ravagèrent plusieurs de nos provinces. La Normandie eut principalement à souffrir de leurs désordres et, dès Tannée 1525, une ordonnance royale avait été promulguée dans le but de les arrêter. Cette ordonnance parle des aventuriers avec plus de mépris encore que ne le fait Brantôme : « Et par les dites longues gueiTCs, y lit on, se sont le- » vez quelques advantvritrs, gens va^abondz, oiseux, » meschantz, flagitieux, abandonnez à tous vices, lar- » rons , meurtriers , rapleurs de femmes et de filles , » blasphémateurs et renieurs de Dieu , cruelz , inhu • » mains, immiséricordieux, faisants de vice vertu, loups M ravissantz, faictz pour nuyre à chascun, ne voulantz, » ne sachantz nul bien ne service faire ; coustumiers de » manger et dévorer le peuple, le desnuer et despouiller » de tout son bien , perdre , gaster et dissiper tout ce » qu'ilz trouvent, battre, mutiler, chasser et mettre le » bonhomme hors de sa maison ; tuer, martyriser noz « pauvres subjectz, et leur faire plus d*oppresse, de vio-
(1) Capitaines françols, t. m, p. 944.
(2) Voyez , au sujet des Routiers du xu* siècle et des Grandes Compagnies , deux articles de la Bibliolhèque de l'École des Chartes, de MM. Geraad et Freville, t. m, p. 126 et 258.
•* lence etcriiaulté que nulz ennemiz, fussent-ils Turcz M et infidèles, ne voudroieut faire ny penser (1). »
Comme on doit le croire , de tels hommes n'ont apporté, dans les chansons qu'ils consacraient au récit de leurs exploits , ni beaucoup d'art, ni beaucDup de délicatesse. Eu revanche, ils ont toujours présenté un tableau fidèle des événements dont ils parlaient. Au point de vue historique , il est juste d'accorder à ces chants populaires une certaine valeur. Ils peuvent servir à Téclaircissement d'un fait ignoré ou mal connu. Comme exemple, je citerai la seconde des chansons , relative au règne de François P', qui se rapporte au capitaine Pierre de Navarre.
Menacé par une grande partie de l'Europe, le roi n'hésita pas à employer tous les moyens pour résister à la ligue redoutable formée contre lui ; c'est pourquoi il fut heureux de pouvoir engager à son service Fun des chefs d'aventuriers les plus célèbres de ce temps , le comte Pierre de Navarre. Après avoir été long- temps à la solde de l'Espagne et rendu de grands services à cette puissance contre les Maures d'Afrique , Navarre fut fait prisonnier à la bataille de Havenne, en 1512 ; il languit pendant deux années. Soit dédain, soit tout autre motif, Ferdinand refusa de donner un seul ducat pour le racheter : aussi le capitaine accepta-t-il avec empressement les offres de François I". Brantôme a consacré à Pierre de Navarre une page curieuse.
« Les Espaignols pour lors parloient de luy de oesta » façon : « Ce comte Pedro de Navarre esloit un homme M qui avoit atteint de grands honneurs en guerre, pour
(1) Floquet, Histoire du Parlement de NormaDdie, t ii, p. 21 , au sujet des Aventuriers. Voyez aussi Rabelais, Gargantua, Uvre I, cbap. xxvi.
