DE MONTMORENCY
Autre lettre à sa mère, qui commence ainsi :
«t Madame,
i> Si tost que Dordroy est arrivé en ce lien, ayant par luy entendu vostre intention et de monseigneur 1e-connestable, j'ay suplié très humblement nostre saipct père me vouloir donner absolucion et dispense des promesses que légièrement nous avons faictes, mademoiselle de Pienne et moy, Tung et l'autre, moyennant laquelle elle sera en sa première liberté de prendre parti où bon luy semblera, et moy quicte de ma promesse et prest de faire tout ce qu'il plaira à mon dit seigneur le connestable et vous me commander. (Suivent des excuses sur sa faute.)
M 5i janvier i55(>, »
«Madame,
» Ayant hier au soir receu le commandement qu il a pieu à monseigneur le connestabie me faire par sa lettre du xv« du passé, je n'ay vouUeu faillir, suyvant ycelly, despescher incontinent La Porte avec la lettre qu'il me commande escrire à mademoyselle de Pienne, voàft sapliant très-humblement estre asseurée que si en aultre chose je pouvois luy faire congnoistre et à vous Textréme regret que j*ay de vous avoir tous deu\ tant offensé, je ne fauldrois de la mettre promptement en exécution, comme j^ay prié monseigneur de Lansac vous faire entendre , qui me gardera vous ennuyer de plus longue lettre , sinon vous présenter mes très humbles recommandaeions à vostre bonne grâce et su plier nostre Seigneur, madame, vous donner en santé très-bonne et longue vie.
M De Bomme, ce v février i556. »
Autre lettre adressée à son père, dans laquelle il promet de ne jamais plus tomber en faute ; où il dit : « Et si j'estois si malheureux que de ne vous poanoîr satisfaire anltrement, j'espère que Dieu me fera la grAce que de permettre bientost mourir en quelque lieu si honorable, que vous congnoistrés, monseigneur, que ce qui m'est avenu n'est que folie et jeunesse, et non point faulte d'avoir le cœur en aussy bon lieu que un qui a l'honneur d'estre vostre filz. »
Trois autres lettres sur ic même sujet adressêos à ses parents, da'ées du mois de décembre 1556. — Folios 38, 40, 42 dii même recueil.
Tel est le récit assea touchant des laits auxquels se rapportent les deux premières de nos quatre oomplaîntes amoureuses. L'autre aventure, bien qu'un peu plus scandaleuse, n'en présente pas moins d'intérêt.
Catherine de Médicis, cherchant à ranger de son parti Louis de Bourbon , prince de Condé , chef des proies* tants, imagina de le rendre amoureux de Tune de ses plus jolies filles d'honneur. Elle avait ponr but, en agissant de la sorte, d'éloigner le piince de Condé des affaires. Quant au premier point, elle ne réussit que trop bien, et les charmes d'isabeau de la Tour de Turenne, connue sous le nom de la belle Liineuil i subjuguèrent complètement le prince. La demoiselle, qui, dit^n, avait commencé cette intrigue pour faire plaisir à sa maltresse, ne tarda pas à éprouver une véritable passion ; et, comme le prince de Condé devint veuf sur ces entrefaites, elle dut concevoir Tespérance d'une union prochaine. Mais la belle Limeuil se vit disputer sa conquête, et une redoutable rivale fut cause de son mslbeur. Marguerite de Lustrac, veuve depuis peu de temps du maréchal de Saint'Andi é , voulut dégager le prince des liens où 11 se trouvait enchaîné. Joignant au pouvoir de ses charmes celui de sa fortune , elle lui donna la terre de Sainte- Valéry. Mademoiselle de Limeuil, ne pouvant pas retenir son amant par une générosité semblable, imagina dû \è fixer en abandonnant ce qu'une jeune fille doit avdr de |)lus précieux , cVst-à-dirc son honneur. Un soaM4lle assez grand s'ensuivit. Caiherinc de Médicis manifesta
beaucoup de colère , car elle n'aimait pas les désordres publics et voulait qu'on se gardât de Venflure du ventre^ suivant l'expression de Brantôme. La pauvre Limeuil fut obligée de subir sa destinée ; Catherine, qui VaCTeciionnait particulièrement» lui pardonna et, pendant un voyage que la cour fit à Lyon au mois de juillet i564, elle donna le Jour à un fils. On composa sur cet événement quelques satires. Un pasquil en vers la- \ïu% est parvenu jusqu'à nous (i). On y dit, ce qui est peut-être vrai, que Catherine vint au secours de aa fille d'honneur et lui servit de Luçinei mais on ajoute, contrairement à cette première assertion, qu'elle traita rudepMnt Ift coupable et l'envoya faire pénitence dans un couvent. Cela est faux x mademoiselle de Limeuil ne cessa jamais d'avoir auprès de Catherine beaucoup de
(1) Yolci ce pasquUi que Je trauve cité dans le DictlQDnaire de Bayle :
puella illa nobllls,
Quas erat tam amabiUs,
commisit adulterium
Et Duper fecit fllium.
