SUR SON AMOUR
POUR LA REINE MARIE STUART d'ÉCOSSE.
1 Antres, prés, monts et plaines, Rochers, forêts et bois, Ruisseaux, fleuves, fontaines Où perdu je m'en vois : D^une plainte incertaine, De sanglots toute pleine,
Je veux chanter La misérable peine Qui me fait lamenter.
2 Mais (|ui pourra entendre Mon soupir gémissant, Ou qui pourra comprendre Mon ennuy languissant ?
Sera-ce cet herbage, Ou Teau de ce rivage.
Qui, s'écoulaut, Porte de mon visage Ce ruisseau distilant?
5 Ou ces sombres vallées, Où je vois maintes fois
Les sœurs échevelées Sauteller sous mes doigts; Ou les déserts re()aires.
De ces lieux solitaires,
£t monts secitte, Qui seuls sont secrétaires De mes piteux regrets?
4 Héias I non, car la playe Cherche en vain guérison Qui pour secours essaye Aux choses sans faldon.
Il vaut mieux que ma plainte Raconte son atteinte
Amèrement, A toy qui a contrainte Mon âme en tel tourment*
5 0 Déesse immortelle) Escoute donc ma vôlx^ Toy qui tiens en tutelle Mon pouvoir sous tes lotx^ Afin que si ma vie
Se voit en bref rsrrië,
Ta cruauté La confesse périè, Par ta seule béduté.
6 L'on voit bien que ma face S'écoule peu à peu, Comme la froide glacé
A la chaleur du feu.
Et néant moins la flâme Qui me brûle et enflâmè De passion^
N'émeut jamais ton âme D'aucune affection.
7 Ces flots qu'on voit descendre De ces rochers icy,
Te pourroient bien apprendre L'horreur de mon soucy ; Yen que l'un d'amitié 8e fend par la moitié :
L'autre, courant Avec moy de pitié, Par les champs ya mourant.
8 Ces buissons et ces arbres ' Qui sont entour de moy,
Ces rochers ^i pes mar()res^ Sçavent bien mon ^txnoy \ Bref, ri^n ^e I4 nature N'ignore ma bles9ur<$ \
Fors seulemei^t Toy qui pre^s noqrritur^ En mon cruel tuurrn^ot.
9 Mai4 9'ii t'e^t agréable De me voir misérable
En tourment tel,
Mon malheqr déplorable
Soit sur moy immortel.
CHANSON