DE MONTMORENCY
» Firan^is de La Porte, ge^ilbommede monsiemvde Moiitft»oro«c)% un imaiti'e des i«quétes ot un secrétaire du rey^ assistés des deux notaires au Ghâtelet, se traïKportèrent au couvent où la demoiselle de Piemie avok été rafermée. L'ouverture leur en .fut laite en veriu d'une lettre signée de la pi'opre ^niain du roy. Ils firent venir la demoiselle et, après qu'elle eut lu tout haut la lettre de monsieur de ftloatmorciicy, mo»aieur >de La Porte Juydit^ « MadeDioisellc, tout ce que j'ai.à v<ms dit^e et votts^diraycy-après vient rde la part de dnotiscigiiem* de Montmorency, qui m'adiargé ùe le fouie. Vousaivez
vu |)ai' sa Icllrc que inaiutenant vous avez lue, combien il estime avoir grandemeut offensé Dieu ; il a supplié très-humblement Sa Sainteté de luy pardonner loffense qu^il avoit commise par les propos de mariage d^entre vous, et le dispenser et luy et vous de vous pouvoir madrier ailleurs quand bon vous semblera , ce que nôtre saint |>ère le pape a fait, et par ce moyen remis monsieur de Montmorency et vous en vos premières libertez. Comme il vous écrit par sa lettre que je vous ai présentement baillée, et à cette cause, et luy étant dispensé, et par sa dispense libre et en sa première liberté de 'se marier ailleurs que avec vous quand bon luy semblera, je vous déclare par son commandement quUl vous quitte de tous propos et promesses de mariage qui pourroient cy-devant en^quelque façon quelconque avoir été entre vous deux, et vous prie et requiert de sa pai*t que vous ayez pareillement à me déclarer si vous ne Ten quittez pas aussi de la vôtre.
» A quoy, par ladiite de Pienne , ayant les larmes aux yeux, et en pleurant, a été dit et répondu en telles parolles : « Monsieur de La Porte, j'aime beaucoup mieux que la rupture des promesses de monsieur de Montmorency et de moy vienne de sa part que de la mienne; 11 montre bien, par les discours que vous me tenez maintenant de sa part, qu'il a le cœur moindre qu'une femme ; et ce n'est pas ce qu'il m'avoit tant de fois dit, qu'il perdroit plutôt la vie que de changer de volonté. Il m'a bien abusée : je vois bien qu'il aime mieux estre riche qu'homme de bien. » *
» Cette réponse ne contenoit rien de positif; le sieur de La Porte revint à la charge et insista principalement sur la dispense du pape et voulut qu'on s'expliquât nettement : à quoy , par laditte demois^elle , en pleurant
comme cy-devaut, ont été dit tels mots : « Hé ! mousieiir de La Porte, quelle réponse voulez-vous que je fasse ? Monsieur de Montmorency a<t-il bien eu le cœur de m'écrirc une telle lettre ? » Seconde réponse aussi vague que la première; mais la troisième question fut si précise qu'il fallut que la demoiselle vint au fait. « Monsieur de La Porte, dit-elle, puis<iue le vouloir de monsieur de Mont* morency est de me quitter des promesses de mariage d'entre luy et moy, et que maintenant il me quitte^ je ue veux et ne puis empêcher qu'il ne fasse ce qu'il luy plaira et ne puis avoir de volonté contraire à la sienne. » Le sieur de La Porte ne fut pas assez content de cette troisième réponse , il insista encore et obtint enfin ce qui suit : « Monsieur de La Porte, pjuisque monsieur de Montmorency me quitte dès maintenanMes promesses de mariage qui ont été faites entre luy et moy, s'il étoit fils de roy ou de prince, m'ayant écrit ce qu'il m'aécrir, par sa lettre que vous m'avez maintenant baillée, je ne le voudrois épouser, et maintenant l'en quitte. Toutesfois je suis surprise de la façon dont il m'écrit celte lettre que vous venez de me remettre à l'instant, et ne puis raisonnablement croire qu'il Tait écrite , vu qu'il avoit coutume de m'ccrire autrefois d'un autre style et d'un langage bien différent. » On luy répliqua qu'on avoit vu écrire cette lettre de la propre main de monsieur de Montmorency.