Sed dicunt matrem reginam
lUi fuisse Luclnam;
Et qiiod hoc paticbatur
Dt piiocipem lucraretur.
At mutU dicunt quod pater
Non est princeps, sed est alter
8ul régi est k secretU.
mnibus est notus satls.
Cçotra hoc tamen regina Se ostendit tantum plena Choiera, ac si nesclsset HOC quod puella fccisset, El dédit 1111 custodes Superbos nimls et rudes, Mlttens in moaasterium Quaerere refrigerium* Sed certe pro lam levl re Sic non debebat tractare, At excusare inodlcuin Tempus, personain et locuml Aliis non sit taliter Qu» faciunt simlliter.
(Bayle, nictioniiaire histiinque, au mot Um^nih)
crédit. Le malheur qui Tavait frappée ne fit qu'augmenter Taffection que la reine avait pour elle. Il semble au contraire que depuis cette époque elle a joui d'une certaine liberté d'aclions et de paroles, qui prouve beaucoup en faveur de son esprit. C'est ainsi que le prince de Condé^ ayant été sollicité par sa seconde femme de redemander & mademoiselle de Limeuil les cadeaux qu*il lui avait faits, entre] autres bijoux réclama un fort beau miroir surmonté du portrait de M. de Condé. Limeuil, dépitée de la conduite de son ancien amant, prit une plume et de Tencre, et dessina sur le front de monseigneur Temblëme des maris trompés ; puis, délivrant le toutau gentilhomme chargé du message, lui dit : « Tenez, mon ami, portez cela » à votre maître et dites que je lui envoyé tout ainsi » qu'il me le donna, et que je ne lui ai rien ôté, ni » ajouté (1). V
Dans une autre circonstance, mademoiselle de Limeuil rabroua fort le vieux maréchal de Montmorency, qui essayait de plaisanter avec elle, et qui l'appelait sa maîtresse. Le connétable, bien loin de s'en fAcher, lui répondit : « Eh bien , ma maîtresse , je m'en vais , car >» vous me rabrouez fort. — C'est bien raison, répondit » Limeuil , que vous rencontriez quelque personne qui » vous rabroue, puisque c'est assez vostre ' coutume » de rabrouer tout le monde. — Adieu donc, ma mal- » tresse, répliqua eu riant le vieux connétable, aujour- » d'hui vous m'avez donné la mienne. »
Il y avait encore parmi les filles d'honneur de Catherine de Médicis une autre Limeuil , sœur de la précédente, et, comme elle, d'un fort gcniil esprit, mais gaie et malicieuse. Un jour elle s'avisa de composer sur
(1) Brantdme, Dames gnlanieSf discours vu.
tontes les personnes de la eonr Qn pasquil plaisant et spirituel , mais non pas scandaleux. Quoi qu'il en î^oi^ Catherine de Médicis s'en formalisa, et la demoisdVe reçut lefouet. Elle succomba toute jeune encore aune forte maladie ; c'est elle qui se faisait jouer par son laquais la chanson de la Guerre , ainsi que je Tai dit dans la notice précédente.