» une finesse estrange, art et singulière façon à prendre »> places y sans pourtant qu'il eust autrement aucune » splendeur de lignage. »
» Voilà comment ils en parloient; et pourtant luy » donnèrent le titre de comte et de don. Prenez le cas » qu'il ne le fust de race, mais il Testoit par sa valeur » et ses mérites. Je Tay ainsy ou y dire aussi à M. de » Montluc que les Espaignolz le tenoient ainsy, possible » de despit qu'ils eurent contre luy de quoy il les avoit » quictez, et pris le party des François; car il n'y a gens » au monde qu'ils hayssent plus qu'un révolté et le » deschiffrent le plus et en disent plus de mal. Maïs . » qu'eust-il faict, le pauvre diable ? Le voylà pris, le voilà u confiné en une prison et puis mis à rançon. Jamais son » roy ne luy voulut donner un seul ducat pour le rachep- » ter. Voylà le roy Françoys qui le void désespéré et » mal content, luy offre la délivrance de sa rançon et » prison» et le prend à son service. J'ay ouy dire que le » roy Ferdinand n'en fist plus cas, le soupçonnant qu'il » n'eut pas bien faict en ceste bataille, ou qu'il eut joué » ce jeu exprès pour faire perdre la bataille ; et pour ce, » le quicta là et le desdaigna. Son avarice en fut bien » aussy la cause. Tant y a que le roy ne se repentit point » de se servir de luy en plusieurs bons endroictz, comme » à la prise du chasteau de Milan , où il cuyda mourir » soubs la mine et les pierres qui le couvrirent tout, non » sans grand danger de sa vie (1). »
D'après la chanson faite par les aventuriers et que j'ai placée avec raison, je crois, sous l'année 1515 (2), Fraii çois I®"* commença par donner à Pierre de Navarre lo
(1) Brantôme, Capitaines étrangers, 1. 1 des Œuvres corn • plètes, in-8% p. 93.
(2) Voir la chanson , n* vu
commandement de dix mille aventuriers gascons que ce dernier fit embarquer à Lyon pour aller, soi-disant, combattre les Infidèles. Notre chanson seule parle de ce fait, qui n'est pas sans importance. H semble être con* firme par œ passage d'une lettre qu'écrivait à ses alliés le roi Ferdinand, en les engageant à se méfier du nou* veau roi de France et des préparatifs de guerre qu'il faisait : « Est-ce pour défendre la Bourgogne qu'un train » immense d'artillerie défile dans le Lyonnais et gagne » insensiblement les montagnes? Est-ce encore pour dé- » fendre la Bourgogne, que PAllemagne lui fournit jus- » qu'à dix mille Lansquenets^ que le duc de Gueldres lui » rassemble dans ses états six mille fantassins d'élite, » que Pierre de Navarre^ mon sujet rebelle, vieM jus^ » que sur les frontières de mon royaume leur dix » mille Gascons ou Basques (i) ? »
Un pareil témoignage donne encore plus d'intérêt et de piquant aux faits qui nous sont révélés par cette chanson.
CHANSONS
SUR LA BATAILLE DE MARI6NAN
Le roi Ferdinand n'avait pas tort , car aussitôt que François h' eut rassemblé les troupes nécessaires, il se prépara à reconquérir le Milanais. Il passa les monts, et battit les Suisses qui étaient chargés de les défendre» Enhardis par ce premier succès, les Français continuèrent leur marche et se rendirent maîtres d'une grande partie du Milanais. Ils avaient à leur tête un roi jeune
(1) Histoire de François I"*, par Gaillard , 1. 1, p. 127.
et hardi , pleio de conflance dans son année, qai était eondoite par de Taillants capitaines. Bayard, La Trémoille, Montmorency, le connétable de Bourbon, La Palice marchaient à cdté de François I^. Cest pourquoi les ÀYenturiers qui accompagnaient Tannée répétaient la chanson qui commence ainsi (i) :
Le roi s*en va delà les monts (&t#)y n menra force piétons , Ils iront à grant-peine.
L'aleine, Taleine, me fault Taleine.
Le roi rint camper sons les mors de Marignan ; c'est 1 à qu'après avoir été sur le point de conclure la paix, il lut attaqué par les Suisses, dont le cardinal de Sion avait ranimé le zèle et qu'il avait poussés de nouveau au combat.