» £n se retirant , la demoiselle fit quelques efforts de courage pour excuser les pleurs qu'on lui avoit vu ver^ ser, mais il lui fut impossible de paroitre fière ; tout ce qu'elle dit alors sentoit Thumiliation , la douleur et le regret de ne pas épouser cet amant volage.
u Lorsqu'on eut extorqué cette déclaration, on brava le pape, car le mariage de François de Montmorency
»\ee Diane de France , fille naturelle d^Henry «econd , fut célébré, quoique k dispense n'eût pas pas encore été accordée. Le roy et le connétable ne ci*ureiit pas se pouvoir mieux venger <)u peu de cas que le pape âvek fait de leur recoaunandation que de passer outre à te mariage, en vertu de Tédit 'contre les mariages dasde»tms ; et la fêle ne s'en fit qu'^avec plus de magufficence) au. meû de may «riit cinq cent ctiiquaiite-<ept , la eottr étant alors à Vtlliers Ge^enetz.
» Gomme il viok entré beaucoup de mauvaise foy dans ces procédures, le stewr de MonHnoveoey eu sealiil quelques remon de «onecience 4\m rtfUtgèreBt t t)emander TdMehition au pape Ptequafre.
• Â regard de la demoîseSk de Pîeiiiie,-st elle «yciîit été une héroine 4e roman , elle se seroit retirée pe«r jamais dans vn -couvent ; mais sa sagesse ne Iny permettant pas •d^'écouter'eiftièrement oe désespoir, c^ seiuaria quelque temim après , et voicy comment. Antoine, roy de Navarre, désirant acquérir le royaume de €ardaigne, y em[iloya, pour celte négociation, fforimond de Robertet, seigneur d'Alhiye, IHm des quatre secrétaires de ses commandements , lequel éldit fort -amoureux de mademoisdle de Pienne, qu'il déstroît fWt épouser; elle roy de Navarre luy promit que ^^ tfossissort îl la tuy feroit épouser : il n'y avoit nulle apparence sans celle faveur, d'autant que cette demofîsf^fc étoit §lle d'une des méillewres niaisons de France, et des|^s «vertueuses, et qrCéïc avoit refusé de m iunrts et grtuids partis qil-H n*y avoit aucun lieu de -croire qu'elle voulM épouser un peiK «ecrétaire des «ommimdéments tel (luétortle sieur d'AHuye-On drt^îependaiit que l'indination «t la bonne volonté de la denHHBfflle burent plus de iwrt dans cette affaire que le crëdKKki
roy de Navarre, ^^n mourut un ma deva»! la eonelusioB de ee mariage, mais ee fut luy qui releva les espérances dttftieor d'AUuye et même Y y encouragea. »
Je eroiâ devoir ajouter à eelte relation quelques lettres inédite» jusffui'â ee jour» et qui prouvent combien le ^wkè Montmctfeney ouJ»lia vi^ les serments qu'U avait fait» à sa naitresse; elles sonl extraites de la c#il#etiott de pièces hiaforiques reetteilUes fsat M. de Gaigiiières , et faîsaïkl partie ai^ourd'but du cabinet des manuscrits de la Bibliothèque royale.
«r Hfonsergneur,
» Si j^eussc pensé que Dordoy eust fait si long séjour par decy, je vous eusse escrit incontinant qu'il feust arrivé, pour vous remercier très-humblement de Thonneur quMl vous a plen me faire n^escrire par luy, qui m*a esté d^unc part le plus grand plaisir que je pouvois recevoir, congnoissant que vous ne m'avez point en mon malheur du tout oublyé. Mais de Vautre part , voyant que , par vostre lettre, pour mon offence» j*ay mérité de n'estre plus appelle vostre filz» ce m'a esté le plus grand regret et desplaisir que je receus jamais. Par quoy, monseigneur^ je vous suplie très-humblement que, pour Thonlieur de Dieu> il vous plaise me pardonner et me restituer en vostre bonne grâce» vous asseurant, monseigneur^ que, pour satisfaction de ma faulte, je vous seray, toute ma vie, si subject, si humble et si obéissant, que j'espère de regaigner, avec Tayde de Dieu, ce que j'ay perdu eu vostre endroit ; et pour myeux pouvoir obéir à tout ce qu'il vous plaira me commander, avec vostre faveur et l'ayde de vos bons serviteurs qui sont par deçà, j'espère bien tost obtenir de nostre saint t père mon absoluciou
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et dispence, moyennant laquelle je seray qnicte de la promesse que j*avois jcunement et légièremcnt faictc à m.'idemoisclle de Pienncs ; et tous deux serons en nostre première liberté, elle de prandre party où elle voudra, et moy de faire ce qu'il vous plaira me commander. Et sur ce, atendant ce très-grand désir de voz bonnes nouvelles, je présenterai mes recommandacions à vostre bonne grâce, suppliant le Créateur vous donner, monseigneur, en parfaite santé, très-longue vie.
»> De Rome, ce ixxj janvier 12(56.
» Vostre très-humble et très-obéissjint filz,