Quant à sa sœur, son aventure avec le prince de Condé ne Tempécha pas de se marier ; elle épousa Scipion Gardini Goy, gentilhomme italien, créature de Catherine de Médicis, avec lequel elle ne parait pas avoir vécu en bonne intelligence. La chanson que je reproduis sur ses amours avec le prince a été composée par Jeanne d*Albret; elle se trouve dans les œuvres poétiques de Du Bellay. Ce dernier est auteur de celle qui a rapport à la maréchale de Saint-André.
CHANSON
SUR LA PRISE DE CALAIS, SUR LA MORT DE HENRI II, ET SUR LA FAVEUR DU DUC DE GUISE.
Il ne faut pas être étonné si la prise de Calais en 1558 a été le sujet des chansons populaires de Pépoque. Ce grand fait d'armes mit le comble à la gloire du duc Vie Guise , que sa belle défense de Metz avait déjà bien illuî^tré. Non-sculemcnt les poètes et les savants célébrèrent à l'envi la gloire du grand capitaine, mais le peuple fit aussi entendre sa voix. Outre les chansons, dont je publie la plus curieuse, ou composa encore sur çpi événement ime petite comédie qui fut jouée dans
)es carrefbuff), et Ton eomprend q«e la fafeor dont wnii jotii pen^Unt \e règne de Henri II it coofiéCadile ée Montmorency se soU édipséc devant Ui gloire dia> due dt Guise. RtcK nrst plus curieux wm ce rapport qae eetto chanson, datée de 1560répo<pie oA, François II BMnIaal sur le trcWie^ le dnc de Giifse fût iioimBé Iteatenafttgè* ncral du royaume. Cette chanson, qai eomnenea mmi :
Roy de France, mon cher prince, VoFiis obéir je prétends...
eail BiNi remontraiice eontniiielle et détient, amsi piaeét dans la bouchie da due de Gfrîse^ fme satire dTautavt plus spirituelle et mordante. La ehanson dont cUe Ml précédée est atrssi fc^t cnriefise. CTest nm hiatoire et f iBgt couplets di» fometjx comte de Montgomery, qui tua Henri II dans un loomoi. Bien ^'rl y soit foit meif* tioa d'événements postérieurs à Tannée 1559, je Tai placée sous cette date, qui est celle du fait princiiml consigné dans la chanson. Elle prouve Tacharnement, bien légitime après tout, de Catherine de Médicis à poursuivre le meurtrier involontaire de son mari.
CHANSONS
SfTR MARIE 9TUART.
J'ai recueilli quatre chansons qui se rapportent i la vie si agitée, si romanesque , de Tinforlunée Marie Stuarl, La première est de Tunikée 1558 et célèbre son mariage avec le dauphin , qui fut depuis François H. Tous k»
oètes chantèrent à l'envi cette miion, qui devait
^hve de si courte durée. £» effet , Mai^ Stu^r.t «^oHsa le daupUio le 24 avril 19158 ei^ le 5 <}éoembre de Taii' née 1560, François II mourut après un véigm 4e -seize mois environ. Marâe Stuàrt éprouA^ uii4:i^agii;Q iMcfond 4e<îette pert€, et la douleur Mû inspira f^hMiewsdiiMMs* enir« antiiee w\m que je t^proàuis ki «t .«fuc &*-antôQae LSinea conservé^ Le inénie biâiorieii uous.a fait Qonnaltre des couf4elS:|^ Posu oiaLaalait à la €Oui*«ttt' le deuil de ceUe f^rinoes^e^ «ur lea Uaudbear, qui irioinfiMt du yafie hlsmc dwt sa lé(e élak ^uée. Oi» tixMiye leaDore 0am {4u6iefir« j^eoueiU ^ Iragmemts d'« ne aiitre tcbansiui^i^ie Mm» Siuar«l aur^t cQiHiMM»ée« dU^^on^ m Mm^tMit awrile «aisseau !qui la rei»i»eBMt tes ï^ioscte. Ën^^ci un couple^ a^sez remarquable :
Adieu plaisant |)ays de France,
O ma patrie
La plus chérie, Qui a nouiTi ma jeune enfance.
