FACTEUR
O clerant repos mon dueil dissimulant Et someillant en Pombre des bois vers, Je ouys ainsi que en venant et allant, Dame parlant son esprit travaillant
Reconseillant iing trè«« povre convcrs, Propos divers furent entre eulx ouvers.
Lesquclz par vers sont cy dessoubz assis; Mieulx vault souvent parler à deux qu à six.
Mieulx vault souvent parler à deux qu'à six.
Le Tournesis en prison habitoit
La Picardie est celle que je veiz
Qui ses devis et plalsans fruictz ravis
Par bon advis en ordre racomptoit
Elle assistoit et fort resconfortoit
Cil qui estoit complaignant ses douleurs,
Si sur cuer n'est qu'une eust aulx yeulx pleurs.
PICARDIE
Nommée suis la Haulle Picardie, Fresche, hardie encontre mes nuysaus, Deppuis ung peu guerre a chiere estourdie, Sa tragédie a sonnée et bondie Dont fort mauldie est de mes paysans.
Les jours, les ans, les gens comme le temps, Les ont mis sans chevance et sans pasture ; Double douleur faict la desconfiture.
TOURNESIS.
Double douleur faict la desconfiture, Par adventurc à moy le Tournesis, Car je suys mis en une charte obscure, Nul ne procure à faire à mon mal cure ; On eu a cure autant que d'ung paisis.
Plusieurs pays, dont j'ay esté hays, M'ont envahys et de joye forclos.
Mal peult courir le cerf s'il est enclos.
PICARDIE
Mal peult courir le cerf s*il est enclos. A ce que oz Touraesi*, mon cher frère, Les joyeulx sons de tes jolys flagolz, Les douix propos, ieà clicquelis de potz, Sont en depos. nnais souffre ta misère. France, la mèi^e, est siibtille commère Saigc corn Oipère à recouvrer tou Uini, Au grand b«soifig voit-oa Tamy parfaiet.
TOURNESiS.
Au grant besoing voit-on Tamy parfaict.
On a tant faict que mey suis attendu, Mais moy seullet, simplet et imparfaict, D'espoir refaict me suis trouvé deffaict Lors (|ne mon faict on u*a pas entendu, Tout espei*du, disant : Tout est perdu, Me suis rendu en temps et en ^son; On force règne est perdue raison.
PICARDIE
Où force règne est perdue raisoq.
On perd toison, brebis et pasturaige ; Mais se tu es en estroicte prison.
Geste saison ayant on mal foison, Peu te prise ou se tu ne prendz couraige, Petit coaraige empêche ung labouraigç.
Crois que ta raige aura fin quelque jour ; Après labeur vient le plaisant séjour.
TOURNESIS.
Après labeur vient le plaisant séJQur.
Après amour aussi vient la hayne,
Pwtf t^laffe à Fiance ai-jc tourné mcinl (ouf. Mais îW! motir j*ai chafigé mon alout, Tant que à ma lour le lyz est à ruyiic Mais quelques signe (Pa mal qu'on nie conisignc J'ay sa racine on mon cncur imprimée ; Chose qi»! pîaftel est de lêgier ayméc.
PICARDIE
Chose qui plaist est de légier aymée. France famée est aussi d'aymer digne, Pour son amour, quoy que soye estimée.
Et bien fermée ay esté opprimée, Et ahimée à faulce guerre indigne ; Mais pour ce signe en resconpense insigne, Le lys condigne ay mis «tl mon escu, Qui se combat il n'est mie vaincu.
TOi/Rî^esi$.
Qui 86 combai il n'est mi« vaincu.
Le pain «ornu faiet on à Peiifournef ;
Au commencer je me suis combats,
Par ma vertu fut k; Haynault batti,
Et desvestu souvent de son dîner \
Pour rindigner, mais au débat thier,
Ne sceuz flner d'aulcun petit secours;
D'arme et d'amours les soulas sont bien cours.
PlCkRtoHÈ.
D'arme et d'amours les souiifê sont bien cours. Leur petit eom*s appert par les IVommofinS) Aussi par rooy, car j'ay po^n^ mou eoe ours, Venu tousjours etKoiir de mes foohbôurgz FilFrcs, tambours de mes frères gernifains. Mais ce, néititmoms, ay-}e des assaulx annwiz
Tant par les mains des nuysans que des miens ; Qui n^a nul mal peu prise mondains biens.
TOURNESIS.
Qui n'a nul mal peu prise mondains biens.
Je n'ay plus riens, je suis tout despouillé,
J'ay esté gay de ce que je contiens.
Et si soustiens que mes nuysans anciens,
Plus que vieux chiens ay auUresfois pillié,
Mais estrillé suis lors et recueille,
Batu, rouillé plus qu'oncques ne fut homme ;
Le mal coucher faict dormir le court somme.
PICARDIE
Le mal coucher fait dormir le court somme. N'oïz tu point comme aussi guerre me nuist, Elle me suist jusques à Teau de Somme, Tout elle assomme, abat, prent et consomme , £t si me somme à douleur jour et nuyt ; Pour tout deduyt le bien veiller me duit Soing me produit, car je fais Tavand garde; Tard est surprins celuy qui bien se garde.
TOURNESIS.
Tard est surprins celuy qui bien se garde. Quant je regarde, on m'a bien mal bardé : Sainct Auiand fut de ma première garde. Mais saulvegarde il n'euat ne contregarde, De dure garde il n'eut sous manteau garde. Le regarde Yalencienne et Gondé , Me ont fort tardé comme ung veau souboty ; Quiconques pert est de tous assailly.
Uo
PICARDIE
Quiconques pcit est de tous assailly.
