DE FRANCO
La bataille de Pavie et la captivité de François I«% que cette bataille entraîna, doivent être comptées au nombre des grands événements du xvi* siècle.
Si le conseil des plus vieux généraux, de La Tremoille, de La Palisse et d*autres avait été suivi , ce désastre ne serait pas arrivé; Tamiral Bonnivet, principal moteur de cette bataille, ne racheta qu'à demi son imprévovance en se faisant bravement tuer par les Lansquenets de
(1) Mémoires de Martin Du Bellay, liv, i, aonée 1521.
Bourbon. Qoant à François P', il se conduisit dans cette bataille comme un brave chevalier. On lit avec plaisir ces lignes écrites par Brantùme :
« Ce grand roy François donc, faisant ceste journée » Tofllce d'un bou capitaine et d'un brave guerrier, » donne si vaillamment dedans les ennemis que d'abor- » dade il tue de ses mains royales don Hernando Cas- » triota, illustre capitaine; descendu des roys de Macé- Mdoine; il tue encore de sa main Talfier du comte de » Salme, qui esloit capitaine d'une compagnie d*Âlle- » mans; et tua aussi dom Hugo de Cordona, al fier de » la compagnie de gendarmes du marquis de Pescaire. » Enfin 1^ où donna le roy et sa trouppe Turent mis en » pièces deux compagnies et la cavalerie de Bavières, M que Ferdinand, roy des Romains, avoit envoyé à Tem- M pereur son Trère. £t ce roy avec sa trouppe esbranla » si bien la bataille de dom Charles de Lannoy et de M Bourbon , que si un chacun eut faict comme luy, et » M. de La Palice qui fit la première charge, la bataille » estoit gaignée pour le roy (1). »
Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, que les Espagnols appelaient souvent el capitan La Paliça grand mareschal di Franc la , fut tué à cette bataille. Après avoir long>temps combattu , La Palice , privé de son cheval, se jetait à pied au milieu des Suisses, quand le capitaine Castaldo le fit prisonnier. En considérant ce beau vieillard, l'Espagnol reconnut à la richesse de son armure que c'était un chef de l'armée et qu'il en pourrait avoir une bonne rançon, quand un autre capitaine, appelé Buzarto, survint et prétendit partager celte prise avec Castaldo, ({ui s'y refusa : u Eh bien, dit l'autre,
(1) Capitaines illustres frauçois, 1. 1, p. 229. François I".
ce ne sera ni pour toi ni pour moi, » et d*un coup d'arquebuse il cassa la tête au malheureux prisonnier. Chabannes avait assisté à toutes les grandes batailles livrées sous Charles yil, Louis XII, et François I*'; à celle de Fornoue, en 1495 ; à Cerignole, en 1505 ; à Aignadel, en 1509 ; à Ravennes, à Guinegate en 1512 et 1515, à Marignan , enfin à plusieurs autres expéditions dans lesquelles il s*était toujours couvert de gloire.
Ce n^est donc pas sans raison que dans la chanson des aventuriers de France (voir la seconde chanson sur la bataille de Pavie) on le désigne comme un noble gens d'armes, et qu'il partage avec François I*' les honneurs de la complainte populaire.
La Palice ne fut pas le seul grand capitaine qui mourut à Pavie ; ainsi La Tremoille , Bonnivet, Chaumont d'Amboise , Lambesc, le bâtard de Savoie, le maréchal deFoix et d'autres encore périrent avec lui. François I«r lui-même nous a laissé dans une épilre en vers Thistoire de cette bataille ; il donne quelques détails sur la manière dont il fut fait prisonnier.
Et là je fuz longuement combatu Et mon cheval mort sous moy abatu.
Dthors du parc pensans sauver leur vie, Des nôstres assez, estant peu leur amie, Furent rompuz, prisonniers et delfaitz ; Ceulz-là je nomme en vertu imparfaitz.
Le roi dit encore en parlant à la dame pour qui son épitre a été écrite :
Assez souvent sy me. fut demandée
La myenne foy qu'a toy seule ay donnée,
Mays nul ne peult se vanter de l'avoir.
Il continue :
De toutes parts lors dépouillé je fus.
Rien ne servit, deffense ny refus ,
Et la manche de moy tant estimée
Par lourde main fut toute despccée.
I^s ! quel regret en mon cœur fut bouté ,
Quant sans defîense ainsy me fut osté
L'heureux présent par lequel J'ay promis
Point ne fouyr devant mes ennemysl
Mais ) qiloy I j Vstoys soubs mon cheral à terre ,
Entre ennemis alors porté par terre ,
Dont ma deffense à l'heure ne valut \
Contre mon gré aussi Dieu. le voulut.
Bien me trouva en ce piteux arroy,
Exécutant leur chef le vice-roy.
Quand il me vit, il descendit sans faille
Affln qu*ayde à tel besoing me baille.
Las ! que diray ? Cela ne yeux niei",
Vaincu je fus et reridu prlâohnièr ;
Parmi le cam^ en tous lieux fut mené
Pour me monstrer çâ et là pouf mené (1).