Adieu France, adieu mes beanx jours.
La nrf qui dejoint nos amottrs IN'a tM de moi qiie la ffiôiiié, Une part te reste ; elle est tienne^ J« la fie à ton aisUié Pour que de l'autre il te seui'tenue.
La quairièn^ diasisoniutcomposéciiaf le jeune Chastelaid, au ^ïlus fort de la passion romanesgue (juUl épiiouva 4)0ur laroinediÈcosse. iiranlôme nous a. conservé <î6Ue lamenlable .histoire, et c'est par son récit que je lenœtnejrai ma notice^
« Si faut-il, avant que je finisse, que je^ie encoPfJ » cccy pour response à aucun que j'ai veujoarler malade ».la »ort de Cbâstellard, (jue la royne iiaLexéculer en
. » Ecosse, et IVn (axei*, voire e^tre si malheureux de- - » tenir que par vengeance divine elle avoit jualement 9 paty comme elle avoit fait patîr autruy...
» Ce Chastellard doiic fut ung gentil homme de Dau- » phiné^debon liçu et bonne part; car il fut petit-neveu » du costé de sa mère de ce brave M: de Bayard : aussi » disoit-on qu^il luy ressembloit de taille ; car il Tavoit » petite et msÉ|(r.eline , ainsi qu'on disoit que M. de «Bayard l'avoit. Bref, il estoit gentilhomme trës-àc- » comply : et quant à Tâme, il Tavoit aussi très-belle; » car il parloit très-bien et metloit par escrit des mieux, » et mesme en rithnie aussi bien que gentilhomme de » France, usant d'une poésie fort douce et gentille , en » cavalier
» La reyne donc, qtii aymoit les lettres et principale- » ment les rithmes , et quelquefois elle en faisoit de » gentilles, se plut à voir celtes du dit Chastellard, et t» mesme elle luy faisoit response ; et pour ce luy faisoit » bonne chère et rcnlrelenoit souvent. Cependant luy » s'embrase couvertemcut d'un feu par trop haut, sans » que l'objet en peuve mais; car et qui peut deffeudre » d*aimer ? x
Brantôme continue en disant comment le jeune Chastellard quitta la France et le service de M. de Montmorency, auquel il était attaché, pour retourner eu Ecosse auprès de la reine^ comment il se fixa auprès d'elle et poussa la témérité jusqu^à s'introduire la nuit dans sa chambre. « La reine, sans faire aucun scandale, luy pardonna, » ajoute Brantôme, qui rappelle à ce sujet l'histoire de l'amiral Bonnivet et de la sœur de François P*".
Il termine ainsi :
« Nostre reyne d'Ëscosse, comme sage et prudente,
» passa aimi^e scandale, ma's le dii (àiâstellufdf non M content et plus que forcené d'amour, y retourna \)}ur\^ it la seconde fois, ayant oublié sa première faute et son . » pardon. ' » *^^ >^
» Alors, la reyne, pour son honneur, et à ne donner » occasion à ses femmes de penseiNaal, voii*e à son ' » peuple, s'il le sçavoit, perdit pacience , le mit éfetre »^Jes mains de la justice, qui le condamna aussilost » à avoir la teste tranchée, veu le. criffre du fait. Et I^ » jour venu, ayant esté mené sur Téchaffaud, avaui mou- » rir avoit en ses mains lés hymnes de M. de Ronsard; » et pour son éternelle consolation , se mist à lire tout » entièrement Thymne de la mort, qui est très-bien faicf , » et propre pour faire abhorrer la mort, ne s'aydant au- » trement d'autre livre spirituel, ny de ministre, ny de » confesseur.
» Après avoir fait son entière lecture, se tourne vers » le lieu où il pcnsoit que la rcyne fust, s'écria haut : » Adieu , la plus belle et la plus cruelle princesse du » monde; puis, fort constamment tendant le cola Te^é- >^ » cuteur, se laissa défaire fort aisément (1). »
(1) Brantôme, Dames illustres : p. 123 ; édit. iii-9% t. v.
rboUb DB BBHRI II
CHANSON