François I«' accueillit avec joie l'occasion d'une grande bataille, et vit bientôt toutes les chances tourner en sa aveur. Il se comporta vaillamment ; car, ainsi que Ta dit Brantôme, « n*ayant pas encore vingt-deux ans, il y fit u si grandes appertises d'armes que jamais on ne vit » mieux faire en combattant. Il s'y mêla si bien qu'il y » fust en grand danger, car sa grande buffe luy fut per- » cée à jour d'un coup de pique (2). »
Ou sait que la nuit ayant surpris les combattants, ils couchèrent tous pèle mêle. Les Suisses, aux {nremiers rayons du jour, s'étant précipités de nouveau sur l'artillerie française, furent vigoureusement repoussés. Environ dix à douze mille restèrent sur le champ de bataille ; les autres se sauvèrent avec leur général, le cardinal de Sion , « en quoy, remarque Brantôme , ils ne firent
(1) Voir la chanson , n* ii.
(3) Capitaines françois, 1. 1, p. 225, édit. in-8*.
a ce qui est du dntis une chanson des advanturters de ce u temps, » dont il nous a conservé un couplet.
Surpris par la nuit au milieu de ses hommes d*armes, François I^*" coucha sur le timon d'une charrette, trouva quelques heures de sommeil , et le lendemain fut aussi frais et disposé à mener les mains comme auparavant^ ainsi quHl le fit bien paraître.
La victoire que les Français remportèrent à Marignan eut beaucoup de retentissement dans les différentes cours de TEurope, et Ton conserve aux Archives du royaume une lettre de l'ambassadeur de France en Angleterre dans laquelle ce dernier rapporte qu'à la nouvelle de cette bataille Henri YIII ne put cacher son dépit , et même qu'il versa des larmes.
Des poésies de toute nature, mais principalement plusieurs chansons, furent composées sur la bataille de Marignan. Ainsi , outre les trois pièces que je publie , je cite le couplet d'une chanson faite par les Aventuriers, le seul que Brantôme nous ait conservé. De même dans le recueil intitulé Galanteries des rois de France^ attribué à Sauvai, il est dit, en parlant de la mort de Mademoiselle de Limeuil , fille d'honneur de la reine Catherine de Médicis, qu'elle se faisait répéter la Défaide des Suisses (1). Enfin, il ne serait pas impossible do
(1) Quand Theure de sa fin fut venue , elle fit venir son valet appelé Julien; celuy-cy, entr'autres talens, jouoit parfaitement du violon: • Julien, luy dit-elle alors, prenez votre violon et sonnés moy toujours , jusqu'à ce que vous me voyiez morte , car je m*y en vais , la Defl[aite des Suisses. £t quand vous serez sur le mot : Tout est perdu ^ sonnez le pas quatre ou cinq fois le plus piteusement que vous pourrez. » Ce que fit Julien , et elle-même luy aidoit de la voix ; et quand ce vint Tout est perdu , elle réitéra par deux fois et , se retournant de l'autre coustés du chevet , elle dit à ses compagnes : • Tout est perdu à ce coup. » Et à bon escient, car elle décéda à l'instant. (Anecdotes secrètes et amoureuses de la cour de France, depuis 1200 jusqu'en 1600, par Sauvai. Manuscrit)
retrouver encore d'autres pièces relatives au même sujet.
Des trois chansons que j'ai réunies sur la bataille de Marignan, la première est Tœuvre de Jean-George Alione d'Asti , qui florissait dans les dernières années du xv« siècle et au commencement du xvi'. Ce joyeux chanteur consacra ses veilles ^ la composition de farces populaires, moitié françaises, moitié italiennes. Il écrivit aussi plusieurs petits poèmes et quelques chansons en français , destinés à célébrer )es victoires des seigneurs d'Asti, sa ville natale, qui n'étaient autres que les rois de France, devenus possesseurs de ce comté en 1589, par le mariage de Yalentine de Milan avec Louis dX)rléans, second fils de Charles Y.
Alione expia par une assez dure captivité la licence de quelques-unes de ses poésies; aussi la plus remarquable de ses œuvres est consacrée à la liberté. C'est une pièce de vers qui commence ainsi :
Il n'est estât plus digne en lieu terrestre Que liberté
Les œuvres d' Alione sont de la plus grande rareté. M. Brunet^' notre habile bibliographe, en ayant acquis un exemplaire, réimprima ces œuvres en 1856 (1), et c'est d'après celte réimpression que je donne la chanson sur la bataille de Marignan.