Des poésies de toute nature nous ont transmis le souvenir de la malheureuse journée de Pavie. Je me suis appliqué à recueillir les ohausons que nos soldats ont composées sur cette défaitOi Des cinq pièces qui iuivent tix)is leur «ippartiennent incontestablement» it les ai copiées dans un volume imprimé au xvi« siècle, intitulé la Fleur des Chansons. La quatrième est une complainte célèbre dont on répète encore quelques vers. Ainsi, l'on ne dit plus :
(1) Manuscrit dfe là nibllothêqUfe Hft^fâlfe , VioMH ût çois 1".
Monsieur de Lti Palioe est mort Mort devant Pavie.
Mais bien :
Mort de maladie.
Enfin la cinquième est remarquable et par le souvenir qu'elle consacre » et par le nom de François P*", qui en est Tauteur. Elle se trouve dms le petit recueil déjà mentionné précédemment de la Fleur des Chansons.
CHANSONS
SUA LB CONIféTABLB DE BOITBBON.
Charles de Bourbon, connétable de France, a été Tun des personnages les plus fameux du xvi* siècle. On sait qu'après avoir servi le roi avec un grand dévouement, irrité du procès injuste que la mère de François 1*^ lui intenta^ il consentit à se lier aux ennemis de la France, et finit par s*enfuir auprès de Tempereur Charles Quint, qui, après lui avoir promis de le marier à Éléonore, veuve du roi dé Portugal, se contenta de lui donner un corps de troupes à commander en Italie.
La duchesse d'Angouléme, dont le connétable de Bourbon avait dédaigné Tamoor^ eut tort d'entamer contre ce prince un procès honteux et qui eut pour résultat, en ruinent le connétable , de le décider à une alliance long-temps refusée; mais ce dernier fut plus coupable encore de céder à son dépit, d'écouter de perfides conseils et de prêter les mains à une conspiration
qui avait pour but le partage de la France entre lui , l'empereur et Henri VIII.
Étant parvenu avec beaucoup de peine à quitter le royaume, Bourbon arriva en Franche-Comté sur la fin de Tannée 1525, où le cardinal de la Beaume le fit escorter ; puis, gagnant le Trentin, il se rendit à Mantoue, où le duc son cousin lui donna un équipage ; il vint ensuite à Plaisance , et y attendit les ordres de Tempereur Charles-Quint.
Bourbon ne tarda pas à s'apercevoir de la faute qu'il avait commi^e : du rang de premier prince du sang, de la charge de connétable de France, la plus importante du royaume, il descendit à un office de général pour rempereur dans le duché de Milan. C'est en cette qualité qu*il assista aux revers des Français en Italie, pendant les années 1525 et 1524. C'est alors qu'il vit mourir avec gloire le brave chevalier Bayard et qu'il eut la honte d'essuyer les reproches de ce loyal serviteur. €^^ En 1825 , Bourbon fut un des principaux chefs de l'armée qui vainquit Fran^.ois P^ à Pavic. Ayant appris le danger auquel était exposé le roi , il fit proposer au prince de se rendre à lui. François V^ déclara qu'il verserait jusqu'à la dernière goutte de son sang plutôt que de se rendre à un traître. Bourbon ne craignit pas cependant d'approcher le roi prisonnier. Celui-ci lui tourna le dos.
Malgré les revers dont la France était affligée depuis que Bourbon Pavait trahie, il n'en était pas plus heureux. Mal vu à la cour de Charles- Quiut^ qui n'avait pas tenu à son égard toutes les promesses qu'il lui avait faites, Bourbon voulut tenter la fortune. Il était parvenu à réunir autour de sa personne un grand nombre de ses amis; il avait aussi à son service beaucoup
d*aventuriers, principalement des bandes italiennes et espagnoles fort aguerries; mais l'argent lui manquait. Ce fut alors qu*il prit la résolution de faire le siège de Rome, de s'emparer de cette ville, et de s'enrichir ainsi que son armée par cette audacieuse tentative.
Couvrant son entreprise des intérêts de Tempercur, Bourbon déclara à ses troupes que le pape ayant violé la trêve devait être puni. Toutes ces bandes affamées de pillage et dévouées à leur général, approuvèrent ce dessein ; dans les premiers jours de mai, Rome fut investie. Ije 5, vers le soir, Monsieur de Bourbon , comme dit Brantôme, étant venu au-dessus du Belveder de Rome, plaça son camp , visita ses gardes et , ordonnant ses troupes pour le lendemain à Tassault, il les harangua pour la seconde fois. Il leur remontra aisément tous les avantages que la prise de Rome devait leur procurer; puis le lendemain, à la naissance du jour, vêtu d'armes blanches afin d'êire mieux reconnu , Bourbon donna le signal. A peine avait-il monté deux échelons qu'un coup d'arquebuse le blessa mortellement. Il eut encore assez de force pour dire au capitaine Jouas, l'un de ses familiers , de le couvrir de son manteau , afin que sa mort ne fût occasion aux autres de laissir Ventreprise si bien encommencée , et il expira. Comme on le voit, ce n'est pas sans raison que dans la chanson des aventuriers on dit :
Un coup d'artillerie Fut son dernier remort.
