‹ Recueil de chants historiques française (volume 2)Chapitre 45 sur 120 · SUR LE CHANT DU CAPITAINE LORGES · texte numérisé non relu

SUR LE CHANT DU CAPITAINE LORGES

1 Combien est oubliei|x Qui se fie à fortune!

£ncor' plus malheureiix Qui par trop Timportune.

£n sont souvente fois Les princes et Jes roys

En grand mesehef et honte :

Moy très bien le cognois Que naguères j^estoi^ De Mont-GQiQQI6ry comte.

2 Fortune m'a esté Favorable en jeqnQsse, Mais elle m'a contristé Arrivant en vieillesse.

La France m'a cogneu Chevalier bien receu, Monté comme sainct George, Et Tun ^s plus subtils :

Aussi estois-je fils

Du capitaine Lorge.

5 Du noble roy Henry Gentilhomme de la chambre, J'estois en bel arroy Adroict de corps et membre.

Bien jouer je scavois De lance et de long boU»

Piques et hallebarde^.

Aux jouctes et tournois L'on me prenoit pour cliois, Capitaine des gardes.

 Par un fatal destin Le rof iK>ulaat s'ebatre, Me dist par un matin Qu'à moy vouloit combattre i Par son commandement Fus armé vistemei^.

Sans penser à nul vice De ma lance un édat, Roide pointe et plat, Le tua dans sa lice.

5 Le roy, par testament^ Prononça à haute voix Que n'avois nullement Vers luy commis la faute ; Toutes fois j'eux tremeur, Et craignant la rigueur Du sang royal et l'ire,

Et par bonne rai^oU Advise ma maison, Soudain je me retire.

6 Or, quand je fus à DUcé, Bieutost en grand vitesse Le prince de Condé M'envoya autre adresse.

Alors je commençay, En pensant m'avducer,

A lever des gendarmes ; Prestres en tous cartiers.

Moines et cordeliers, Sentirent mes alarmes.

7 Je fus trop rigoureux A Rouen bonne ville, Par un séditieux Monsieur de Mendreville ; Car j'eus le cœur si haut Que j'attendis Tassau t

Du roy et de sa mère ; Et voyant leurs efforts, Que n'estions les plus forts, Sailly sur la rivière.

8 Sans faire long séjour, Sur la mer print mon erre, Me donna du secours

La roy ne d'Angleterre.

Tost je repassay l'eau, Vins bastre le chasteau De Caen, aussi la ville.

Par un subtil hazard, Je tuai Renouard, Un capitaine habille.

9 Vire sçait bien comment J'avois grande puissance ; Leurs moines et couvents Je mis en décadence :

Bourgeois mal entendus, Qui s^estoient rendus, Fis estrangler et pendre.

Leurs images dorez,

AU feu furent jettez,

Et leurs thrésors fis prendre.

10 Du pays Navarrois Bientôt je pris la voye, £t point je n^espargnois Ne Biard, ne Biscaye : Abbayes, prieurezj

Et leurs joyaux dorez, Mettois en ma vallise.

Et mesme mes soldats N'estoient point trop couarts A piller mainte église.

11 Du prince Navarrois

A Paris fus aux nopces, Mais tousjours je craignois Qu'il n'y eut playe ou bosse.

Ainsy le cas advint Que TAmiral fut prins, Et maints grands capitaines.

Dix mille hommes tuez, Et leur sang épanchez, Souffrans de mort la peine.

12 Estant bien adverty Du banquet et festage, Soudain je m'en partis Laissant tout mon bagage; Sus ma belle jument Chevauchay vistement, Trente lieues tout d'un erre.

Craignant les poursuyvans, Avec femme et enfans Passay en Angleterre.

15 D'un très-mauvaifl eenseii J'eus la teste estourdie, Et sans grand appareil Revins en Normandie.

A SainctLo j'arrivay, Colombiers y trouvay, Tenans fort dans ta ville.

Pour me penser baper^ Matignon vint camper Bien des soldats dix mille.

14 Sans avoir sauf conduit, Quant la nuict fut fort brune , Sans mener aucun bruit,

Je poussay ma fortune.

Le camp j'ay traversé, Sans y estre blessé, Fis longue chevauchée, Jeudy cinquiesme may^ Mist Mortain en esmoy.

Où fis briève couchée.

15 Le vendredy matin,

De Dom -front prins la voye^ Pensant avoir butin Tant d'or que de monnoye.

Tant de jour (]ue de nuict Matignon me suivit, Vestu de ses armures.

Dix mille hommes de front Campa devant Dom front Le Dimanche à sept heures.

16 Las ! je ne pensois pas Si tost avoir la chasse,

Desjà prenois repas^ Pour prendre aucune plac9.

Peu de gens nous estions.

Et si point n'avions Pièce d'artillerie, Tant d'embas que d'en haut, Nous soustinmes Tassant, En faisant grand turie.

17 A force de canons Ont batu la muraille.

Et par plusieurs cantop9 Soldat vint ^ Fescaille.

Devroyent avoir gFand deuil Pour prendre uii boinmf) seiil, De faire tant d'alarme^ :

Dans ce camp d'Onfempis,

Je vis le long du bois Bien dix mille gendarmes.

18 Mais voyans leurs efforts, Je ne fis résistance.

Appréhendant la mort, Je fis obéissance

Au noble chevalier, Me rendis volontiers, De face gracieuse :

A Sainct-Lo m'ont mené Et puis m'ont ramené A Paris ma haineuse.

19 Là je pensois trouver

De mon bon Roy la grâce :

La mort m'en a gardé , Ne l'ay point veii en face.

Je n'ay trouvé en court Que bien peu de secours, Kc cruelle justice.

Dessus un eschaffaut Mon chef bailler me faut, C'est mon dernier supplice.

20 Comtes, barons, marquis, A moy prenez bien garde.

L'honneur que j*ai acquis Ma mort point ne retarde :

Quand penserez à moy, Jugez, seriez-vous vray, Qui vous donne à cognoistre Qu'il ne faut point vouer, Ëncores moins jouer Jamais contre son maistre.

Page 1