La seconde pièce, composée par les Aventuriers de Tarmée française, se trouve dans un recueil de chansons imprimé dans la première moitié du xvr siècle, et dont
(1) Poésies françaises de J.-G. Alione (d'Asti) , composées de 1494 à 15?0, publiées pour la première fols en France, avec une notice biographique et bibliographique, par J.-C. Brunet; Paris, Silvestre, 1836, ln-8*. Goth.
le libraire Techeiier a donné une édition tirée à soixanteseize exetnpfalres en 1855, dans sa Collection de joyeusetez, facéties et folâtres imaginacions, etc. Cette pièce est à la fin du recueil intitulé la fleur des chansons. La troisième chanson est extraite d*un livre fort curieux dont voici le titre :
LE DIFFICILE DES CHANSONS. PREMIER LIVRE, CON- TENANT XXII CHANSONS NOUVELLES A QUATRE PARTIES, EN QUATRE LIVRES, DE LA FACTURE ET COMPOSITION DE MAISTRE CLÉMENT JBNNEQUIN. IMPRIMÉES NOU- VELLEMENT A LYON PAR JACQUES MODERNE, DICT GRAND JACQUES, DBMOURANT EN RUE MERCiÈRE, PRBS NOSTRE-DAME DE CONFORT.
Ce litre est suivi de la table des chansons, et la dixseptième , intitulée la Guerre , est celle que je publie. De chaque côté de ces mots, la Guerre, sont figurés deux petits canons. Le volume, composé de trente et un feuil-^ lets, a la forme d^un petit in-40 oblong tout à fait pareil à nos albums actuels. Chacune des chansons est accompagnée de la musique, et c^est principalement celte musique qui donne de Timportance aux paroles^ assezinsignifianlcs,queJennequin a jointes à son œuvre. Pendant le xvp siècle , celte chanson de la Guerre eut beaucoup de célébrité. On se plaisait à Tentendre répéter; ainsi, Noël Dufail, seigneur de La Hérissaye^ qui écrivit dans la seconde moitié du xvi* siècle son livre intitulé : Les Contes et Discours d*Euirapel (1), dit à ce propos les paroles que voici : « Comme , par » exemple , quand Ton chantoit la chanson de la » Guerre^ faite par Jennequin, devant ce grand roi » François, pour la victoire qu'il avoit eue sur les Suisses,
(1) Les Coules et Discours d'Eutrapel, par le feu seigneur de La Hérissaye, gentilhomme breton, 1585 ; Rennes, in-8\
M il n*y avoit celuy qui ne regardast si son espée tenoit » au fourreau, et qui ne se haussas! sur les* orteils pour » se rendre plus bragard et de la riclie taille (1). »
Je dois à M. Giraud la communication du rare et curieux volume des chansons de Jennequin, dont il a bien voulu m'autoriser à reproduire aussi la musique.
CHANSONS
SUR LA LEVÉE DU SIÈGE DE MÉZIÈRES PAR LES IMPÉRIAUti ÉLOGE DU CHEVALIER BAVARD.
Vers la fin de Tannée 15âl, la ville de Mouzon ayant été surprise par les Impériaux, le comte de Nassau, qui marchait à leur tête, résolut de sVmparer de Mézières. Il espérait par ce moyen se Taire^un point d'appui au milieu de la France. Cette conquête semblait facile, car Mézières était à peine en état de défense; les fortifications tombaient en ruines ; armes, vivres, soldats, tout y manquait; mais Bayard en était gouverneur. Aussi, le capitaine Grand-Jean Picarl (|ui, du service de François 1*% était passé à celui de Tempereur, disait au comte de Nassau : « 7e vouerais qu'il y ml dans la place deux mille hommes de plus, et le chevalier Bayard de moins. »
Jean Picart avait raison , car Bayard , sommé de se rendre, répondit qu'il s'en garderait bien et que les corps entassés des ennemis seraient le seul pont par lequel il sortirait de la ville. Le siège commença donc et
(1) Page 105.