Chacun sait'que l'armée du connétable s^empara de Rome et que, pendant deux mois consécutifs, la ciié sainte eut à souffrir toutes les horreurs du pillage.
On assure que la mort du connétable excita encore
— ailes bandes aiidacieuges qu*tl avait commandées, e( que* comme le dit Brantôme , « les soldats ayant desjà ouy M le vcul de sa mort, en combattirent plus endiablement » pour la venger, laquelle certes le fut très bien, car oq » se mist à crier : Carne ^ carne ^ sangre, iangre» » sterraj eUrra, Bourbon, Bourbon (1). «
Le sac de Rome a élé le sujet de plusieurs chansons populaires. Deux de ces chants sont parvenus jusqu'A nous, et il en a existé un plus grand nombre; car je u*ai pas retrouvé celui que les aventuriei*s de Tarmée du con^ nétable répétaient, et dont Brantôme nous a seulement conservé quelques vers.
La chanson qui précède celles sur la prise de Rome et sur la mort du connétable «e rapporte à une tentative que fit ce général contre la ville de Marseille pendant Pannée 1524. Il avait regardé la prise de cette place comme facile : « Trois coups de canon, avait-il dit, amèneront ces timides bourgeois à nos pieds, les clefs à la main et la corde au cou. » Bourbon s'était trompé, neuf mille habitants de Marseille ou des campagnes environnantes se joignirent à la garnison et firent échouer les projets du connétable.
La chanson , qui parait avoir été composée par quelques compagnons aventuriers, vante beaucoup le capi* taine Bance, celui-là même dont parle Du Bellay dans ses Mémoires (à la Un du livre ii) : « Le roy adverly du » chemin que prenoit le dit de Bourbon, depescha le » seigneur fiance de Cère^ homme fort expert au fait des » armes, et avecques luy le seigneur de Briou et environ » deux cents hommes d'armes et trois mille hommes de » pied pour se mettre dedans Marseille. »
(1) Capitaine» étranger», dUcours vingtième,
f^ clianeon parle encore des coups d^arttUene lancéi par les Français contre les troupes alliées.
On rapporte en effet que, le marquis de Pescaire étant à la messe dans sa tente , un boulet de canon y entra , tua le prêtre qui disait la messe et deux gentilshommes de Pescaire qui Pentendaient. Bourbon accourt au bnilt et demande ce que c'est î « Ce sont , ré(>ond Pescaii^e , ces f InHdes bourgeois qui tiennent ft vos pieds, la corde au col et len clefs à la main (i). »
Bt^ntdme nous a conserté cette chanson faite par les aventuriers, et il dit à ce sujet, en parlant de Tamiral de Brioii :
ft Quand M. de Bourbon vint pour prendre Marseille, » M. de l^ion y estoit dedans et y acquist beaucoup » d'honneur; aussi fust il trcs^bieu assisté des habitant, » qui sont très>bravcs et vaillansgens, et de tout temps » immémorial ainsy que la ville est antique et noble et » des plus de la France.
}* Et s'y estoit aussi jette dedans le seigneur Rance de » Cere gentilhomme romain de grand maison, brave et » vaillant, ^ui avoit sauvé de la desroute de l'admirai t» Bonnivet, et ramené delà les monts trois mille bons ii vieux routiers de guerre qui Tavoient longtemps a par delà les Iraisnéci Aussi M. de Bourbon ne crài- » gnoit rien tant que le dit Bance et ses compagnons , » te.lnioing le refrain de la vieille chanson des advanlu- » riérs de guerre d'alors (2). >>
Je n'ai pas voulu séparer les trois chansons qui se rapportent au connétable de Bourbon; aussi ai -je
(1) Gaillard , Histoire de François t", t. n, p. 196 , éd. lu 8*.
(2) Brantôme , Capitaines françots , t. u des Œuvres complètes ,*p. 270.
placé auparavant celle qui a clé couiposce en Thonncur de la victoire qu'Antoine dit le Bon , duc de Lorraine, remporta sur les paysans de TAlsace. Ce prince , aidé de Claude, son frère, comte de Guise et duc d'Aumale, et d'un certain nombre de gentilshommes français, défit ces révoltés à Loupstein et à Chcnonville , et les força d'évacuer Saverne, dont il s'étaient emparés. « C'étoient, » dit VJri de vérifier les dates (1], des sectaires lutlié- » riens, anabaptistes, vaudois, qui séduisoient le peuple » par le double appât de la liberté de religion et de » raffranchissemenl de la servitude féodale. »
Cette victoire eut beaucoup de retentissement en France, et à Paris principalement; le parlement décida qu'il serait écrit aux deux frères princes de Lorraine pour les féliciter (2).
CHANSONS
1)£S MAHlMËRS DE DIEPPE^ SUR LE SIEGE DE PERONNB
PAR LES TROUPES DE l'eMPEREUR,