Oa a failly aussi dessus mes rens : Ne me a on point premier bradé Hailly, Douvres et Mailly, et pillié Carteigny, Yervin, Sailly et puis assis DouIIens; Mais gens prudens avoie mis dedens Pour accidens éviter à Tassault; A fort archier il faut ferme bersault.
TOURNESIS.
A fort archier il faut ferme bersault.
Moy et Heuault c'estoit fort contre fort, Bien le monstra Mortaigne sus TKscaut j Mais par deifault et que le vivre fault, Rendre se fault se on a quelque confort, Mais droit ou tort ne perdit que le fort, Mes gens sans mort retournèrent en France ; A cuer léal tousjours volunté franche.
PICARDIE
A cueur léal tousjours volunté franche.
Quoy que souffrance ay receu plusieurs fois, Et se ennemys me ont fait guerre à oullrance. De branche en branche en ay eu recouvrancc, Bien remembrance en a le povre Artois.
Mesmc une fois vindrent en leur patois, Dessoubz mon thois d'encre chauffer la chire ; Qui n'a point d'encre il peult bien mal escripre.
TOCRNESIS.
Qui n'a point d'ancre il peut bien mal escripre.
Ancre de tire advertist ses amys,
Il eut secours, et le roy noslre syre
Vint pr'u* mon mire eslre ; mais je admire
Que je ouys dire il est au retour mis. Lors tout famis et de joye desiiiis, Me suis remis en Tumbre hors des champè ; A cueur dolent sont dcsplaisans les chantz.
PICARDIE
A cueur dolent sont desplaisans les cbanti!. Le divers temps nous causa ce desroy; Noz ennemys, simples que chiens couchaas, A leui*s trenchans furent recommenchans ; Entre eulx sachaûs le dict retho du roy, Sus mon térroy cheval, multe et caroy^ Par povre arôy tout Tiver je perdis; La guerre a faict maintz orphelins «enéis.
TOURNESiS.
La guerre a faict maintz orphelins mendis.
Je la mauldis du père souverain,
En la parfin quant Tournay je rendis,
ix mois ou x fus je veillant tousdis ;
Et ce tandis quasi mourant de faim;
Paille ne gram n'euz demy an tout plain,
Loiug fus du pain, prochain de grand dangi6r ;
Trop est bastu qui n'a de quoy menger.
PICARDIE
Trop est bastu qui n'a de quoy manger.
Au vray juger expérimenté le ay ;
Je vidz mes b!edz dessus l'eaue chergier
Et m'cslogner pour pays estrangier,
Par nauffragier que oncque si n'en parlay,
Lors tant alay et tant dissimulay,
Que je branslay de faim parmy la rue;
11 est bien fol qui le sien au loing rue.
TOURNESIS.
Il est bleu, t(A Qui le sien au loiog rue. Chose perdue a clangier recouvre c^ { Par point avoir ma besongne preveue, J'en ay veue ma maison mal pourveue, Et moy en mue en estroite prison. • Geste saison, sans reigle et sans raison, Du mal foison euz par famine de guerre ; A double assault on lie peult durer guerre.
A double assault on ne peut durer guerre. Guerre tient serre et famine est faillie; Le Dieu du ciel, que chacun doibt requerre, Pour grâce acquerre a faict porter la terre, Plus ne fault querre ailleurs grain ne paillie; Oultre $aillye ay çsté aasaillye De maladie eX de (^ort eo la Qn ; En la queue giat tousjQur$ le vçnin.
TOURNESfS.
En la (jueue gist tousjours le venin.
Dieu tout be^nin nous reçoive à mercy.
Si j'ay esté bastu comme ung matin, Soir et matin vous n^avez du butin, Pas eu bustin dont nul soit enrichy ; Ne ceulx aussi dont je suis prins ainsi, Dueil et soufcy n'est que ung cri général ; Chascun se plaint selon qui sent son mal.
PICARDIE
Chascun se plaint selon qui sent son ïï\al< Le principal est de prier Jésus Qu'il mette en paix par amour libéral, Le sang royal, fin que, au point final,
En br(iyt royal nous soyons remis sus ; Car se les jus de guerre sont mis jus L'amer vert jus de peste enfin faudra ; Ji n'a pas pieu tout ce qu'il plouvcra.
TOUR NES is.
I! n'a pas pieu tout ce qu'il plouvera. Ung jour venra que serons exaulchiez, Celuy qui bons et maulvais jugeras, Quant luy plaira son yre adoulcyra Et mettra en hauU les tresbuchiers, Trop mal couchiez sommes et courrouchiez ; Par les péchez dont le monde est honny ; Il n'est meffaict qui demeure impugny.
PICARDIE
Il n'est meffaict qui demeure impugny.
Dieu tout uny fera quant à ce pas,
Que feront donc ces reignieurs icy,
Ne cil aussi qui Tautruy pille ainsi.
Sans droit, sans sy, sans reigle et sans compas,
Ne voit-on pas tout marcher le faulx pas.
£n tous estaz on ne voit que douleurs ;
Les jours passez sont tousjours les meilleurs.
TOURNESIS.
Les jours passez sont tousjours les meilleurs. Pourtant, seigneurs, de noblesse et justice, Soyez de paix nobles explorateurs.
Fuyez flateurs, corrigiés malfaicteurs, Et inventeurs soyez de bon police.
Corrigeant vice, à Dieu ferez service, Et lieu propice au ciel aurez eslut; Il faict assez qui pense à son salut.
l'acteur.
En cest instant je mVsveillay, Ëc tous les mots que entendue j^euz, Légièrement escripre alay, Et par ce plainement congneulx Que Tan mil. v. c. vingt et deux, En haulte et basse Picardie, Requerent trois monstres hideux, Le hault Dieu du ciel les mauldie !