ttfs Impériaux déployèrent contre la ville tous les moyens qui étaient en leur pouvoir; «cen'étoit, dit Du Bellay, que «canonnades, que bombes, que boulets enflammés. » Bayard, abandonné par une partie de ses troupes, ne s'intimida pas, et résista pendant plus de six semaines, avec moins de mille soldats, à une armée de trente-cinq mille hommes et à une forte artillerie. Il imagina tant de ressources qu'il donna le temps au connétable de Bourbon et aux ducs de Vendôme et d'Alençon de venir à son secours. Une lettre de François I" à sa mère nous apprend comment ce prince accueillit cette nouvelle :
c( A MADAME ,
» Madame, tout à à'tcure ynsi que je me vouloyà mettre o lit, est arivé Laval, lequel m'a aporté la serte-^ neté du levement du syége de Mésyères. Je croy que nos anemys sont en grant peine, veu la honteuse retrète qu'il ont fête : pour tout le jour de demayn, je soré le chemyn qu'ys prendront , et selon cela il nous fodra gouverner; et s'il ont joué la Passion, nous jourons la Yangansc. Vous suplyant , Madame , vouloir mander partout pour faire remercyer Dieu , car sans poynt de fotp, il a montré se coup qu'il est bon Françoys.
M Et fesant fyn à ma lettre , remettant le tout seur le porteur, pry à Dieu qu'yl vous doint très-bonne vie et longue.
» Votre très-humble et très- obeyssant fils,
»> Françoys. »
La défense de Mézièrcs est un des plus beaux faits d'armes de la vie du chevalier Bayard , qui abonde en
actions de ce genre. Aussi n'eél»il pas surprenant qit« des chansons populaires en aient consacré le souvenir. Les pièces que je reproduis ici sont copiées d'après les originaux conservés dans un volume de la Biblio-^ thèque royale. Il en existe d'au Ires encore, ainsi qu'on peut le voir, dans nos indications bibliographiques.
CHANSONS
SUR LA t>RlSE d'hESDIN.
La veille de Noël de Tannée 1521, François I" avec son armée manœuvrait entre Douai et Yalenciennes pour s'opposer aux troupes impériales; on apprit tout à coup que la ville d^Hesdin avait été presque abandonnée. Le roi envoya aussitôt le connétable de Bourbon avec ordre de s'en emparer. Voici comment Du Bellay rapporte cette expédition :
« Estant donc nostre armée remise ensemble en la i) plaine d^Artois, arrivèrent nouvelles que dedans Hé- » din il n'y avoit aucuns gens de guerre; et en eut l'adn vertissement monsieur de Yendosme, et que le lende- M main se devoit faire une grande assemblée au dit lieu » de HédiUf pour faire les nopces de la fille du receveur » général d'Artois, soubs opinion que nostre armée fust » encore de là l'eau. Par quoy le roy conclut d'y en- » voyer en extrême diligence monsieur de Bourbon I) avecques la trouppe qu'il avoit amenée , et monsieut* M de Vendosme avecques son arrière-garde, et le comte n de Sainct Pol avecques les six mille hommes desquels f> Il avoît la chargé, lesquels pàrtans d'Anditifer, qui
4 esloit à troi9 lieuct (1« Arras, encore que lei pluiei » fussent continuellea, feirent (elles diligeiiee que œux » de Hédin, devant qu'ils sceussent le partement de » nostre année, la virent devant leurs portes. La ville n soudain fut assaillie, laquelle, après avoir enduré qna^ i> rante ou cinquanle coups de eanon, fut emportée d'asi> saut, Et y fut trouvé un merveilleux butin, car la ville tt estoit fort marchande, parce que de toute ancienneté « les ducs de Bourgongne y avoient faict leur demeure u principale (i). »
Tel est le fait auquel se rapportent trois chansons com* posées par les aventuriers français. On s^aperçoit aisément que les deux premières ne sont que la même pièce avec variantes et additions ; il m'a paru curieux de reproduire une double version de ces chants populaires.
CHANSONS